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» mais par l'émigration des chefs de la ma-
» rine, il ne nous reste que des mains faibles
» et inhabiles à manier ces masses terribles,
» et à les aligner vis-à-vis celles de la Grande-
» Bretagne, qui en a un plus grand nombre
» que nous, et dont les amiraux s'exercent
» depuis deux cents ans. Nous formerons de
» bons officiers de tout grade avec le temps;
» mais il est un moyen "éluder dès-à-présent
» l'adresse des anglais, de paralyser leurs
» gros vaisseaux, et de les forcer à nous
» demander la paix. Ce moyen est simple:
» réunissons à Brest, en rade, 20 å 25 vais-
» seaux, et à Toulon, 12 à 15 vaisseaux seule-
» ment. Ces deux armées, sans sortir du port,
» causeront une dépense infinie à l'Angle-
» terre, qui ignorant les endroits où chacune
» d'elles peut se porter , sera obligée d'en-
» tretenir toujours à la mer 50 vaisseaux de

ligne pour garder tous les points susceptibles
» d'attaque. Ces deux noyaux d'armée na-
» vale étant formés sur les deux mers, doivent

être exercés continuellement à la mous

queterie , au canon, à la manæuvre , et » fournir à des divisions légères qu'on pourra » détacher , soit pour escorter un convoi na» tional, soit pour intercepter un convoi

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» ennemi. Armons ei même temps 50 fré» gates, corvettes, ou corsaires, qu'il faudra

toujours tenir en mer , avec la mission » expresse de détruire le commerce des en» nemis par tous les moyens. Le peuple an» glais aime mieux perdre 20 batiments de » guerre que 20 navires marchands, parce » que le roi est censé entretenir la marine » militaire, et

que

la perte de 20 navires du » commerce ruine cent riches particuliers;

or les particuliers ruinés ou lésés refusent» les subsides pour continuer la

continuer la guerre. Atta» quons donc sur tous les points le commerce

d'Angleterre. Avec des divisions légères, » des frégates, des corvettes, des corsaires » bien stationnés, aucun bâtiment ennemi

du commerce ne pourra passer sans être

pris, soit en allant dans les colonies, soit » en en revenant. Avant la guerre contre plu» sieurs puissances maritimes, nous sommes » certains d'acquérir des richesses immenses » sans courir les risques de perdre, puisque

nous n'avons plus de commerce (1). Nous » avons (en 1792) 20 bâtiments marchands.

(1) « Je répète ici ce que j'ai dit dans l’Adresse aux Marins. » Ce sont les vérités bien senties , et qu'on ne peut tron » prononcer.

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2)

» à la mer, et les ennemis en ont 20 mille, » C'est la position d'un joueur qui n'ayant » que 20 louis à perdre, joue contre des

joueurs qui ont 20 mille louis à risquer. On » dira: mais les ennemis nous prendront des » frégates , des corvettes, des corsaires. Sans » doute; mais ces frégates, ces corvettes, ces ») corsaires, avant de tomber au pouvoir des » ennemis, auront gagné 30 fois leur valeur, ») et ne seront pour les ennemis que des masses » inutiles, puisqu'ils ne manquent pas de » bâtiments légers. Les français, les anglais , » les espagnols, toutes les nations maritimes » évitent la guerre avec les saltins, les algé» riens, les maroquins, etc. qui n'ont que » de faibles et mauvaises barques, parce que » ces pirates n'ont rien à perdre , et qu'ils » troublent cepandant le commerce des na» tions maritimes les plus puissantes.

Il est donc vrai de dire que le systême que je proposais aurait fait couler, dans le sein de la république française, une source abondante de richesses. Cette manière de faire la guerre, la seule qui convenait à une marine naissante, n'empêchait pas de faire des coups de mairs brillants, des expéditions lucratives avec des divisions détachées, comme de

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prendre Rio-Janeiro aux portugais, la VeraCrux, Carthagène, Manille aux espagnols , Saint-Hélène, Bancau, Bender-Abassy, etc. aux anglais. Ces coups de mains, dignes de la bravoure et de la vivacité française, (et dont j'offrais de tracer les plans) auraient produit chacun 80 à 100 millions en numéraire. Au lieu de suivre mon systênie, fondé sur la raison et l'expérience, on a suivi des projets désastreux, et on n'a mis aucune suite dans les plans et les opérations.

Au commencement de 1792; Bertrand, ancien intendant de la province de Bretagne, était ministre de la marine. Esclave d'une cour corrompue, personne n'était plus propre à secorder ses vues criminelles, en contrariant la marche de la révolution et enparalysant le courage

et les efforts des amis de la liberté. Loin de mettre la marine sur un pied respectable, il a facilité l'émigration des généraux et des offciers, et n'a donné que le tableau stérile d'un corps de marine, dont tous les individus étaient à Coblentz, et cependant payés à Toulon Brest, Rochefort et Paris. La Coste lui a succédé, il voulait faire le bien; mais presque tous les administrateurs de ses bureaux étaient imbus des principes du royalisme. Monge fut nommé ministre; sa probité et son patriotisme l'avaient porté à cette place. Il avait pour adjoint le citoyen Taillevis. Le ministre Monge m'écrivit à Brest, à la fin de mars, an Il, de me rendre à Paris promptement, pour concerter avec lui les opérations de la campagne. A mon arrivée à Paris, Taillevis écrivit à Monge la lettre ci-jointe, qu'il fit imprimer.

Paris, 7 avril, l'an II de la République.

» Vous connaissez le zèle infatigable avec lequel je n'ai cessé de travailler au bonheur de la république. Votre estime et votre amitié sont pour moi une flatteuse récompense ; je veux la mériter par un nouveau titre, et vous prouver que le salut de la république a toujours été tout pour moi. La guerre maritime va reprendre une tournure très - active ; il faudra , pour résister à la coalition des tyrans de la mer, un génie et une expérience que je n'ai pas. Il est de mon devoir de vous en avertir. Vous avez appelé auprès de vous le capitaine de vaisseau Kerguelen, ancien marin, persécuté par les ci-devant du de

corps la marine, homme très-expérimenté, jouissant

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