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P. J. VAN BENEDEN (1)

Le cours régulier du temps emporte, alors qu'on y pense le moins, les têtes les plus humbles comme les plus illustres. Au commencement de l'année académique, Van Beneden assistait encore à une séance de notre Faculté et prenait part à nos discussions habituelles. Il était plein de force et de vie, malgré le poids de l'âge. La conservation de la vigueur corporelle chez les savants est un fait exceptionnel. A côté de quelques exemples d'une longévité extraordinaire, combien succombent avant l'heure ! La vie sédentaire, les veilles prolongées, le labeur incessant et passionné pendant de longues années engendrent le plus souvent tout un cortège de souffrances et d'infirmités. C'est à ce prix que l'on acquiert la réputation, la célébrité, la gloire. Notre collègue avait résisté victorieusement à toutes ces causes débilitantes. Nous aimions à contempler ce beau vieillard ; nous admirions sa taille élancée et bien droite encore, ses cheveux et sa barbe vénérables, ses yeux profonds, son front large et puissant; tout en lui respirait la force et la grandeur. Il était noble, il était digne, il était majestueux. Maintenant qu'il nous a quittés, c'est sous cette forme idéale empreinte d'une douce mélancolie que son image restera dans notre esprit. En ce corps d'élite habitaient une intelligence supérieure, un grand amour de la science et une merveilleuse aptitude pour le travail. Avec une organisation aussi complète, Van Beneden pouvait prétendre à une haute des

(1) Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en reproduisant ici l'éloge funèbre de l'illustre savant prononcé à la salle des promotions par M. le professeur J. Carnoy, doyen de la Faculté des sciences de l'Université de Louvain. Ce discours retrace d'une manière remarquable la carrière scientifique du regretté Van Beneden.

tinée ; par ses nombreuses et importantes découvertes, il a conquis le premier rang dans le monde scientifique. Pour nous, il représente spécialement la personnification la plus haute et la plus élevée de l'heureuse alliance de la science et de la foi. J'aime à le proclamer bien haut aujourd'hui : son nom sera honoré, et il occupera la première place dans les annales de la Faculté des sciences de Louvain.

Ma tâche est de vous exposer les mérites scientifiques, les titres de gloire de celui que nous pleurons. Les publications, les mémoires, les travaux de tous genres abondent; même en ne s'arrêtant qu'aux points les plus remarquables, je crains que mon discours ne ressemble à une simple énumération. Que ce soit là mon excuse pour les nombreuses lacunes qu'il doit renfermer.

Pierre Van Beneden reçut le titre de docteur en médecine à l'ancienne université de Louvain en 1832. Afin de compléter ses études, et aussi pour obéir á une vocation irrésistible, il se rendit à Paris, où il eut l'avantage d'entrer en relation avec les professeurs les plus distingués de l'époque. Il les étonna souvent par ses observations judicieuses, et surtout par son extrême habileté dans le maniement du scapel. A son retour, il obtint pendant quelque temps la direction du musée d'histoire naturelle de Louvain. Cette humble position eut peut-être une influence heureuse sur ses brillantes facultés ; elle lui apporta l'esprit d'ordre, de méthode et de clarté qui caractérise tous ses écrits. Le jeune docteur ne tarda pas à publier quelques travaux qui furent insérés dans les Bulletins de l'Académie royale des sciences en 1835 et en 1836. Ce sont les notes sur le Dreissena polymorpha et africana ; sur le siège du goût dans la carpe ; sur l'Helix algira et aspersa ; sur une nouvelle espèce de Parmacella. Ces premiers essais attirèrent l'attention sur lui ; et NN. SS. les évêques eurent l'heureuse inspiration de le nommer professeur de zoologie et d'anatomie comparée à l'Université catholique dans le courant du mois d'avril 1836. L'Académie ratifia ce choix en lui conférant elle-même le titre de correspondant dans la séance du 15 décembre de la même année. Il devait en devenir membre six ans plus tard.

