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des deux députés éloignèrent les furieux. La foule grossissait : lorsque des paysans quittaient la voiture pour retourner à leurs travaux, d'autres arrivaient armés de faux, de fourches, de fusils, de piques, de vieilles épées; aussi les voitures n'allaient qu'au pas : elles arrivèrent ainsi à Dormans, où les voyageurs passèrent la nuit. Là, les commissaires, soit qu'ils redoutassent l'irritation populaire, soit qu'ils craignissent d'être poursuivis par la cavalerie de Bouillé, déclarèrent qu'ils ne voulaient plus garder autour d'eux que des hommes à cheval, afin d'arriver à Paris plus promptement.

Ils ne trouvèrent aucun obstacle à l'exécution de cette résolution; le lendemain, ils allèrent coucher à Meaux, dans le palais épiscopal que Bossuet habitait un siècle auparavant. Pétion offrit de faire évader les gardes du corps sous l'habit de gardes nationaux ; la reine refusa, dans la crainte que Pétion ne fît cette proposition que pour les faire assassiner plus sûrement: soupçon ridicule, qui exposait ces trois hommes à être massacrés ! Barnave eut, avec la reine, un entretien secret dont Pétion ne se douta même

pas,

et dans lequel il donna des conseils, et s'engagea à ne plus agir désormais que dans l'intérêt de la famille royale.

Le lendemain, samedi 25 juin, les voitures entrèrent dans Paris à la chute du jour. Les trente mille hommes de la garde nationale, en uniforme, attendaient le passage des fugitifs, escortés de plus de cent mille hommes de la banlieue, armés de piques ou de bâtons. Lafayette, sur son cheval blanc, était à la tête de son armée, et semblait ramener le roi dans la capitale.

On fit passer le cortège par les Champs-Elysées et par la place Louis XV. Les arbres étaient chargés de curieux ; tous les assistants gardaient un silence glacial, et semblaient des juges affamés de justice, mais dédaigneux de la vengeance '. On avait affiché dans le faubourg Saint-Antoine l'avis suivant: « Quiconque applaudira Louis XVI sera bâtonne ; quiconque l'insultera sera pendu. » Derrière les deux voitures s’avançait un chariot, décoré de Jauriers, où était assis l'intrépide Drouet, à qui les campagnes faisaient une ovation.

Lorsqu'on arriva aux Tuileries, les trois gardes du corps furent insultés, et faillirent être pendus. Pétion les protégea par son ascendant sur la multitude, et la famille royale rentra sans accident dans ses appartements.

XII. Le lendemain, Duport, rapporteur des comités de constitution et de législation, proposa que ceux qui avaient accompagné le roi fussent interrogés par

· Le département de l'Hérault disait alors dans une adresse à l'Assemblée nationale : La nation, indignement trompée, ne sollicitera pas de vous un acte de vengeance; le monde en attend un grand acte de justice.

les juges ordinaires, mais que le roi et la reine fussent entendus en leurs déclarations par trois commissaires de l'Assemblée nationale. Le décret fut rendu , après une longue discussion, car Robespierre et Buzot ne voulaient pas que l'information fùt scindée.

Duport, d’André et Tronchet se rendirent près du roi et de la reine pour recevoir leurs déclarations. Le roi assura qu'il n'avait jamais eu aucun concert avec les puissances étrangères ; qu'il n'avait jamais eu l'intention de sortir du royaume, et qu'il n'allait qu'à Montmédy; qu'en quittant Paris il avait seulement obéi à deux motifs : le premier, de prouver qu'il était libre; le second, de ne pas compromettre sa sûreté, en restant dans la capitale, après l'outrage qui lui avait été fait le 18 avril.

Les commissaires s'étant ensuite présentés chez la reine, elle fit répondre qu'elle venait de se mettre au bain, et ne pouvait les recevoir. Le lendemain, elle leur déclara qu'elle était partie uniquement pour ne pas quitter le roi, et parce qu'elle savait qu'il ne voulait pas

sortir du royaume. L'Assemblée nationale parut satisfaite de ces déclarations, bien qu'il restât évident que le but du voyage n'était pas Montmédy, où rien n'était préparé ; mais que le roi se rendait à la splendide abbaye d'Orval, située à trois lieues de là, dans le Luxembourg, alors occupé par les Autrichiens. Des troupes, commandées par le prince de Condé, y étaient déjà pour le rece

voir 1. Une foule d'officiers avaient choisi le moment de la fuite de Louis XVI pour déserter. Tous ceux du régiment Colonel-général, en garnison à Dunkerque, emportèrent les drapeaux, et s'enfuirent au milieu des Autrichiens.

Dans un grand nombre de districts, on vit disparaître et émigrer tout à coup des légions entières de ci-devant gentilshommes. Il paraît même que les aristocrates tentèrent de livrer à l'ennemi la ville et la citadelle de Lille, mais que le patriotisme vigilant des soldats fit échouer ce projet.

On blâma généralement la faiblesse de l'Assemblée nationale, qui n'osa pas faire interroger le monarque, et qui se contenta de sa déclaration. Néanmoins, le côté droit, jaloux de voir les constitutionnels seuls en mesure de disposer du sort de Louis XVI, signa une protestation violente « contre les outrages faits au mo» narque et à son auguste famille, et, en leur per» sonne, à la nation tout entière. Nous continuerons, » ajoutaient les signataires, d'assister aux délibérations » de l'Assemblée nationale ; mais, ne pouvant ni » avouer ses principes, ni reconnaître la légalité de >> ses décrets, nous ne prendrons dorénavant aucune » part aux délibérations qui n'auront pas pour objet >> l'intérêt du roi. >> Cette protestation ne fut assurément

pas
dictée

par

Deux Amis, t. VII.

386 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. amour pour Louis XVI, puisque les constitutionnels geuls étaient capables de le sauver, contre le væu des populations. Bouillé commit la même faute en ajoutant le ridicule à l'odieux de sa renommée. Il s'était enfui avec quelques officiers à Orval, puis à Luxembourg, d'où il écrivit à l'Assemblée nationale une lettre d'injures finissant ainsi :

« Je connais vos moyens de défense ; ils sont nuls, » et votre châtiment servira d'exemple aux autres » peuples. Voilà ce que doit vous dire un homme qui » n'a pour vous et votre peuple qu'indignation et >> horreur. Je connais les chemins; je guiderai les » armées étrangères qui vous attaqueront. Si l'on ôte >> un seul cheveu de la tête de mon roi, il ne restera » pas pierre sur pierre à Paris. Adieu, messieurs. »

Cette lettre' n'excita d'autre sentiment que le dégoût dans la France entière, où l'on ne songea plus dès lors qu'aux mesures à prendre à l'égard du roi.

1 Le même Bouillé avait écrit, le 9 septembre précédent, une lettre à l'Assemblée nationale, pour lui réitérer son serment de dé fendre tous ses décrets.

FIN DU PREMIER VOLUME.

« ÖncekiDevam »