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travaux dont nous avons à rendre compte plutôt d'après l'affinité des sujets que d'après la répartition adoptée au Congrès. Nous réunirons donc dans un même paragraphe les mémoires que certaines tendances communes par rapport à l'homme permettent de rattacher les uns aux autres, affectant au paragraphe suivant les travaux plus techniques ou respectivement plus isolés.

I.

TRAVAUX SE RATTACHANT ENTRE EUX.

Le morceau capital, à nos yeux, de la section d'anthropologie, celui qui prime les autres, non pas certes par le nombre des pages, lequel ne dépasse pas huit, mais par l'importance du sujet, c'est le mémoire intitulé : Les Certitudes de la science et de la métaphysique en anthropologie (1), dû à M. le chanoine Duilhé de Saint-Projet, recteur de l'Institut catholique de Toulouse. Ce travail n'est rien moins qu’un programme pour la réunion dans une large synthèse de toutes les branches du savoir qui ont l'homme pour objet. A ses yeux, l'Anthropologie doit s'entendre, comme l'indique d'ailleurs son sens étymologique, de l'homme tout entier, aussi bien de l'être raisonnable, spirituel, moral, que de l'organisme vivant comparable à celui des autres animaux; il estime en toute sagesse que l'assimilation de l'anthropologie à la zoologie pure, de l'homme à la brute, par la négation du principe spirituel qui l'anime,“ est la pire des erreurs de notre temps

Trois problèmes se posent devant la science de l'homme : Io ce qu'il est, sa nature; 2° son origine; 3o sa destinée.

Sur le troisième de ces problèmes, la science proprement dite est absolument muette. C'est à la philosophie spiritualiste que, livrée à elle-même, la raison humaine peut demander un commencement de solution. La solution complète est ailleurs.

L'examen du premier problème implique une foule de recherches particulières sur l'instinct, l'intelligence, la raison, le langage, les fonctions du cerveau, la vie matérielle, intellectuelle, sociale des populations primitives, toutes questions qui ont fait l'objet d'études spéciales dans les VIIe et VIIIe sections du Congrès.

(1) Compte rendu du IIIe Congrès scientifique international des catholiques, VIIIe section, p. 5.

Si la science proprement dite est radicalement impuissante à résoudre le troisième problème, elle peut au moins donner du deuxième des solutions partielles et conjecturales. Ici la fameuse et toujours actuelle question du transformisme ou de l'évolution trouve assez naturellement sa place : encore que l'extension d'ailleurs de plus en plus improbable de la théorie au corps de l'homme ait été sagement laissée de coté, elle y confine cependant de si près que les mémoires et les discussions qui la concernent peuvent à bon droit y être rattachés.

L'homme, ce qu'il est, sa nature. – Pour l'anthropologie zoologique pure, qui ne connait d'autre élément de la certitude que l'observation extérieure et matérielle, l'homme est le plus parfait, le plus accompli des animaux, mais il n'est que cela. L'anthropologiste qui, mieux avisé, étend le domaine de l'observation et de l'expérience à de plus larges limites, reconnait en l'homme une intelligence incomparablement plus développée que celle, rudimentaire, des animaux; mais, faisant abstraction de l'élément métaphysique, il n'arrive pas à la vérité totale en ce qui concerne l'étre dont l'intelligence éclairée par la raison possède le pouvoir transcendant d'abstraire, de généraliser, de progresser, pouvoir qui manifeste la spiritualité de l'âme humaine.

Telle est la pensée exprimée par M. de Saint-Projet et qui se trouve, à notre grand honneur, condenser en quelques mots celle que nous-même avons développée dans le mémoire intitulé : L'Homme et l'animal (1), faisant suite à L'Instinct, la connaissance et la raison, du Congrès de 1891 (2). Pour établir la différence d'essence entre l'âme humaine et l'âme animale, nous avons invoqué, au-dessus des faits particuliers, les faits généraux : aptitude indéfinie au progrès, aptitude à la science fondée sur les notions abstraites de causalité, de substantialité, de vrai, de beau, de bien, etc. ; parole articulée exprimant ces idées, toutes les idées, lesquelles sont en soi et par essence d'ordre immatériel ; si les animaux possédaient, même à un degré infime, une intelligence de cette nature, ils révèleraient à l'état rudimentaire ces diverses aptitudes, ce qui n'a jamais pu être constaté.

