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paru quelle a été celle qui a eu plus de cours termes propres de Cassien, que la Provence dans l'Occident, et surtout dans la France. était sa patrie. Voici ses paroles : « Ad repe

Le roi Clovis donna un privilége à un mo- tendam provinciam nostram atque ad revisennastère du diocèse de Langres, nommé Reo- dos parentes, quotidianis animi æstibus urgemaus, qui suivait la règle de saint Macaire bamur (Collat. xxiv, c. 1). » Voilà ce qu'il dit (Le Cointe, ad an. 496, n. 111).

dans la dernière de ses conférences, étant sur II. Sainte Radegonde écrivit aux évêques de la fin de ses pieuses courses, et méditant déjà France, pour mettre sous leur protection le son retour. monastère des religieuses qu'elle avait fondé à Cette province n'est autre que la Provence, Poitiers, sous la règle que saint Césaire, évê- où il espérait de convertir à Dieu plusieurs ques d'Arles, avait dressée sur les statuts des personnes : « Credentes nos maximum frusaints Pères, pour sa sour sainte Césarie, lab- ctum percepturos de conversione multorum,) besse du monastère que le même saint Césaire et de revoir les agréables champs et les belles avait établi à Arles : « Congregationi per me solitudes dont il n'avait pu perdre le souvecollectæ regulam, sub qua sancta Cæsaria de- nir : « Tum præterea ipsorum locorum situs, guit, quam sollicitudo beati Cæsarii Arelaten- in quibus erat majoribus nostris avita possessis episcopi ex institutione sanctorum Patrum sio, ipsarumque regionum amenitas jucunda convenienter collegit, adscivi (Gregor. Turon., ante oculos pingebatur, quam gratæ et con1. ix, c. 42, 39). »

gruæ solitudinis spatiis tenderetur, ita ut non Les évêques du concile de Tours, à qui cette solum delectare monachum possint secreta

à lettre était adressée, confirmèrent cette insti- sylvarum, sed etiam magna victus præbere tution de sainte Ragedonde, afin qu'on y vécût compendia. »

) selon la règle de saint Césaire. «Secundum Cette peinture d'un beau pays, mêlé d'agréaCæsarii Arelatensis episcopi constituta. ) bles déserts, convient sans doute mieux à la

Saint Césaire, avant que de donner des disci- Provence qu'à la Scythie, d'où Gennadius fait ples à sa seur Césarie, voulut qu'elle allât elle- venir Cassien, peut-être parce que ses ancêtres même en qualité de disciple au monastère de en étaient originairement descendus (Gennad., Marseille, et qu'elle y apprit ce qu'elle devait in Catal. Illustr. virorum). enseigner. « Evocata e Massiliensi cænobio ve- La seule politesse des ouvrages de Cassien nerabili sorore sua Cæsaria, quam idcirco eo pourrait convaincre les plus opiniâtres qu'il miserat, ut disceret quod doceret, et prius es- était bien plutôt du pays des Euchère, des set discipula, quam magistra ( Vita S. Cæsarii, Salvien, des Vincent de Lérins, des Fauste, c. xv, Surius, die 27 Aug.).

des llilaire et de tant d'autres écrivains franCe monastère de Marseille était celui de cais de ce temps-là que de la Scythie. saint Cassien, dont saint Grégoire fait mention Il est vrai que Denis le Petit était scythe de dans une de ses lettres écrite à l'abbesse de ce nation, mais aussi il s'en faut beaucoup qu'il monastère.

ait approché de l'élégance du style de Cassien. III. Saint Grégoire ne dit pas que Cassien fût Quoi qu'il en soit, Cassien fonda et régla deux le fondateur de ce monastère, ni qu'il y eût monastères à Marseille, l'un d'hommes, et établi sa règle, mais seulement qu'il était dé- l'autre de filles, témoin le même Gennadius. dié en l'honneur de saint Cassien (L. VI, epist. Ainsi la France trouva dans son propre sein 12). Il y a pourtant beaucoup d'apparence que les plus anciens auteurs et législateurs de ses Cassien était l'auteur et de la règle et de la monastères: saint Martin à Tours et à Poitiers; fondation, non-seulement de cette abbaye de saint Honoré, qui fut depuis archevêque d’Arfilles, mais aussi d'un monastère de religieux. les, à Lérins; Cassien à Marseille, saint Césaire

