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pauvres peuples de ces contrées: prosternés ici à vos pieds, nous vous “ promettons et faisons veu, comme aussi à la Très-Sainte Vierge, votre “ Mère, de communier douze fois, ces douze mois suivants, et de dire le

chapelet autant de fois ; et cela, en l'honneur et en action de grâces de * l'Immaculée Conception de cette Sainte Vierge, votre Mère , comme “ aussi de jeûner, la veille de cette Féte, à la même intention : pour * obtenir de votre bonté et de votre miséricorde, par son intercession

et par ses mérites, la conservation de ce pays et la conversion des pau

vres sauvages qui l'habitent. Recevez donc, ô Reine des Anges et " des Hommes, sous votre sainte protection, ces peuples délaissés et aban“ donnés, que nous vous présentons par les mains de votre glorieux “ Epoux et de vos fidèles serviteurs saint Ignace et saint François “ Xavier, et de tous les Anges gardiens et protecteurs de ces lieux, pour “ les offrir à votre bien-aimé Fils ; afin qu'il lui plaise les maintenir et les

conserver contre leurs ennemis ; donner la connaissance de son saint “ Nom à ceux qui ne l'ont pas encore ; et à tous, la persévérance en “ sa sainte grâce, et en son saint amour.” On n'avait rien vu jusqu'alors, dans aucune colonie, de si pur et de si chrétien, pour procurer la conversion des sauvages.

Nous avons raconté que, dans l'hiver de 1535 et 1536, Jacques Cartier, et tous les Français qui l'accompagnaient, avaient fait un veu solennel à Marie, et s'étaient rendus, processionnellement, devant une de ses images, placée contre un arbre, sur le bord du fleuve SaintLaurent, comme pour faire, sur ces terres nouvelles, le premier exercice public du culte catholique, en y proclamant la dévotion envers Marie, l'avocate des chrétiens. Ce fut donc une coïncidence bien digne de remarque, qu'en 1636, cent ans après le veu de Jacques Cartier, d'autres Français, venus en Canada pour réaliser les desseins de ce navigateur, en y formant une colonie catholique, fissent aussi un veu public

, à Marie, et, depuis ce temps, le renouvelassent d'année en année, pour obtenir, par son intercession, la conservation de ce même pays à la France, et la conversion des indigènes, que Jacques Cartier avait eue si fortement à coeur.

XXIX.

Zèle de M. de Montmagny pour la conversion des sauvages. Les chefs de la colonie ne la désiraient pas avec moins d'ardeur, et montraient le même zèle apostolique que nous avons admiré dans Jacques Cartier, à Hochelaga. M. de Montmagny, ayant reconnu qu'un sauvage Huron, homme d'un sens droit et fils du capitaine de sa bourgade, avait déclaré qu'il voulait croire en Dieu, et donné des marques non équivoques d'attachement à la religion, engagea lui-même les PP. Jésuites à lui conférer le baptême avant qu'il retournât dans son pays, voulut lui servir de parrain, et le nomma Charles, du nom qu'il portait lui-même. A peine ce sauvage eut-il été régénéré par l'eau baptismale, que le Gouverneur lui dit, en lui donnant des témoignages particuliers d'affection : “ Je me réjouis de vous voir, maintenant, au nombre des “ enfants de Dieu; et puisque vous êtes affranchi des liens des démons, “ combattez généreusement; tenez la parole que vous avez jurée à Dieu. “ Le baptême vous a donné des armes et des forces contre vos ennemis “invisibles : servez-vous-en courageusement : et, parce que les peuples “ qui vous font la guerre désirent de vous détruire, je veux vous armer “ contre eux.” Là-dessus il lui fit présent d'une belle arquebuse, qui étonna beaucoup ce bon néophyte ; car ces armes étaient encore toutes nouvelles pour eux.

“ Allez, ajouta le Gouverneur, exhortez vos compatriotes à “ embrasser la Foi que vous avez reçue, et les assurez, de ma part, que

je les protégerai, s'ils se rangent au giron de l'Eglise.” Nous devons remarquer ici que ce sauvage, dans sa réponse au Gouverneur, l'appela Onontio ; et c'était ainsi que les Hurons et les Iroquois traduisaient le nom de Montmagny; car, dans leur langue, Onontio veut dire grande montagne. Un sauvage nouvellement baptisé, ayant eu le bonhenr de faire sa première Communion le jour même de la Fête-Dieu, M. de Montmagny proposa aux PP. Jésuites de donner à ce néophyte l'un des bâtons du dais, sous lequel on devait porter le Très-Saint-Sacrement, et lui-même en prit un autre par une très-rare et très-religieuse humilité. Ce fut un spectacle bien touchant, aux yeux de la Foi, de voir ce néophyte, vêtu d'une robe de sauvage, marcher ainsi de pair avec le Gouverneur, en portant l'un et l'autre le dais à la Procession, au bruit des mousquets et des canons, et au milieu de tout l'appareil que la colonie pouvait déployer dans cette fête solennelle.

XXX.