Dirons-nous pour cela que toute intelligence est refusée aux animaux, même les plus élevés au-dessous de l'homme ? - Oui, si

(1) Compte rendu du IIIe Congrès, VIIIe section, p. 31.

(2) Compte rendu du IIe Congrès, IIIe section, Sciences philosophiques, p. 111.

II. SÉRIE. T. VII.

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nous entendons le mot intelligence dans son sens scolastique, son sens absolu, d'après lequel intelligence est synonyme de raison. Mais si nous étendons le sens de ce mot à la faculté de connaître en général, nous pourrons dire que l'animal est doué à divers degrés, suivant les espèces, les races et les individus, d'une intelligence sensitive, faite d'impressions, d'images, de mémoire, et ne s'exerçant que sur le particulier et le concret, incapable d'abstraction, de généralisation, d'idées en un mot, par conséquent d'une nature différente de celle de l'homme.

Ce point de vue est également exprimé, quoique plus sommairement, dans le mémoire sur L'Instinct des oiseaux (1), du R. P. Leray, avec lequel nous ne pouvons qu'être flatté de nous être rencontré. Reconnaissant que, dans le langage ordinaire, on donne le nom d'intelligence à la faculté de connaitre en général, y compris la connaissance purement sensitive, il en conclut que l'intelligence ainsi comprise peut être accordée aux animaux dans la mesure qui leur est propre. Mais ce point établi, il marque la différence qui sépare l'intelligence de l'instinct, fait voir que celui-ci est développé beaucoup plus chez l'animal dont l'intelligence n'atteint que le sensible et le concret, et incomparablement moins chez l'homme en qui l'intelligence, éclairée par la raison, atteint l'abstrait et l'idéal.

Après quoi notre auteur, étudiant l'instinct des oiseaux d'après ses nombreuses observations sur la construction des nids dans un grand nombre d'espèces, sur les circonstances concomitantes, la répartition du travail entre le mâle et la femelle, etc., conclut à l'invariabilité de l'instinct qui les guide, leurs procédés variant sans doute en une certaine mesure suivant les circonstances, mais toujours de la même manière dans des circonstances pareilles. Et comme chaque espèce a une façon différente de procéder, l'instinct normal étant le même dans chaque espèce et, fait bien digne de remarque, dans toutes les variétés et races d'une même espèce, l'auteur voudrait que des expériences spéciales fussent instituées en nombre suffisant, pour arriver à un classement des oiseaux par la nature de leurs instincts constructeurs (2)

Il y aurait assurément, ici, une veine curieuse et intéressante à explorer; et si l'on arrivait à établir le rang des espèces dans

(1) Compte rendu du IIIe Congrès, VIIe section, p. 212.

(2) Il voit même là les éléments d'une objection définitive contre les théories évolutionnistes appliquées au temps présent, sujet dont nous aurons à nous occuper plus loin.

l'échelle zoologique, par les manifestations des instincts de chacune d'elles, il est certain que ce mode de classification perdrait toute signification et toute valeur appliqué à l'homme, qui varie à l'infini ses procédés en toutes choses et dans toutes les directions. C'est même là un des signes caractéristiques de la différence essentielle qui sépare son intelligence des facultés psychiques de la bête.

Il en est, du reste, de l'intelligence comme du langage qui en est l'expression. Les animaux, eux aussi, ont un langage. Mais purement sensitive, concrète et particulière étant leur intelligence – puisque nous étendons ce terme à tout ordre de connaissances, - particulier aussi, concret et purement sensitif est leur langage. C'est ce que fait ressortir M. Jules Boiteux par son mémoire intitulé : A propos du rudiment de langage attribué aux singes (1), dans lequel il apprécie la tentative si bruyamment annoncée naguère du professeur Garner, de Cincinnati.

