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de l'Académie : Sur l'homme et la propagation des espèces dans les rangs inférieurs ; - Grands et petits ; – Vie sociale des animaux inférieurs. – Toutes ces publications révèlent un savant épris de toutes les merveilles de la nature, rempli d'amour et de gratitude envers Dieu qui a réglé toutes choses avec poids et mesure. Rien de plus instructif et de plus intéressant que ses considérations générales sur la reproduction si anormale de certains insectes, sur le rôle des petits dans la nature, et sur les meurs originales des êtres inférieurs. Le style sobre et pittoresque, les aperçus ingénieux et les comparaisons piquantes en rendent la lecture excessivement attrayante.

Notre savant a aussi publié avec Paul Gervais un traité de zoologie médicale en deux volumes, ouvrage écrit avec élégance et qui a été utile à plusieurs générations de jeunes gens. En 1868, il commença avec le même collaborateur une publication hors ligne sur l'Ostéographie des Cétacés vivants et fossiles ; c'est la description iconographique du squelette et du système dentaire de ces animaux, avec les documents relatifs à leur histoire naturelle. Cette ceuvre si remarquable par son étendue, par l'impression et les figures, ainsi que par la science des auteurs, constitue un monument grandiose élevé aux géants de la nature.

Je ne puis que mentionner ici les communications nombreuses de notre collègue insérées dans les Bulletins de l'Académie. Dans la période de sa grande activité, il ne se passait guère de séance où Van Beneden ne prit la parole, soit pour lire un rapport, soit pour présenter des observations sur un sujet obscur ou nouveau de la zoologie et de la paléontologie. Lorsqu'on énumère toutes ces publications si étendues et si variées, qu'on se représente le temps que chacune d'elles a coûté en elle-même, ainsi que par les dissections anatomiques et les dessins admirables des planches, ou est étonné qu'une vie d'homme, même la plus longue, ait suffi à ce travail d'Hercule. Notre savant a certainement mis en pratique cette maxime : “ Ne pas laisser un jour sans écrire une ligne. ,, Il fallait de plus être doué des plus belles facultés de l'intelligence, d'une perspicacité peu commune d'observation, d'un courage et d'une persévérance inouis pour arriver à un tel résultat.

Après une tâche si noble et si élevée, est-il étonnant que plusieurs gouvernements lui aient octroyé les décorations les plus flatteuses, que toutes les académies et sociétés scientifiques de l'Europe et de l'Amérique, telles que l'Institut de

France, la Société royale de Londres, l'Académie impériale de St-Pétersbourg, etc., etc., aient tenu à inscrire son nom parmi leurs membres ? Le gouvernement belge sut reconnaitre les immenses services rendus à la science et au pays par notre collègue : le Roi lui conféra le grade de grand officier de l'ordre de Léopold. D'un autre côté, ses compatriotes profiterent de plusieurs occasions solennelles pour lui offrir leurs témoignages d'estime et de vénération.

Si Van Beneden a été un des plus illustres enfants de la Belgique, il a aussi été l'homme le plus fêté et le plus acclamé de ses concitoyens. En 1877, le Dr Van Raemdonck, de St-Nicolas, M. Librecht, médecin à Gand, et M. Dupont, directeur du Musée royal d'histoire naturelle, prirent l'initiative d'une manifestation en l'honneur de notre collègue dans le but de lui offrir son buste en marbre. Plus de 600 souscripteurs répondirent à leur appel. Les hommes les plus distingués de tous les pays, les sociétés scientifiques envoyèrent des adresses de félicitations et d'éloges. Le jour même, la ville était remplie d'une foule considérable, et jamais peut-être on ne verra à Louvain une manifestation aussi imposante et aussi unanime envers un représentant de la science. En 1886, Van Beneden atteignit le terme des noces d'or du professorat. A ce propos, une touchante manifestation, due à la reconnaissance de ses élèves et présidée par M. de la Vallée Poussin, eut lieu avec un enthousiasme indescriptible. Enfin l'Académie royale elle-même, dans la fête jubilaire du plus ancien de ses membres, a voulu lui témoigner d'une manière digne d'elle toute sa sympathie et toute son admiration. Il est beau et consolant de voir la génération actuelle rendre des hommages aussi éclatants aux hommes supérieurs qui sont l'orgueil de la science, la glorification du travail et l'honneur de l'humanité.