C'était vraisemblablement pour cela qu'il à Arles. Presque tous les ouvrages de Cassien avait quitté sa chère patrie, et qu'il était allé ont servi de règle aux moines de l'Occident. visiter tous les monastères de l'Egypte et de Saint Césaire composa une règle pour les l'Orient, afin d'y revenir, et d'y apporter toutes religieuses, que sainte Radegonde alla elleles dépouilles spirituelles de tant de riches dé- même recevoir à Arles avec l'abbesse de son serts et de tant de fertiles solitudes.

monastère de Poitiers : « Radegundis cum abLe savant Holsténius a enfin rendu le célè- batissa sua, quam instituerat, Arelatensem bre Cassien à la France, et a fait voir, par les urbem expetunt, de qua regula sancti Cæsarii

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atque Cæsariæ beatæ suscepta , regis se tui- V. La première règle pour les religieux dont tione munierunt (Gregor. Turon. Histor., il ait été parlé en France, a été celle de saint Franc., ). ix, c. 40). D

Colomban, qui fut soutenue par ses disciples On attribue à Aurélien, archevêque d'Arles, contre ses calomniateurs, et approuvée par les une autre règle pour des religieuses. Mais évêques de France dans un concile de Mâcon, pourquoi ne se contentait-il pas de celle de en l'an 627. Mais Eustasius, abbé de Luxeuil, saint Césaire? Et pourquoi n'en dressait-il pas qui combattit si heureusement dans ce concile plutôt une pour les religieux, puisque ce fut de pour la défense de cette règle, n'était que le son temps que le roi Childebert en fonda un disciple et le successeur de saint Colomban, monastère à Arles ? Il se peut faire que ce fut qui avait fondé et régi le monastère de Luxeuil pour un autre monastère que celui d'Arles avant l'an 600. Il fut obligé de s'en retirer l'an qu'Aurélien dressa sa règle, et qu'il prit la 612, et alla fonder le monastère de Boby, en même liberté à l'égard de son prédécesseur Italie. saint Césaire, que saint Césaire même avait Les évêques de France s'efforcèrent à l'envi prise à l'égard de saint Augustin, en compo- d’établir sa règle, et de fonder de nouveaux sant une nouvelle règle comme plus propor- monastères où elle fut observée. Voici ce qu'en tionnée aux besoins et aux usages de son écrit Jonas dans la vie de saint Eustasius, abbé temps.

de Luxeuil : En effet, la règle de saint Césaire ne semble « Appellinus quoque et cæteri Galliarum être qu'un supplément de celle de saint Au- episcopi ad roboranda sancti Columbani instigustin, et celle d'Aurélien de celle de saint tuta adspirant, quorum multi in amore sancti Césaire.

Patris nostri ferventes, secundülni ejus feguIl est à croire que l'abbaye de filles à Autun, lam monasteria construunt, ett inter quos Vit dont parle saint Grégoire, suivait la même rè- illustris Eligius nomine, qui modo Veronagle (L. XI, ep. 11), et peut-être aussi celle d'Al- duensis Ecclesiæ pontifex pratest juxta Lemb tiviliers-sur-Marne, dont il fut parlé au concile vicensem urbem, monasteriáin iobile, Søren de Nantes, en 658 (Flodoard., 1. 11, c. 7). niacum nomine construxit , et alia multa in

IV. Nous n'avons point encore remarqué de eisdem locis cænobia. Sed et in civitate Parirègle pour les religieux des monastères de siensi puellarum monasteritin, quod de regio France. Les ouvrages de Cassien sont plutôt munere susceperat , ædificat, in quo Christi des instructions pour les moines qu’une règle. virginem Auream præfecit. In Biterrensi Vero On ne nous a point encore parlé d'aucune rè- urbe puellarum monasterium ex beati Columgle pour les monastères de Saint-Martin à bani regula Bertrada nobilis femina conPoitiers ou à Tours, non plus que pour celui struxit. In suburbano etiam Betericensis urbis de Lérins, d'Autun et d'Arles.

