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Si les circonstances dans lesquelles les formations de ce genre se produisirent étaient partout les mêmes, il suffirait de connaître un des éléments du problème, l'industrie, la faune ou le niveau stratigraphique, pour en déduire les deux autres. Mais les circonstances varient d'un lieu à un autre, et les éléments du problème ne restent pas dans un rapport constant. D'où il résulte que les observations faites sur un point ne sont plus valables sur un autre; en sorte que les classifications trop générales, qui ne tiennent pas compte de ces différences locales, cessent d'être l'image fidèle de la réalité.

Je me propose d'étudier les variations réciproques de ces trois éléments de classification pendant les temps préhistoriques, en limitant mon travail au territoire de la France et à quelques pays limitrophes.

La faune quaternaire offre, à ses débuts, les caractères d'une faune méridionale. On y trouve l'éléphant antique et le rhinocéros de Merck. Plus tard, ces deux grands pachydermes disparaissent, et l'introduction d'espèces des climats froids donne à la faune un caractère plus ou moins septentrional suivant les lieux où on l'observe. L'homme a vécu dans l'Europe occidentale avec les derniers éléphants antiques, avec les derniers rhinocéros de Merck, c'est-à-dire avec la faune méridionale. Les stations humaines de cet âge sont rares; ce qui, sans parler des considérations stratigraphiques que nous examinerons plus loin, permet de penser qu'elles datent d'un moment peu éloigné de l'extinction de l'éléphant antique et du rhinocéros de Merck.

La géologie stratigraphique nous apprend qu'il y eut, pendant l'époque quaternaire, deux phases d'extension des glaciers. L'une, la plus longue, occupe le début de cette période géologique ; l'autre, la plus courte, s'est produite plus tard. Elles sont séparées par une période dite interglaciaire, pendant laquelle les glaciers avaient abandonné les plaines pour rétrograder dans les massifs de montagnes. Or les traces de l'homme contemporain de l'éléphant antique appartiennent à cette période interglaciaire. On les observe dans des gisements et principalement dans des alluvions qui, dans l'ordre stratigraphique, se classent entre les deux phases de grande extension des glaciers.

Quand on cherche à établir la position des alluvions paléolithiques à éléphant antique par rapport au creusement des vallées, on constate qu'elles sont généralement à une faible altitude au-dessus des cours d'eau actuels. D'où il résulte que le creusement des vallées était à peu près terminé quand l'homme quaternaire est apparu. Les vallées du Rhône et de la Saône, aux environs de Lyon, sont creusées d'environ cent mètres au-dessous des alluvions du lac bressan pliocène. La terrasse à éléphant antique n'est qu'à environ 15 mètres au-dessus de l'étiage. L'érosion de la vallée de la Seine est d'environ 150 mètres au-dessous des plateaux tertiaires. Les alluvions quaternaires y commencent seulement à 35 ou 40 mètres au-dessus de l'étiage.

Le creusement des vallées du Rhône et de la Seine s'est donc opéré en grande partie pendant la fin de l'époque tertiaire. On ne trouve pas encore l'homme dans les hauts niveaux quaternaires, par exemple à Montreuilsous-Bois, qui est à 30 mètres au-dessus de la Seine. Les alluvions paléolithique à éléphant antique de Chelles ne sont qu'à cinq mètres environ au-dessus de la Marne, affluent de la Seine. Lyell a fait remarquer que les alluvions fluviatiles de la vallée de la Somme, situées à plus de 30 mètres au-dessus du fleuve, ne renferment pas de traces de l'homme.

Les observations recueillies dans le limon des plateaux ont donné lieu à des erreurs d'appréciation, parce qu'on a confondu parfois cette formation avec les alluvions fluviatiles. Le limon des plateaux est formé de graviers et de limon entraînés sur les pentes par les eaux de ruissellement. Il occupe les altitudes les plus diverses, depuis le sommet des plateaux jusqu'au fond des vallées. On peut donc y rencontrer des silex taillés et des débris de la faune quaternaire à des niveaux très élevés et bien supérieurs à ceux des alluvions. Le cas s'est présenté souvent. · Ainsi, les restes de l'homme paléolithique le plus ancien occupent une position stratigraphique parfaitement définie par rapport aux formations glaciaires et au creusement des vallées.