J'ajouterai, en terminant, que Van Beneden fut un homme heureux, et c'est là peut-être le secret de sa longue et laborieuse existence. Dieu le combla des dons supérieurs de l'intelligence, qui lui permirent d'aborder les problèmes les plus difficiles de la science. Il rencontra quelques idées fécondes, et il sut les développer avec un talent remarquable; son nom restera attaché à quelques découvertes qui feront époque dans l'histoire de la zoologie. D'ailleurs le vrai savant trouve son bonheur dans la recherche même de la vérité, peu importe que celle-ci appartienne à la théorie des nombres, à la métaphysique ou au domaine de la

nature. Lorsque la lumière se fait, et que cette vérité lui apparait avec un charme irrésistible, il en éprouve une joie extrême, juste tribut de son noble labeur. Van Beneden fut heureux par sa foi. Il pratiquait la religion avec simplicité et avec conviction; dans ces heures délicieuses que le savant rencontre sur sa route, il s'échappait souvent de son cæur attendri une prière ardente et sincère vers Dieu. Quand ce grand esprit énumérait les faits nouveaux, les lois multiples résultant de ses recherches, afin de les adapter au plan général de la création, la foi lui apportait une lumière et un secours pour mieux comprendre les divines harmonies du règne animal. Enfin, Van Beneden fut heureux dans son foyer, entouré d'une femme d'élite, d'enfants aimants et dévoués. Il portait avec complaisance ses regards de père sur un fils qui, par ses brillants succès, allait perpétuer la gloire de son nom. C'est dans cet intérieur rempli de soins assidus et de délicates prévenances que s'écoulait doucement le dernier terme de sa précieuse existence. Si la vieillesse sans principes, sans idéal, sans horizon, est triste, inquiète, douloureuse, pour notre collègue, qui avait consacré tous ses instants à la recherche de la vérité et au culte du bien, les dernières années furent calmes et sereines comme le soir d'un beau jour. Aussi, lorsque l'ange de la mort vint l'avertir de sa fin prochaine, ce fut avec une entière résignation, dans un élan d'amour et de reconnaissance, qu'il fit le sacrifice de sa vie à Celui qui lui avait tant donné.

Repose en paix, illustre collègue; tes @uvres sont immortelles et ton nom sera béni. Il nous est doux d'espérer que tu habites en ce moment le séjour de l'éternelle lumière, de l'éternelle science et de l'éternelle vérité.

DE LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE

EN

ÉCONOMIE POLITIQUE (1)

LA RENT E

I.

LES THÉORIES DE LA RENTE.

Bien que les Physiocrates aient été, relativement à la théorie de la rente, les précurseurs d'Adam Smith, il semble que ce sujet soit resté pour eux dans une assez grande obscurité.

Les Physiocrates sont partis de ce principe que la matérialité est le caractère fondamental de la richesse (2). D'après eux, le seul travail profitable est celui qui crée la matière. C'est en vertu de cette théorie qu'ils considérèrent comme uniquement productive l'industrie agricole et méconnurent le rôle économique et social de toutes les autres industries, au point de les proclamer stériles. Quesnay, dans son Tableau économique, publié en 1758 à Versailles, dans le palais même et sous les yeux du

(1) Voir la première partie du travail intutilé: De la méthode scientifique en économie politique, dans la livraison d'octobre 1894, pp. 395 et suiv.

(2) Sur la philosophie économique des Physiocrates, cfr Eugène Daire : Physiocrates; collection des principaux économistes. Guillaumin, Paris, 1846. JIE SERIE, T. VII.

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Roi (1), s'efforça de saisir, au moyen d'une table arithmétique, la marche de la circulation annuelle des produits dans la société. « Au fond, dit M. Joseph Garnier, les chefs de l'école voulaient prouver que la société n'a d'autre revenu que le produit net du sol, tous frais prélevés, y compris l'entretien des cultivateurs; qu'elle n'a, par conséquent, pas de plus grand intérêt que l'accroissement de ce revenu ; que la puissance de l'État et le progrès de la civilisation en dépendent; que ce revenu seul doit être imposé. » La définition du produit net du sol se rapproche assez de celle de la rente, telle qu'elle devait être formulée plus tard. A ce seul point de vue, les Physiocrates devaient être nommés dans cet exposé historique des théories de la rente.

L'idée qu'Adam Smith se faisait de la rente est un peu difficile à exposer, non pas qu'elle soit enveloppée d'obscurité dans son propre esprit, mais plutôt parce qu'elle n'est point systématique, comme chez Ricardo ou chez Stuart Mill. Au surplus, cette difficulté nous paraît avoir été exagérée par les écrivains qui se sont occupés des idées de Smith sous ce rapport. Elle disparaîtra certainement en bonne partie pour qui voudra se donner la peine de les étudier dans le texte même de l'illustre économiste écossais (2)

Adam Smith ne voit dans la rente qu'un prélèvement

(1) En ce qui concerne le Tableau économique, on en est réduit à des conjectures; la première édition, publiée en 1758 par les ordres du Roi, fut tirée à un nombre très restreint d'exemplaires. Dès 1767, on n'en trouvait plus dans le commerce. Il est douteux que l'analyse qui en fut faite plus tard par Quesnay lui-même fût un résumé exact de la première édition. La disparition de ce document n'a pas peu contribué à entourer d'obscurité les opinions des Physiocrates sur la nature et le rôle de la rente. – Sur le Tableau économique, voir Forbonnais : Principes et observations économiques. Amsterdam, 1767.

(2) Cfr Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des nations, par Adam Smith, traduction du comte Germain Garnier. Paris, Guillaumin, 1843.

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