monasteria construxit Babolenus ex regula CoCelui de Paris (An. 658), ou plutôt de Saint- lumbani (Cap. vi). » Ilen nomme encore quelDenis reçut des priviléges de son évêque, mais

ques autres. non pas une règle. Le roi y ordonna seule- Le même auteur assure que sainte Burgunment que la psalmodie y serait perpétuelle du- dofore régla son abbaye sur les statuts de saint rant le jour et la nuit, en partageant les reli- Colomban. Ordéricus Vitalis (Lib. viii, Histor. gieux en plusieurs bandes, de même qu'au Norman., pag. 716) met encore les monastères monastère de Saint-Maurice, en Savoie, et de de Jumiége, de Saint-Faron à Meaux, de Rebez Saint-Martin à Tours.

sous la règle de saint Colomban, et dit qu'il On pourrait dire avec quelque fondement, fut le premier qui donna une règle aux monasque saint Augustin avait aussi composé une tères de la France. « Monachalem regulam edirègle pour les religieuses, et n'avait pas jugé dit, primusque Gallis tradidit (Cap. v).) nécessaire d'en dresser une pour les religieux, Saint Bernard, dans la vie de saint Malachie, dont la règle est l'Evangile même, et à qui les dit que de la même Irlande était autrefois sorti usages établis dans les monastères suffisent saint Colomban, pour venir bâtir Luxeuil en dour régler toute leur conduite; au lieu que France, où Dieu lui donna des accroissements les religieuses ont besoin d'être un peu plus prodigieux. « Factus ibi in gentem magnam. » assistées et éclairées par le détail de toute la Le nombre des religieux fut si grand à Luxeuil, discipline claustrale (Conc. Gal., t. I, p. 499). qu'on y chantait à divers chours jour et nuit

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les cantiques célestes, au rapport du même VII. Le même saint Ouen, avant que de quitsaint Bernard.

ter la cour, bâtit et fonda le monastère de ReVI. Le grand et illustre saint Ouen, archevê- bez, et y mit pour abbé un des disciples de que de Rouen, confirme admirablement ce que saint Colomban. « Sanctorum monachorum nous venons de dire, et y ajoute des éclaircis- multitudinem illic congregans, abbatem unum sements fort importants, dans la vie qu'il a ex almi patris Columbani discipulis, virum in écrite de saint Eloi, évêque de Noyon.

disciplinis regularibus adprime eruditum eis Il assure que les monastères de France étaient præficit (Vita ejus apud Surium, die 24 Autombés dans un fort grand relâchement, et gust.). » que le nombre n'en était pas fort grand, quoi- VIII. La règle de saint Benoît avait cepenqu'ils vécussent sous diverses règles, de Cas- dant embaumé toute l'Italie de ses divins parsien et de saint Basile, comme nous l'avait ap- fums, et il était impossible que l'odeur ne s'en pris Grégoire de Tours : « Cænobium fundavit répandît bientôt dans la France. Saint Nivard, Aredius, in quo non modo Cassiani, verum archevêque de Reims, accorda le lieu d'Autietiam Basilii et reliquorum abbatum qui mo- viliers-sur-Marne à l'abbé Bercharius, pour y nasterialem vitam instituerunt, regulæ cele- vivre avec ses religieux selon la règle de saint brantur, etc. (Greg. Tur., Hist. 1. x, c. 29). » Benoit et de saint Colomban. «Berchario ab

Cette diversité de règles causait peut-être de bate, qui ab eo petierat locum sibi dari, ubi la confusion, au moins elle n'avait pu conser- cum fratribus suis monachis sub regula paver longtemps la régularité parmi les religieux trum sancti Benedicti et sancti Columbani de France, ni augmenter beaucoup le nombre vivere posset, quod et idem præsul facere studes monastères. Mais la règle de saint Colom- duit (Flodoard., 1. 11, c. 7). » ban sembla réduire tous les cloîtres à l'unifor- Si l'histoire de Montiers-en - Der, publiée mité, au moins il est certain qu'elle leur ins- par M. Camusat (Prompt. Antiquit. Tricass., pira une nouvelle ferveur, et qu'elle en

pag. 92), dit que ce ne fut que sous le roi Romultiplia merveilleusement les saintes colo- dolphe, après l'an 900, que la règle de saint nies,