Zèle des principaux membres de la colonie pour la conversion des sauvages.

Les exemples de charité et de piété des autres principaux membres de la colonie étaient bien propres aussi à faire une vive et puissante impression sur les cours des sauvages. A l'imitation du Gouverneur, M. de l'Isle, son lieutenant, et les autres messieurs tenaient à honneur d'étre leurs parrains au baptême, et les nouveaux chrétiens s'en montraient trèsflattés. Ainsi M. de Répentigny, ayant levé des Fonts un sauvage, âgé d'environ quarante ans, à qui il donna le nom de Joseph, ce néophyte, immédiatement après son baptême, prit la main de son parrain, et la baisa avec beaucoup de tendresse, en le remerciant du bien qu'il lui avait procuré. Atteint d'une maladie qui le conduisit au tombeau, il eut la consolation de voir M. de Répentigny le visiter souvent, et lui faire porter fréquemment de petites douceurs. Ce charitable et fidèle parrain lui rendit enfin les derniers devoirs, en l'accompagnant à la sépulture : ce que firent

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aussi les dames de Répentigny, sa mère et sa femme, et plusieurs autres personnes de sa maison. Le corps était porté par quatre Français et suivi de M. de Courpon, de M. Gand, de M. de Castillon, et des sauvages qui se trouvaient à Québec. Aussi le Père Le Jeune, témoin de ces touchants exemples, disait, dans sa relation de 1636 : “ Je donnerai cette “ louange à nos Français, qu'ils honorent volontiers de leur présence les “ baptêmes et les obsèques des sauvages : ce qui édifie grandement ces

barbares, voyant l'estime qu'on fait de ceux de leur nation qui reçoivent “ notre sainte Foi.”

XXXI.

Sauvage envoyé à Louis XIII; présent du roi aux nations alliées.

L'intérêt que le roi Louis XIII et le cardinal de Richelieu témoignaient, de leur côté, en faveur des sauvages, était un autre puissant motif pour leur faire aimer la religion. Quand on leur disait que ce ministre contribuait efficacement à l'entretien des ouvriers évangéliques envoyés auprès d'eux, ils donnaient des marques d'un étonnement inexprimable ; jusque-là, que ceux qui n'étaient pas chrétiens avaient de la peine à croire qu'on pût rencontrer, sur la terre, des hommes qui voulussent faire des dépenses pour les secourir, au bout du monde, sans se proposer d'autre intérêt que le bien de leurs âmes et la gloire de Dieu. L'année 1638, un sauvage, fils d'un chef de tribu, avantageusement connu des colons, passa en France pour rendre hommage au roi, non pas seulement au nom de son père et de sa nation, mais encore au nom des autres nations du pays. La première fois qu'il vit le roi, ce fut à l'église ; et il demeura singulièrement frappé de ce que ce prince priait Dieu comme les missionnaires enseignaient aux sauvages de le faire. C'était le premier jour de l'an ; voyant le roi marcher au milieu de ses gardes, avec ses Suisses et ses soldats en ordre, au son des tambours, il fut si stupéfait à ce spectacle, qu'il dit au P. Jésuite qui l'accompagnait : “ Allons-nous-en ; “ j'ai tout vu, puisque j'ai vu le Roi ;" et, tout le reste du jour il resta sans parler, pensant sans cesse à ce qu'il avait vu. Lorsqu'enfin il fut présenté à Louis XIII, il mit aux pieds de ce prince une couronne de porcelaine, pour témoigner, par cet hommage, qu'il le reconnaissait, au nom de tous les peuples sauvages, pour leur vrai et légitime Souverain. Ce monarque lui fit un accueil plein de bonté, et lui demanda s'il avait été baptisé, et s'il était sédentaire : donnant à connaître, par ces demandes, l'affection qu'il portait aux nouveaux chrétiens et à ceux qui résidaient auprès des Français pour professer la religion catholique. Le roi et la reine lui firent voir le Dauphin encore au maillot ; et, après plusieurs autres actes de bienveillance, lui donnèrent en présent, pour les nations qu'il représentait, six habits magnifiques, où l'on ne voyait que toile d'or, velours, satin, panne de soie, écarlate.

XXXII.

Distribution des présents du roi aux sauvages; usage qu'ils veulent en faire. Ce jeune sauvage, qui était de Miskou, étant de retour en son pays, monta jusqu'à Québec, avec un certain nombre de ses compatriotes, et alla trouver M. de Montmagny, à qui il remit ces présents. Il y avait alors, dans ce lieu, des Hurons, des Algonquins et des Montagnais ; et tous en voyant ces habits, admirèrent la bonté du roi de France, qu'ils appelaient leur roi. Mais pour éviter de faire naître de la jalousie entre eux, comme il fût arrivé, si ces présents eussent été donnés à une seule nation, M. de Montmagny remit trois habits à ce jeune sauvage, l'un pour lui, l'autre pour son fils, le troisième pour son père ; et distribua les autres à trois sauvages chrétiens de trois nations. Ceux-ci, en apprenant de la bouche de M. de Montmagny, que le roi de France leur envoyait ces présents, en témoignèrent d'abord leur surprise, et firent ensuite cette réponse, qui mérite d'être rapportée : “ Ecrivez à notre roi que nous le remercions “ et que nous l'admirons ; et que, quand il ne nous aurait rien envoyé, nous