Ne pouvant contrôler les assertions fondamentales d'un explorateur annonçant qu'il va constater un certain langage articulé chez les singes, M. Boiteux suppose le fait admis et reconnu vrai (ce qui s'est trouvé, par parenthèse, plus généreux que de raison, comme on le verra plus loin). Cela posé, il établit que ce rudiment d'idiome, qui est inné et n'a donc rien de conventionnel ni d'artificiel, demeure et demeurera toujours immuable et improgressif, tel aujourd'hui qu'il était dès l'origine : or tout le contraire a lieu pour le langage humain qui n'a cessé et ne cesse de se modifier et d'étendre ses modifications dans tous les sens, de même que le savoir dont il est l'expression, lequel s'accroît sans cesse et comme à l'infini. D'autre part, comment les animaux et notamment les singes, si disposés par nature à imiter nos actes, s'abstiennent-ils d'imiter le principal et le plus éclatant d'entre eux tous ? Et puisque le rejeton de l'homme peut et veut toujours imiter le langage articulé, conventionnel, qu'il entend autour de lui, comment le rejeton des animaux qui vivent en domesticité parmi nous ne le peut-il ou ne le veut-il jamais ?

Depuis que M. Boiteux a développé ces considérations, le résultat des recherches de philologie simiesque pompeusement annoncées par M. Garner a été publié : il a été absolument nul (2). L'explorateur, à ce point de vue, des forêts africaines, en

(1) Compte rendu du IIIe Congrès, VII, p. 13.

(2) Cfr le Cosmos, 4 et 11 mai 1895, pp. 144 et 173 : La Langue des singes, par A. L. R.

est revenu, pour employer l'expression vulgaire, complètement bredouille, n'ayant pu constater, chez les singes parmi lesquels il a vécu, que des cris inarticulés analogues à ceux de tous les autres mammifères.

De quelque manière qu'on envisage la question, c'est toujours une différence d'essence, non de degré, que l'on constate de l'animal à l'homme. Dans un très beau travail sur La Vie intellectuelle des populations primitives (1), M. Aristide Dupont arrive, par d'autres voies, à la même conclusion. La rare perfection avec laquelle sont taillés les outils en silex des âges paléolithiques sont avec raison, à ses yeux, une manifestation parfaitement claire et non équivoque de facultés de spontanéité et d'intelligence, dont nous ne trouvons même aucune analogie dans la nature animale (2); de même que l'art de produire du feu, celui de fixer par le dessin ou la sculpture les formes des êtres qui l'entourent, le désir efficace de s'asservir les forces de la nature, n'appartiennent qu'à lui seul entre tous les étres de la création (3). Si haut qu’on remonte à travers les traces retrouvées des hommes primitifs pour redescendre jusqu'à nous, partout et toujours les diverses formes du savoir nous révèlent, dans l'humanité, “ des caractères intellectuels et moraux qui infirment l'origine animale qu'on voudrait lui imposer (4) ..

Cette vérité que, jusqu'ici, nous avons vu tirée par induction d'observations principalement de l'ordre philosophique ou ethnologique, M. le Dr Ferrand y arrive par voie physiologique, dans son savant mémoire sur Les Localisations cérébrales et les images sensibles (5). C'est à la recherche de la formation de l'idée sur le substratum des images que le médecin de l'HôtelDieu a consacré les pages dont il a donné lecture au Congrès.

Ainsi, par l'étude attentive des différents modes de formation de l'image dans le cerveau, il arrive à conclure, comme l'avait fait jadis Maine de Biran par observation exclusivement psychologique, à l'existence de deux imaginations différentes : l'une passive et fatale, que nous avons en commun avec les animaux, l'autre active et volontaire, propre à l'homme, qui ne se développe que sous l'impulsion d'un principe supérieur, conscient et libre.

Les circonvolutions du cerveau sont le lieu des images sensibles.

(1) Compte rendu du IIIe Congrès, VIII, p. 70.
(2) Ibid., p. 76.
(3) Ibid., p. 78.
(4) Ibid., p. 91.
(5) Compte rendu du IIIe Congrès, VII, p. 282.

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