Van Beneden accueillit avec joie cette nouvelle position ; elle était conforme à ses goûts et à ses aspirations. Dès ce moment, il lui est permis de déployer toute son activité et de donner libre

11° SERIE. T. VII.

carrière à son amour pour les recherches scientifiques. Aussi, après quelques années consacrées spécialement aux cours qui lui étaient confiés, la période des grandes publications commença pour ne plus cesser jusqu'à la fin de sa carrière. Son génie d'observation se porta d'abord vers les animaux inférieurs, et en particulier sur l'ordre des Mollusques, si imparfaitement connu de ses prédécesseurs. En 1838, il fit paraître successivement un mémoire sur l’Argonaute, un autre sur le Pneumodermon violaceum d'Orbigny, et un troisième sur le Linneus glutinosus. Son but était de compléter la description de ces animaux par une étude anatomique approfondie, persuadé que cette dernière était indispensable pour arriver avec plus de certitude à l'établissement des genres. Un peu plus tard, il publia, en collaboration avec Barthélemy Dumortier, un travail sur les Polypes composés d'eau douce, – c'est ainsi qu'on appelait alors les Bryozoaires. . La première partie est une exposition historique complète sur les travaux des zoologues à ce sujet ; elle me parait appartenir à l'illustre orateur (Dumortier) ; la seconde porte la marque de notre collègue : c'est une description anatomique détaillée et parfaite des genres Paludicella Gervais, Fredericella, Alcyonella et Lophophora.

Van Beneden devait souvent voyager pour aller chercher sur les différentes plages les éléments nécessaires à ses travaux. C'est ainsi qu'un jour qu'il passait à Cette, le hasard lui fit découvrir des eufs de Sépiole. Très heureux de cette circonstance, il resta quelque temps dans cette ville pour étudier ces animaux, ce qui lui permit de comparer le développement des Gastéropodes avec celui des Céphalopodes, et un nouveau mémoire s'ensuivit pour l'Académie.

La science n'a pas de patrie; cependant on peut affirmer que Van Beneden fut avant tout un savant belge. Il voulut servir son pays comme lui seul était capable de le faire, en exécutant le projet grandiose d'étudier complètement la faune littorale de la Belgique. Dans ce but, il créa à ses frais, vers 1842, à Ostende, un laboratoire renfermant tous les accessoires nécessaires. C'est dans ce sanctuaire improvisé qu'il se mit à l'æuvre avec un courage, une ténacité et une persévérance admirables. Il y consacra assidûment plus de 30 années de sa longue carrière.

Il fit d'abord paraitre deux mémoires sur les Campanulaires et les Tubulaires considérés sous le rapport physiologique, embryogénique et zoologique. Il expose avec soin les travaux que ses prédécesseurs ont laissés sur ces Polypes. Il devina

qu'on arriverait à des faits nouveaux en suivant ces êtres dans tous les états de leur développement. Il constata, en effet, qu'ils subissent de véritables métamorphoses.; qu'ils sont plus élevés en organisation étant jeunes qu’à l'état adulte ; que les Campanulaires sont vivipares; que l'on a eu tort de regarder les jeunes ou la substance commune de la loge ovarienne pour une femelle : les æufs comme les bourgeons sont produits par la communauté. Il y a une si grande affinité entre les Campanulaires et les Tubulaires dans les diverses époques de leur existence, qu'ils devraient former une même famille. La division de Cuvier d'Acalèphes et de Zoophytes est inutile, puisque les Acalèphes ne sont qu'une forme sexuée des Polypes. Les différentes espèces de Campanulaires et de Tubulaires que l'on rencontre sur les cotes belges y sont décrites avec la plus grande attention.

