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est ici, comme tant d'autres bonnes et belles choses dont il a été question parmi les hommes et que l'on serait tenté de croire absolument chimériques; mais elles sont ici.

Il y a dans le monde un souverain qui, durant un quart de siècle, a su garder inviolablemment le principe de la souveraineté, qui l'a défendu contre l'erreur du monde, contre la trahison et l'abandon des autres souverains, qui l'a sauvé, qui l'a maintenu en dépit de la défaite, et qui reste populaire parce qu'il a voulu et su rester roi. Il y a dans le monde un peuple qui est demeuré inviolablement fidèle à son roi vaincu et dépouillé, qui lui a voué plus d'amour à mesure que l'iniquité européenne lui infligeait plus de désastres, qui a connu la justice et la majesté de sa cause et ne l'a point trahie, qui, par son noble dédain, a déconcerté les séducteurs, et, par la constance de ses acclamations, a vaincu le mensonge persévérant de la presse, de la tribune et de la diplomatie. Ce souverain, c'est Pie IX, le souverain-prêtre ; ce peuple, c'est le sage, pieux et véritablement auguste peuple romain, dont la foi, toujours vivifiée par celle de Pierre, ne peut défaillir..

Je le dis avec une conviction profonde, parce que je le vois et parce que je le sens. Il y a ici un mystère de construction politique qui n'existe point ailleurs, et ce peuple de l'Eglise a reçu de Dieu quelque chose de particulier, une vertu que n'ont pas les autres.

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Certes, il est facile d'aimer Pie IX, et ce régime politique de l'État papal, si libéral, si doux et si vraiment paternel. Mais, ce qui est étrange et miraculeux en tous les temps, et l’est davantage au temps où nous sommes, c'est qu'un peuple soit en majorité patient, juste, reconnaissant, sache se souvenir, sache attendre, sache espérer, connaisse en un mot le bienfait de Dieu. Or, ce sont là les rares mérites, et, pour bien dire, les grâces spéciales du peuple romain. Il possède à un point très-élevé le sentiment et l'intelligence de l'honneur

que

Dieu lui a fait en lui donnant la garde domestique de la papauté. Il n'ignore pas

la grandeur de ce rôle, il veut n'en être pas indigne. Sans doute, si vous interrogez un Trastéverin ou un petit marchand de la place Navone, il ne vous fera pas une théorie objective et subjective sur la fonction du peuple romain à l'égard de la Papauté, mais vous sentirez en lui l'impérissable instinct de ce glorieux office. L'esprit romain va par là, il monte vers cette hauteur et ne consent pas à descendre. Je trouve une expression de ma pensée dans ces spirales de combattants que la vieille Rome sculptait sur ses colonnes triomphales. Ils montent, ils montent. A travers tous les obstacles, ils tendent au sommet où ils veulent installer un dominateur du genre humain. Ainsi le peuple de Rome.chrétienne, le petit et indomptable peuple de l'Église, véritable figure du pusillus grex,, monte et s'obstine à monter et ne désespère pas. Mais instruit à combattre par la prière et par la constance, celui qu'il veut installer au faite de l'humanité n'est pas le soldat, mais le pasteur, n'est pas César, mais Pierre.

Je me nourrissais et je peux dire que je m'enivrais de ces pensées dans la soirée d'hier, au milieu de la foule la plus nombreuse, la plus épaisse et la plus tranquille que j'aie jamais vue. Quant au spectacle, il est difficile d'en donner une idée à qui ne l'a pas eu sous les yeux. Figurez-vous cette immense ville en seu de joie, en arcs de triomphe lumineux, en jardins luniineux, en pétards, en feux de Bengale, en musique, en inscriptions pleines de tendresse, de grâce, et la plupart du style le plus noble et le plus savant; quantité d'édifices admirablement décorés, les obélisques changés en colonnes de lumière, des rues entières transformées en palais des fées, dans les airs des fusées et des ballons chargés d'artifices; des lanternes de couleur partout, dans les rues les plus pauvres et aux plus pauvres fenêtres; et tout cela varié, ingénieux, aimable et d'une bonne grâce exquise! Mais la foule était encore plus belle. C'était la foule qui faisait la grande surprise et le vrai charme des étrangers. Elle formait le spectacle qu'on ne saurait retrouver ailleurs et que Rome elle-même ne reverra plus. Non-seulement les écoles, le clergé séculier et régulier, mais aussi le Concile, faisaient partie de la foule. Les voitures entraient et circulaient là dedans, sans

autre force de police que quelques dragons pontificaux pour guider les files à certains affluents. Point de police et point de heurt; pas un juron, pas une poussée. Tout le monde jouissait paisiblement de la fète dont chacun avait fait les frais, et chacun montrait à chacun la déférence et la complaisance qui doivent régner entre les invités d'une fête. Les enfants, les jeunes filles, les femmes, les familles d'artisans et de bourgeois, les écoles, par groupes émerveillés, les grands seigneurs romains descendus de leurs voitures, les prêtres, les religieux, les évêques étaient pêle-mêle sur ce pavé que le pas de la sédition ne fait jamais tressaillir, et rien ne froissait aucune faiblesse , n'alarmait aucune dignité, ne blessait aucune pudeur. La plupart des motifs de décoration étaient religieux : ils représentaient des oratoires, des chapelles. La croix de Jésus et la croix de Pierre, la palme, la tiare étaient partout; les lignes de feu figuraient des calices, des ciboires, des ostensoirs grandioses, encadraient le portrait de Pie IX ou l'image de la Madone.

Une belle inscription parut au Capitole pour le premier anniversaire de la préservation du Pape à Sainte-Agnès, anniversaire aussi du retour de Gaëte. Elle exprime bien la double occasion de la fête, et vous la trouverez digne également de Rome, du Capitole et de Pie IX.

PIO IX P. M.

TUM REDUCI, TUM SOSPITI

ROMA MEMOR.

Il s'est passé seize ans, et que d'événements dans ce « grand espace » de la vie d'un homme et d'un peuple! Mais le souverain et le peuple, fidèles à euxmêmes et à leur loi sacrée, se sont restés fideles l'un à l'autre, et le roi magnanime a enchaîné l'amour du peuple au pied de son trône, assiégé d'une si longue tempête. Par leur constance réciproque, le droit a prévalu contre l'iniquité victorieuse. L'iniquité n'a pu suborner que la victoire, et c'est le droit qui triomphera.

Jamais la foi du peuple romain n'en a donné une plus large et plus fière assurance qu'en cette heure d'étonnement où la Papauté rencontre une force de contradiction doublement inattendue par son origine et par son caractère. Pie IX ne s'était pas trouvé en face de ce fantôme armé de brochures, de sophismes et d'erreurs; l'on n'eût jamais pensé qu'une attaque contre ce qu'il a surtout le devoir de défendre et d'affirmer lui viendrait de ce côté. Dieu n'a voulu lui éviter aucun combat. Cette fois encore il ne veut pas qu'aucun combat le voie fuir, et celui-ci non plus ne peut déconcerter la fermeté du peuple romain. On a vu, hier, à plus d'un trait significatif, que le peuple romain ne se désintéresse pas des questions agitées

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