Benoît fut communiquée aux Français, il faut Saint Owen, en faisant sortir de Luxeuil, et entendre cela du renouvellement qui s'en fit puis de Solognac, que saint Eloi avait fondé

par le moyen de l'ordre de Cluny, après les sur le modele de Laxeuil, la réformation aussi longs désordres que la défaillance de la maison bien que la multiplication des monastères de

de Charlemagne causa et dans l'Etat, et dans France, en parle ainsi : « Ipse quoque Eligius l'Eglise, et dans les maisons religieuses. Bertoproperabat ad cænobia, maximeque Luxo siendus, évêque de Châlons-sur-Marne (Anno vium, quod erat eo tempore cæteris eminen- 692), donna un privilége d'exemplion à l'abtius, atque districtius. Neque enim tam celebra baye de Montiers-en-Der pour les religieux, et erant adhuc in Gallis monasteria, et sicubi es- à Pelle-Montiers pour les filles, en les reconsent, non sub regulari disciplina, sed erant naissant soumises aux deux règles de saint prorsus in malitia fermenti veteris sæcularia. Benoît et de saint Colomban. « Secundum Præter Luxovium ergo quod solum, ut dictum regulam sancti Benedicti, vel dompj Columbani est, districtionem regulæ solerter tenebat, So- ab abbate vel abbatissa corrigantur (Spicileg., lenniacense monasterium in partibus occiduis, tom. x, pag. 6, 9). ) hujus religionis extilit caput, ex quo demum Dom Luc Dachery rapporte plusieurs exemmulti sumpserunt et initium et exemplum. ples de fondations et de priviléges de ce même Adeo ut nunc quoque propitia divinitate, in- temps, où ces deux règles étaient jointes , numera per omnem Franciam et Galliam ha- même à Luxeuil (Notæ in Lanf., pag. 366). beantur sub regulari disciplina alma utrius- Saint Donat, que saint Colomban avait obtenu que sexus cænobia (Spicileg., tom. v, p. 176). du ciel par ses prières à une mère stérile, et

On ne pouvait pas dire en termes plus for- qui, après avoir été moine de Luxeuil, fut fait mels que saint Colomban, son monastère de évêque de Besançon, composa pour des reliLuxeuil, sa règle apportèrent la réforme aux gieuses une règle tissue de coltes de saint anciens monastères de France, et donnèrent Césaire, de saint Benoît et de saint Colomban, naissance à une infinité d'autres de l'un et de selon la demande de ces religieuses mêmes. l'autre sexe.

Voici comment il en parle dans la préface de

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la lettre qu'il leur adresse : « Sæpius mihi ordres monastiques, de même que tous les injungitis, ut explorata sancti Cæsarii Arela- clercs de l'Eglise ne faisaient qu'un corps distensis episcopi regula, quæ specialius Christi tingué des moines et du peuple, sans aucune virginibus dedicata est, una cum BB. Benedicti distinction entre eux que celle des évêchés et et Columbani abbatum collectis in unum flos- des provinces ecclésiastiques. culis ad instar Enchiridion excerpere vobis Aussi nous avons montré ci-dessus que dans deberem. »

l'Orient, si les moines faisaient quelquefois des Ce fut sans doute par cette jonction que la corps à part, c'était, ou parce que tous les abbés règle de saint Benoît s'introduisit et s'autorisa et tous les moines de la seconde Syrie ou de dans la France, comme n'en faisant qu'une quelqu'autre province souscrivaient à une reavec celle de saint Colomban, ou plutôt, selon quête, ou parce que tous les monastères d'une l'ancienne coutume, qu’une règle ne donnait ville, d'un diocèse ou d'une province relevaient jamais l'exclusion à l'autre. Car nous venons d'un exarque à quelque règle qu'ils pussent d'apprendre de Grégoire de Tours, que saint être particulièrement attachés, de saint Antoine, Arédius fit savoir dans son monastère les règles de saint Pacôme ou de saint Basile. de Cassien, de saint Basile et des autres saints X. Il faut donc concevoir que dans le septième Pères.

