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téores et des phénomènes célestes". De là cette plaisanterie d'Aristophane : il suppose ,

dans une de ses comédies, un homme descendu du ciel; on lui demande ce qu'il a vu. Deux ou trois poëtes dithyrambiques, répond-il; ils couraient à travers les nuages et les vents, pour y ramasser les vapeurs et les tourbillons dont ils devaient construire leurs prologues 2. Ailleurs, il compare les expressions de ces poëtes à des bulles d'air qui s'évaporent en perçant leur enveloppe avec éclat 3

C'est ici que se montre encore aujourd'hui le pouvoir des conventions. Le même poëte qui, pour célébrer Apollon, avait mis son esprit dans une assiette tranquille, s'agite avec violence lorsqu'il entame l'éloge de Bacchus; et si son imagination tarde à s'exalter , il la secoue par l'usage immodéré du vin 4. Frappé de cette liqueur a comme d'un

coup de tonnerre, disait Archiloque, je vais entrer dans la carrière 5.

Euclide avait rassemblé les dithyrambes de ce dernier poëte 6, ceux d'Arion?, de Lasus 8

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3

• Suid. in Aldug. -Aristoph. in av. v. 1383. Schol. ibid; id in pac. v. 829. Schol ibid. Flor. christian. ibid. v. 177.- Aristoph. in ran. v. 251, Sohol ibid. Voss. de instit. poet. lib. 3, cap. 16, p. 88.

* Philoch. et Epicharm. ap. Athen. lib. 14 , cap. 6, p. 628. -texte dit : Foudroyé par le vin. — 5 Archil. ap. Athen. lib. 14, cap. 6,

6 Athen. ibid. Herodot. lib. 1 , cap. 23. Suid. in Aeiwr. 8 Clem. Alex. strom. lib. 2, p. 365. Ælian. bist, anim, lib. 7, cap. 47.

a Le

p.628.

de Pindare', de Mélanippide 2 , de Philoxène 3, de Timothée, de Télestès, de Polyidès 4, d'Ion 5, et de beaucoup d'autres , dont la plupart ont vécu de nos jours. Car ce genre , qui tend au sublime , a un singulier attrait pour les poëtes médiocres ; et comme tout le monde cherche maintenant à se mettre au-dessus de son état, chaque auteur veut de même s'élever au-dessus de son talent.

Je vis ensuite un recueil d'impromptus , d'énigmes, d'acrostiches, et de toutes sortes de griphes 7a. On avait dessiné, dans les dernières pages, un auf, un autel, une hache à deux tranchans, les ailes de l'Amour. En examinant de près ces dessins, je m'aperçus que c'étaient des pièces de poésie, composées de vers dont les différentes mesures indiquaient l'objet qu'on s'était fait un jeu de représenter. Dans l'âuf, par exemple, les deux premiers vers étaient de trois syllabes chacun : les suivans croissaient toujours jusqu'à un point donné, d'où, décroissant dans la même proportion qu'ils avaient augmenté, ils se ter

* Strab. lib. 9, p.404. Dionys. Halic. de compos. verb. t. 5, p. 152. Suid. in divd.

Xenoph. memor. lib. 1, p. 725. Halic. ibid. p. 132. Suid. in dinoge. 4 Diod. lib. 14, p. 273, - 5 Aristoph. in pac. v.835. Schol. ibid. 6 Simon. ap. Athen. lib. 3, cap. 35, p. 125. –> Call. ap. Athen. lib. 10, cap. 20, p. 453, Thes. epist. Lacrozian. t. 3, p. 257. Espèce de logogriphes, Voyez la note V à la fin du voyage,

2

3 Dionys.

minaient en deux vers de trois syllabes comme ceux du commencement 1. Simmias de Rhodes venait d'enrichir la littérature de ces productions aussi puériles que laborieuses.

Lysis, passionné pour la poésie, craignait toujours qu'on ne la mît au rang des amusemens frivoles ; et s'étant aperçu qu'Euclide avait déclaré plus d'une fois qu'un poëte ne doit pas se flatter du succès lorsqu'il n'a pas le talent de plaire, il s'écria dans un moment d'impatience : C'est la poésie qui a civilisé les hommes, qui instruisit mon enfance, qui tempère la rigueur des préceptes , qui rend la vertu plus aimable en lui prêtant ses grâces, qui élève mon âme dans l'épopée , l'attendrit au théâtre, la remplit d'un saint respect dans nos cérémonies, l'invite à la joie pendant nos repas, lui inspire une noble ardeur en présence de l'ennemi: et, quand même ses fictions se borneraient à calmer l'activité inquiète de notre imagination, ne serait-ce pas un bien réel de nous ménager quelques plaisirs innocens au milieu de tant de maux dont j'entends sans cesse parler ?

Euclide sourit de ce transport; et, pour l'exciter encore, il répliqua : Je sais que Platon s'est occupé de votre éducation : auriez-vous oublié qu'il regardait ces fictions poétiques comme des tableaux infidèles et dangereux , qui, en dégradant les dieux et les héros, n'offrent à notre imitation que des fantômes de vertu "?

Salmas. ad. Dosiad. aras , Simmiæ ovum

>

etc. p. 183.

Si j'étais capable de l'oublier, reprit Lysis , ses écrits me le rappelleraient bientôt; mais je dois l'avouer, quelquefois je me crois entraîné par la force de ses raisons , et je ne le suis que par la poésie de son style; d'autres fois , le voyant tourner contre l'imagination les armes puissantes qu'elle avait mises entre ses mains, je suis tenté de l'accuser d'ingratitude et de perfidie. Ne pensez-vous pas, me dit-il ensuite, que le premier et le principal objet des poëtes est de nous instruire de nos devoirs par l'attrait du plaisir ? Je lui répondis : Depuis que, vivant parmi des hommes éclairés , j'ai étudié la conduite de ceux qui aspirent à la célébrité, je n'examine plus que le second motif de leurs actions; le premier est presque toujours l'intérêt ou la vanité. Mais, sans entrer dans ces discussions, je vous dirai simplement ce que je pense : les poëtes veulent plaire, la poésie peut être utile.

· Plat. de rep. lib. 3, t. 2, p. 387 , etc. lib. 10, p. 599 , etc. · Aristot. de poet. cap. 9, t. 2, p. 659 ; cap. 14, p. 662, d. Voss. de art. poet. nat. cap. 8, p. 42.

FIN DU CHAPITRE QUATRE-VINGTIÈME.

CHAPITRE LXXXI.

Suite de la Bibliothèque. La Morale.

La morale, nous dit Euclide , n'était autrefois qu’un tissu de maximes. Pythagore et ses premiers disciples, toujours attentifs à remonter aux causes, la lièrent à des principes trop élevés au-dessus des esprits vulgaires ' : elle devint alors une science; et l'homme fut connu, du moins autant qu'il peut l'être. Il ne le fut plus lorsque les sophistes étendirent leurs doutes sur les vérités les plus utiles. Socrate, persuadé que nous sommes faits plutôt pour agir que pour penser, s'attacha moins à la théorie qu'à la pratique. Il rejeta les notions abstraites, et, sous ce point de vue, on peut dire qu'il fit descendre la philosophie sur la terre 2; ses disciples développèrent sa doctrine, et quelques-uns l'altérèrent par des idées si sublimes , qu'ils firent remonter la morale dans le ciel. L'école de Pythagore crut devoir renoncer quelquefois à son langage mystérieux pour nous éclairer sur nos

· Aristot, magn. moral. lib. 1, cap. 1 , t. 2, p. 145.

-- 2 Cicer. tuscul. cap. 4 , t. 2, p.

362.

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