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mission de faire imprimer cette Introduction à cent mille exemplaires, « afin de procurer, nous « écrivait-elle, à une foule de mères la conso« lation qu'elle y avait trouvée elle-même. » Et le même jour nous recevions d'un père de famille, un de ces hommes de foi et de coeur comme il n'y en a plus assez dans la société moderne, la lettre suivante, que sa trop grande bienveillance nous oblige à mutiler : « Un cri

s'échappe de toutes les poitrines à la lecture « de votre préface de la Vie de sainte Monique. « De pareils accents sont faits pour consoler « bien des misères et pour rendre l'espérance « à bien des coeurs brisés. Les mères s'atten« drissent jusqu'au fond des entrailles, et les « pères eux - mêmes essuient les larmes que « vous leur arrachez. Oui, monsieur l'abbé, je « crois être l'écho de tous les chefs de famille « en vous disant que vous nous avez subjugués. « Votre émotion nous a émus; vos accents si

vrais, si éloquents, si passionnément expri« més, ont fait vibrer les dernières fibres de « notre sensibilité, en nous forçant à rentrer « dans cette voie des joies austères, mais assu« rées, que donne la foi, et en réveillant l'é

nergie de notre volonté par l'amour le plus « noble et le plus pur qui puisse jamais enflam« mer un coeur. Merci, Monsieur; le service « que vous nous rendez ne se paie pas; mais si « la reconnaissance d'un père a quelque valeur,

daignez en accepter l'hommage, etc. »

Écoutons maintenant la voix d'une mère : « Si « je réfléchissais, Monsieur, à la hardiesse qui « me fait vous écrire, je ne prendrais pas la

plume; mais je cède à l'élan d'une âme ac« cablée de douleur et qui n'ose encore s'aban« donner à l'espérance. Je viens de lire votre livre, et j'ai baigné de mes larmes la

page

où « vous dites qu'une mère peut sauver son fils, « si elle le veut. Mais moi, Monsieur, je ne suis « qu'une pauvre pécheresse : le puis-je malgré « cela ? J'aurais dû être sainte, ayant été mariée « à un homme de bien que Dieu a éprouvé de « mille manières, qui a été trahi, calomnié,

ruiné, et avec lequel j'ai vécu de pleurs et « de larmes depuis quatorze ans, et l'année der« nière il a terminé sa vie, accablé d'épreuves. « Il me reste un fils; mais, hélas ! c'est lui qui « a été la source la plus amère des larmes de « mon pauvre mari. Priez pour ce malheureux « enfant. Qu'il ait le courage d'abandonner la « vie qu'il mène, pour laquelle il a tout sacrifié, « son père, sa mère, son nom , sa fortune. « Ah! du moins qu'il ne perde pas son âme. « Oh! Monsieur, sainte Monique doit vous « aimer; priez-la pour une mère qui se meurt « de douleur en pensant au salut de son

fils, etc. )

J'ai là, sous les yeux, plus de cinquante lettres baignées des mêmes larmes, et arrachées aux mêmes émotions. Je les laisse pour en choisir une, d'un ton bien différent, mais qui, elle aussi, a été profondément à mon coeur. Elle est d'une dame du monde qui porte un nom considérable, une grande âme qui faillit un jour et se releva plus grande, transfigurée par le repentir et par le douloureux sacrifice que lui arracha l'amour de Dieu. Après quelques mots sur l'ensemble du livre : « Vous dirai - je « maintenant, ajoute-t-elle, mon émotion aux * pages qui nous montrent rapidement la mal« heureuse jeune fille qui oublie Dieu pour

Augustin..., et pour laquelle Augustin oublie « Dieu ? Pour moi, cette figure voilée n'a pas « de voiles. C'est mon âme elle-même qui lutte

quinze ans, qui s'échappe enfin, qui ne se « repose qu'en Dieu, qui passe le reste de sa « vie à prier, à se purifier, à aimer encore ! « L'histoire ne dit rien des grâces qui furent « assez fortes pour l'arracher des côtés d'Au

gustin et d'Adéodat; mon âme reconnaissante « est là pour les conter. L'histoire ne dit pas « non plus qu'elle quitta tout et se donna à « Dieu pour que son fils s'y donnât lui-même,

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« pour enserrer sa jeune âme dans les mille « liens de ses incessantes prières, et afin que, « si un jour la vérité lui était connue, ou qu'il « tombât lui-même, il sût comment on se re« lève; et qu'enfin elle avait tendrement, mais « constamment pleuré le malheur qu'il fût né! « Je suis là pour le dire. Mon mal ne se guérit « pas vite; mais je ne doute pas de finir ma

vie, avec ou sans guérison, dans l'amour de « Dieu, qui est plus fort que tout. Priez pour

moi, et demandez avec moi la parfaite réali« sation des vues de Notre-Seigneur sur mes « ruines. Je l'attends en priant et en pleurant « sans relâche ni repos, mais en paix. » Elle ajoute, en faisant allusion à un passage du livre: « Dieu au ciel, et ceux que j'ai aimés, offerts à « Dieu et rachetés à force de larmes ! cela me « suffit presque. Et que faut-il de plus, même « pour aller au ciel, si on a un repentir plus « mêlé d'amour que de crainte? »

Voici maintenant des accents bien différents. C'est une toute jeune fille, un de ces anges de piété, de pureté, de modestie, qui, dans des familles nombreuses et peu fortunées, se dévouent quelquefois à aider la mère, et, si elle venait à manquer, à la suppléer; et qui bien jeunes encore, à dix-huit, à vingt ans, portent dans leurs cours de vierges toutes les angoisses de la maternité. « Il y a quelques jours, m'écrit

elle, j'avais lu la préface de votre livre dans a les Annales d'Orléans, et j'avais eu une petite

pointe de tristesse en voyant cette double vie a à laquelle il est donné à une mère d'enfanter « ses enfants et de laquelle je semblais exclue. « J'étais allée m'en plaindre à Notre-Seigneur,

qui m'avait fait entrevoir votre pensée ; et

déjà j'en étais toute consolée, quand j'ai lu, « dans l'ouvrage, la note que vous avez ajoutée a à la préface', et qui m'a rendue toute joyeuse « de nouveau. Oh! c'est que j'ai des Augustins « aussi, de tout petits Augustins. Le bon Dieu a les a faits proportionnés à leur Monique. Et

j'ai mieux senti que jamais, en vous lisant,

qu'il faut que je me donne tout entière pour « eux. Mes lâchetés, mes découragements, mes « manques de foi à leur endroit me remplissent « de regret. Si j'avais mieux cru en Dieu, s'il « y avait eu plus de ferme espérance dans toutes a les larmes que j'ai déjà versées pour eux, « peut-être qu'ils seraient des saints aujour« d'huil Et puis, c'est qu'il n'y a pas seulement a l'âme des miens qui m'occupe, j'en vois tant a d'autres !... Et je voudrais tant que l'Église a ait tous les amours ! »

On touche ici de la main, ou plutôt du coeur, 1 Voir la page 46, la note relative à Eugénie de Guérin.

C

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