siècle, tous les monastères de France et même Nous avons remarqué que saint Césaire donna de l'Occident, ne faisaient qu'un même corps une nouvelle règle à sa sæur, qui avait déjà de moines opposé au corps du clergé et attaché été formée sur celle de Cassien à Marseille, et presque indifféremment à toutes les règles de qu'Aurélien, archevêque d'Arles, en dressa saint Basile, de Cassien, de saint Césaire, d'Auencore une autre. Saint Benoît même donna rélien, de saint Colomban et en in de saint sa règle au monastère du Mont-Cassin, sans Benoît, mais que cette derniere règle ayant été exclure les conférences de Cassien, les écrits reconnue par l'expérience qu on en lit comme des saints Pères et la règle de saint Basile. la plus parfaite, on s'y attaclii aussi plus fole« Quis liber Catholicorum sanctorum Patrum ment, et de là il arriva qu'on s'y attacha enfin hoc non resonat, etc. Nec non et collationes uniquement.

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ர Patrum, et instituta et vita eorum, sed et re- Ensuite de cela on commenta aree le temps gula sancti patris nostri Basilii, etc. (Regula à ne plus considérer les moilles d'Occident que sancti Bened., c. ult.) »

comme disciples de saint Benoil, quoique effecIX. Si dans la suite des années on n'a presque tivement et originairement ils fussent aussi les plus parlé dans les conciles que de la règle de disciples, les sectateurs et les successeurs de saint Benoît, c'est parce qu'on reconnut qu'elle ceux qui avaient été institués par saint était la plus achevée de toutes et qu'elle était Marlin, par Cassien, par saint Césaire et par suffisante sans toutes les autres.

saint Colomban. Il ne faut donc pas s'imaginer que la règle Le changement de nom nous a fait croire que de saint Benoît ait aboli ou effacé les autres, c'était une chose différente, quoique ce fut la ni que le corps des religieux bénédictins ait même. Tout le changement effectif n'a été qu'en absorbé les autres corps ou congrégations de ce que la succession des moines demeurant moines.

toujours la même, au lieu qu'auparavant ils Les monastères ne faisaient point alors de embrassaient toutes les règles et surtout celle angrégations, ainsi ils n'en pouvaient pas de saint Colomban, ils commencèrent à ne plus faire de différentes les unes des autres, dont les s'appliquer qu'à celle de saint Benoît. unes absorbassent les autres. Tous les monas- XI. Ainsi saint Léger, évêque d'Autun, dans tères étaient indépendants les uns des autres, son synode de l'an 670, ordonna que les reliquoiqu'ils suivissent la même règle, à la réserve gieux observeraient les canons et la règle de d'un très-petit nombre qui en avaient un ou saint Benoit : « De abbatibus vel monachis ita deux autres unis et dépendants d'eux comme observare convenit, ut quidquid canonicus étant de leur fondation. Ils étaient tous parfai- ordo, vel regula sancti Benedicti edocet, custotement dépendants de l'évêque.

dire debeant. » Le concile de Liptines, de l'an Ainsi tous les moines ensemble faisaient un 743 : a Monachi et ancillæ Dei monasteriales ordre qu'on distinguait du clergé et du peuple, juxta regulam sancti Benedicti cænobia, vel sans être distingués entre eux en plusieurs xenodocbia sua ordinare studeant, o

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Fulde en Altamogge, asub regula sancti Bene

Dans le concile suivant de Liptines (Can. VII), Saint Grégoire qui a écrit fort au long la vie après que les ecclésiastiques se furent engagés de saint Benoît dans ses dialogues (Dialog., l. 11, par une promesse solennelle à observer les præfat.), ne dit pas un seul mot qui puisse canons, les religieux promirent aussi de garder faire conjecturer qu'il ait suivi sa règle seule, la règle de saint Benoît : « Abbates vero et mo- ou qu'il l'ait proposée seule aux monastères de nachi receperunt regulam sancti patris Bene- sa fondation. Il nomme quatre disciples de saint dicti ad restaurandam normam regularis vitæ Benoît, de qui il avait appris ce qu'il a écrit (Can. I). D