Le genre Laguncula renferme les Polypes les plus communs de la mer du Nord, et, cependant, ils semblent avoir été oubliés par les naturalistes. Van Beneden s'en occupe avec tout le soin qu'il apporte dans ses recherches. D'après lui, ces animaux ont des muscles se composant de fibres isolées dans toute leur longueur ; leur tube digestif est complet, ils sont hermaphrodites et se reproduisent par eufs et par bourgeons. Dans un autre travail, il expose l'histoire complète des Bryozoaires; mais il revint bientôt à une idée qui lui était chère et qui l'occupait depuis longtemps : je veux parler de la question des Vers. U avait souvent rencontré des Tétrarhynques dans beaucoup de poissons osseux, toujours dans le même degré de développement et sans appareil sexuel; ils se logeaient dans les replis du péritoine. Il soupçonna que ces vers pourraient bien continuer leur développement dans le canal intestinal d'autres poissons qui font leur pâture des premiers. Pour s'en convaincre, il entreprend l'étude des différents vers cestoïdes en les suivant pas à pas dans toutes les phases de leur développement. Il invente les mots scolex, strobile et proglottis pour les distinguer les unes des autres. Dans la première phase, au sortir de l'euf, le ver est vésiculaire : c'est le scolex; dans la seconde, le scolex forme des bourgeons nombreux qui restent réunis pendant quelque temps - on croyait à tort que c'était la forme adulte et stable; dans la troisième, le bourgeon est devenu complet; il se détache pour devenir libre et sexué : c'est le proglottis. Il résulte des observations de notre collègue que les poissons ont leurs parasites propres et leurs parasites de passage ; que, généralement, les vers ne parcourent toute leur évolution qu'en passant d'un

animal à un autre , ils sont agames sur le premier, dans un kyste ; ils sont sexués dans l'autre, au milieu de l'intestin. Ainsi apparut dans sa merveilleuse simplicité le mode de propagation des vers vésiculaires et cestoïdes. L'auteur estime qu'en zoologie les vers doivent former une classe d'une importance égale à celle des Mollusques ; il les partage en dix groupes différents. Les vers vésiculaires, qui étaient désignés sous les noms de Cysticerques, Acéphalocystes, Hydatides, ne sont plus que des formes agames dans le groupe des Cestoïdes. Ce mémoire offre plus d'ampleur et d'originalité que les précédents; aussi a-t-il obtenu une part du prix quinquennal en 1852.

Absorbé par d'autres travaux, notre collègue délaissa un moment la faune belge. Il y revint en 1861, en publiant un mémoire sur les Turbellariés, où il complète les observations de Quatrefages sur ces animaux ; il croit que ce groupe appartient à la grande division des vers.

Van Beneden, dans l'exécution de son projet, ne pouvait oublier les géants de la nature. Bien que le Marsouin soit la seule espèce de Cétacés propre à notre littoral, il arrive parfois que l'un de ces animaux, égaré par une tempête, vient échouer sur nos côtes. C'est ainsi que, dans la nuit du 12 novembre 1859, les pêcheurs d'Heyst trouvèrent sur la plage le cadavre encore chaud d'un cétacé femelle d'une longueur de vingt pieds; il portait un jeune arrivé à terme et long de cinq pieds. Appelé par dépêche, Van Beneden reconnut à son arrivée le Dauphin globiceps décrit par Cuvier. Il profite de cet heureux événement pour étudier ce colosse ainsi que son fætus. Le résultat de ses observations constitue la première partie de son mémoire sur les Cétacés. Quel. ques années auparavant, pendant l'été de 1851, les pêcheurs d'Ostende avait pris un beau Dauphin du sexe femelle, et, l'hiver suivant, ils en capturèrent un second en tout semblable au premier. Ces animaux paraissaient n'appartenir à aucune espèce connue. Les musées d'histoire naturelle de Bruxelles et de Paris ne purent fournir à notre collègue les indications suffisantes pour fixer leur nature; mais par une visite aux musées de Berlin et de Copenhague, il acquit la certitude que ces Dauphins avaient déjà été rencontrés par les zoologues. Il résulte de ses observations qu'ils appartiennent à l'espèce Lagénorhynque albirostre. L'auteur s'occupe encore de beaucoup d'autres Cétacés capturés sur les côtes de la mer du Nord et dont les squelettes sont conservés dans les musées.

Afin de compléter son cuvre, Van Beneden méditait depuis

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