ne laisserions pas de l’aimer. Au reste, gardez vous-même ces habits ;

car nous ne voulons nous en servir que quand on marchera en Procession “pour prier Dieu pour le roi, pour la reine et pour leur fils. Et quand

nous seront morts, si vous faites prier Dieu pour le roi, faites porter ces “ habits à nos enfants, afin que ceux qui viendront après nous sachent “ l'amour que notre roi nous a porté."

XXXIII.

Procession de l'Assomption; des sauvages en font partie. La première Procession où ils s'en servirent eut lieu le 15 Août de cette même année 1639, fête de l'Assomption, en exécution du vou que le roi avait fait, l'année précédente, lorsqu'il mit sous la protection de la Très-Sainte Vierge sa couronne et tous ses Etats. La Nouvelle-France voulant donc reconnaître avec son roi cette divine Mère, pour sa Dame et sa Protectrice, fit alors cette Procession solennelle pour la première fois. Dès le grand matin, les sauvages chrétiens entendirent la sainte Messe et communièrent ; et tous les autres, qui étaient dans les environs de Québec, se réunirent pour assister à la procession. Après la croix et la bannière venait M. Gand, en tête des hommes sauvages, dont les six premiers étaient revêtus de ces habits royaux, allant deux à deux, dans un maintien grave et modeste. Après les hommes, marchait Madame de la Pelterie, ayant à ses côtés trois ou quatre filles sauvages, vêtues à la Française, et ensuite toutes les filles et femmes des sauvages en leurs propres vêtements.

Le clergé venait après, suivi de M. le Gouverneur, des Français et enfin des Françaises, sans garder entre eux d'autre ordre que celui de l'honnêteté chrétienne. La Procession, qui s'était mise en marche au bruit des canons du Fort, se dirigea d'abord vers l'hôpital, devant lequel

les sauvages prièrent tous ensemble pour le roi et la reine, et remercièrent Dieu de la naissance du dauphin ; ce que firent aussi, dans la chapelle du Précieux Sang, le Gouverneur et les principaux des Français et des sauvages. De là on se rendit aux Ursulines ; l'artillerie du Fort salua la Procession à son passage ; lorsqu'on fut arrivé à la chapelle, qu'on avait parée, on fit les mêmes prières qu'à l'hôpital, et les Ursulines chantèrent l'Exaudiat, comme les Hospitalières l'avaient déjà fait. Enfin on rentra dans l'église de Notre-Dame de Recouvrance. Après la Procession, M. de Montmagny fit un festin à une centaine de sauvages, et les PP. Jésuites prirent avec eux les six qui étaient vêtus des habits de parade, et leur donnèrent à manger dans leur maison.

XXXIV.

Origine des habits de parade des sauvages aux processions. Il faut que ces habits aient fait sur l'esprit des sauvages une vive et profonde impression, puisque, outre la protestation qu'ils firent, en les recevant, de ne s'en servir qu'aux Processions solennelles, l'usage s'est conservé jusqu'ici, dans les tribus sédentaires, de porter quelques vêtements, à peu près semblables, dans les occasions solennelles de religion. Nous sommes, en effet, portés à croire que la coutume dont nous parlons eut pour origine le don des six habits envoyés par Louis XIII et la Procession où six des principaux sauvages parurent ainsi revêtus. Jusqu'alors les Européens n'avaient apporté aux sauvages que des couvertures, des capots, des haches, des couteaux, des chaudières ou d'autres objets de première nécessité ; et nous ne voyons pas qu'ils eussent encore échangé avec eux des costumes complets pour la représentation et le luxe. Il est à remarquer que, l'année précédente, le sauvage que M. de Montmagny voulut avoir pour second, en portant le dais à la procession du Très-Saint Sacrement, avait une belle robe de sauvage, c'est-à-dire de belle fourrure, et si l'usage dont nous parlons eût été dès lors introduit, sans doute qu'on n'eût pas manqué de vêtir magnifiquement ce sauvage, dans une occasion si solennelle, où il avait à marcher de pair avec le Gouverneur.

XXXV.

La Colonie se fut développée si les Associés eussent rempli leurs promesses. Il résulte de tous les faits que nous avons exposés jusqu'ici que dans les huit premières années, depuis la reprise du Canada, en 1632, jusqu'en l'année 1640, la nouvelle colonie de Québec se vit heureusement pourvue des éléments les plus propres à opérer son développement et à procurer la conversion des nations sauvages. C'étaient les deux fins que les rois de France avaient eues en vue en envoyant des navigateurs en Canada ; et la compagnie des Cent-associés s'était obligée d'attindre elle-même ce double but, en recevant, en dédommagement de ses dépenses, le privilége

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