de lui, mais il ne dit pas qu'il en eût appelé Après cela on ne parla plus que de la règle aucun dans ses monastères. Il donne ce bel de saint Benoît, tous les monastères ayant été éloge à sa règle : « Scripsit monachorum reguréformés au commencement du règne de lam, discretione præcipuam, sermone lucula maison de Charlemagne, par une rigoureuse lentam (L. II, c. 36). » Mais il ne dit pas qu'il observation de tout ce qui est contenu dans l'eût gardée ou qu'il l'eût fait garder dans ses cette règle. Le légat du pape, que nous pouvons monastères plus particulièrement que les aussi justement appeler le réformateur de l'E- autres règles. Il assure au contraire que c'est glise de France que l'apôtre de celle d'Alle- à l'abbé Valention, disciple du grand saint magne, contribua sans doute beaucoup à Equice, et non pas de saint Benoît, qu'il s'était autoriser cette règle qui était déjà montée au confié lui-même et son monastère. « Vitæ namcomble d'une suprême autorité dans l'Italie. que venerabilis Valentio , qui post in hac

Effectivement saint Boniface, qui présida au Romana urbe , mihi , sicut nosti, meoque concile de Liptines, et qui y fit recevoir cette monasterio præfuit , prius in Valeriæ prounique règle pour les moines, bâtit l'abbaye de vincia suum monasterium rexit (L. IV, c. 21).» Fulde en Allemagge, « sub regula sancti Bene- Or que les monastères de la province Valérie dicti, o dont il deinanda et obtint la confirma- fussent de l'institution de saint Equice, le tion du pa je Zacharie (Epist. iv, xui).

même saint Grégoire le dit ailleurs : « Qui XII. Quant à Fitalie, Boniface IV fait assez nimirum Equitius pro suæ magnitudine sanconnaitre que saint Benoît y était considéré de ctitatis, multorum in eadem provincia Valeriæ. son temps comme le seul père, et le seul légis- monasteriorum pater extitit (L. 1, c. 4). » lateur de tous les religieux ; lorsque pour Quant à la confirmation de la règle de saint prouver qu'on ne pouvait pas dire que les Benoît par le même saint Grégoire dans un symoines fussent incapables des fonctions sacer- node romain, elle n'est pas mieux fondée. Ce dotales, il se contente de montrer que saint n'était pas encore l'usage de faire confirmer Benoît ne les leur a pas interdites : « Neque par le pape les règles de chaque monastère, et enim Benedictus monachorum præceptor almi- les actes de ce synode romain qui nous sont ficus hujuscemodi rei aliquo modo fuit inter- restés ne parlent en aucune façon de cette dictor (Collect. Romana Holst., pag. 243). » règle.

Jean Diacre, qui a fait la vie du grand saint XIII. Il faut donc avouer que ce ne fut qu'après Grégoire, tâche de persuader que ce saint pape la mort de saint Grégoire, et peut-être après la avait été de l'ordre de saint Benoît et avait publication de ses dialogues, que la vie et la envoyé des religieux de saint Benoît pour règle de saint Benoît brillèrent avec tant d'éclat prêcher la fɔi dans l'Angleterre. « Et sui mo- dans toute l'Italie, que tous les monastères nasterii monachos Benedicti utique regulis s'attachèrent peu à peu à cette règle par-dessus mancipatos in Saxoniam destinarit (L. IV, c. 80, toutes les autres, et enfin à elle seule sans toutes 82). D

les autres, d'où il arriva que sans y avoir pensé La preuve qu'il en apporte est que tous les et sans avoir eu autre dessein que de choisir la religieux de son temps en Angleterre portaient plus achevée de toutes les règles, ils se troul'habit et gardaient la règle de saint Benoît : vèrent tous être devenus de l'ordre de saint « Vix potest in illis partibus monachus aliquis Benoît, non qu'ils composassent aucune coninveniri, a quo non observetur tam in propo- grégation, ni qu'il y eût aucune supériorité ou sito, quam in habitu regula Benedicti. » dépendance entre les monastères, mais par la

Cette preuve n'a rien de convaincant, comme seule ressemblance qu'ils avaient entre eux la prétention de Jean Diacre n'a rien de vrai- par l'observation religieuse d'une même règle. semblable.

Voilà ce qui se fit dans l'Italie depuis l'an

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