Peut-on préciser davantage et déterminer ce que cela signifie chronologiquement par rapport à la durée totale de l'époque quaternaire ? M. Forel, étudiant les alluvions déposées par le Rhône dans le fond du lac de Genève, depuis le retrait des glaciers de la première phase de grande extension, estime qu'il est écoulé depuis cette époque une centaine de mille ans. On ne peut pas évaluer à moins de cent mille ans la durée de la première phase glaciaire dans le bassin du Rhône. C'est le nombre minimun proposé par M. de Mortillet. Un géologue norvégien, M. Andrew H. Hansen, est arrivé récemment à des résultats chronométriques à peu près semblables. D'après lui, la première phase glaciaire aurait duré cent à cent cinquante mille ans en Scandinavie. Il n'est pas étonnant qu'elle ait été un peu plus longue dans le nord que dans le centre de l'Europe. La phase interglaciaire, d'après le même auteur, n'aurait pas dépassé quinze mille ans; la deuxième phase de grande extension, quinze mille à vingtcinq mille ans; la période post-glaciaire, sept à neuf mille ans. Dans le bassin du Rhône, il faudrait vraisemblablement allonger la phase interglaciaire et diminuer la deuxième phase de grande extension. Une durée de 7000 à gooo ans est généralement admise maintenant, soit en Europe soit en Amérique, pour la phase post-glaciaire comptée jusqu'à nos jours.

Je ne discuterai pas la valeur absolue de ces supputations. Je retiendrai seulement ceci : la durée totale de

la période quaternaire étant représentée par deux, la première phase glaciaire compterait pour un ou pour un et demi. En d'autres termes, la période interglaciaire correspondrait soit au milieu, soit au dernier quart de l'époque quaternaire.

C'est donc à tort que les archéologues ont pris l'habitude de désigner les gisements paléolithiques interglaciaires à éléphant antique sous le nom de quaternaire inférieur. Ils représentent au plus le quaternaire moyen des géologues, et même la fin du quaternaire moyen, si l'on en juge par la rareté relative de ces gisements et par leur position au fond des vallées.

L'éléphant antique et le rhinocéros de Merck disparurent au moment où les premiers symptômes de la dernière phase glaciaire commencèrent à se manifester. C'est alors que l'Europe occidentale fut envahie par les représentants de la faune septentrionale, parmi lesquels le renne est un des plus caractéristiques et des plus répandus. Mais le paroxysme du froid ne correspond pas exactement avec la dernière extension des glaciers. Leur mouvement rétrograde était en grande partie accompli lorsqu'on vit se multiplier dans nos stations quaternaires les animaux qui habitent maintenant les steppes glacées des régions arctiques.

M. Nehring a montré, par l'étude de quelques gisements, qu'il est possible de distinguer stratigraphiquement les différentes phases de cette invasion. Ainsi, à la grotte de Schweizers bild (Suisse), on voit se succéder trois zones distinctes. Au sommet, une faune forestière, avec le cerf, le chevreuil, le sanglier, le renard, etc. C'est le niveau néolithique. Au-dessous, mais séparée par une assise stérile, on trouve le renne, le glouton, le renard lagopède, qui sont des habitants de la steppe. C'est une faune subarctique. Plus bas, on voit apparaître toute la tribu nombreuse des rongeurs arctiques, et parmi eux le lemming à collier, caractéristique de la faune de la Tundra, qui est la plus septentrionale.

A mesure qu'on descend vers le sud, les représentants de ces faunes boréales sont de moins en moins nombreux dans nos gisements quaternaires. Cependant le renne, le glouton, le beuf musqué, le renard polaire, l'antilope saïga, le lemming se sont avancés jusque sur les bords de la Garonne. On trouve même l'antilope saïga, le glouton, la chouette harfang et le renne dans les grottes pyrénéennes, si bien étudiées par M. Piette. Ce savant explorateur a montré que la faune de ces grottes varie avec les niveaux et qu'elle peut servir à les distinguer. A la base, les équidés dominent; au sommet, les cervidés, le renne d'abord, puis le cerf. Mais dans les grottes habitées par l'homme, la prédominance de telle ou telle espèce parmi les débris de cuisine n'est pas toujours conforme à la composition de la faune sauvage. Elle peut tenir au goût particulier des habitants, à leur genre de vie. Une classification établie sur ces données n'a qu'une valeur locale ; il ne faudrait pas prétendre la généraliser. Si le renne a été domestiqué, comme le croit M. Piette, par les tribus pyrénéennes de la fin de l'époque quaternaire, il n'est pas étonnant que les restes de ce cervidé se rencontrent abondamment dans les grottes de cette époque.

L'invasion de la faune boréale n'exclut pas définitivement de nos pays les espèces de la faune méridionale. On a signalé, dans quelques stations qui paraissent représenter le quaternaire le plus récent, le mammouth, le rhinocéros, le lion, l'hyène, associés au renne. Dans les marnes bleues de la vallée de la Saône, qui s'étendent immédiatement au-dessous des alluvions modernes, on trouve encore le mammouth. Au moment où le climat de l'Europe se réchautfa, une partie des animaux de la faune boréale émigra. D'autres trouvèrent encore pendant quelque temps, dans les montagnes, le climat qui leur convenait. Les Pyrénées, le massif central de la France, les Alpes

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