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dans le triste privilégé de propayer l'incrédulité dans les générations successives ; car ce qui soutient leurs noms, et ce qui leur procure encore des lecteurs, ce n'est pas la force de leurs argumens contre la religion, c'est la chaleur de l'un, et les saillies de l'autre. C'est dans Rousseau ce style animé, vélément, pittoresque, qui fait illusion à l'esprit et qui entraîne. C'est dans Voltaire cette verve, celle fécondité de plaisanteries, ce piquant, celle originalité qui amusent un lecteur peu'réfléchi, et qui satisfont la maliguité loujours prête à saisir le ridicule qu'on lui présente.

De ces écrivains, Voltaire est sans doute celui qui a eu le plus d'influence sur la jeunesse, et qui a le plus contribué à accréditer l'irréligion dans son siècle. Les différens geores qu'il a embrassés en littér ture en ont fait une sorte de colosse qui en impose encore, et ses succès au théâtre ont surtout contribué à accroître sa renommée. L'extrême facilité et le brillaut de son style ont couvert la foiblesse de ses objections. Des hommes zélés l'ont réfuté avec les armes de la théologie, de l'érudition, de la logique ; mais leurs ouvrages sérieux et raisonnés u'ont pas fait la même impression que le ton léger et plaisant de leur adversaire. Voltaire a comu tout le pouvoir du ridicule sur la majorité des lecteurs, et il en a fait largement usage. Il savoit que celui qu'on fait rire est déjà à demi-gagné, et qu'en France surtout les bons mots ont plus d'efficacité que les bonnes raisons. Telle est même notre frivolité et notre inconséquence, que bien que convaincus intérieurement du peu de solidité de telle objection ou de tel reproche, nous nous laissons quelquefois éblouir par les agrémens de la forme avec laquelle on nous les présente, et le clinquant de la broderie nous séduit encore quand nous ne pouvons nous dissimuler le vice de l'étoffe.

Il est donc difficile d'attaquer avec un succès gé. néral un auteur favorisé par cette disposition des esprits. Comment détromper des gens qui ne veulent pas

l'être ? Vous accumulerez les recherches, les raisonnemens, les preuves. On échappera à tout cela par le sourire de l'indifférence ou le piquant d'une épigramme. Vous ne persuaderez que les lecteurs réfléchis qui auront le courage de vous suivre dans vos discussions, et cette classe sera toujours malheureusement le petit nombre. Pour les autres, il n'est peut-être qu’un moyen de les guérir de leurs préjugés, c'est de leur faire bien connoître celui de qui ils les tiennent, c'est de leur montrer Voltaire tel qu'il s'est peint lui-même dans sa Correspondance; c'est de rapprocher une foule de traits épars dans ce recueil, et d'en composer une vie nouvelle d'um eles hommes les plus extraordinaires qu'il y ait en. Jusqu'ici nous n'avons vu sur lui que des panegyriques pleins d'enflare, où on le célébroit comme le bienfaiteur de son siècle,

l'apôtre de l'humanité, et même comme le restauraleur de la morale, car on a été jusque là. Ne seroit-il pas curieux de voir enfin son histoire écrite sans enthousiasme comme sans passion, et pour couper court à tout reproche à cet égard, je voudrois que cette histoire fut composée avec les seuls écrits et la seule Correspondance de Voltaire. De tels documens seroient irrécusables, et maniés par une plume habile, ils fourniroient un ouvrage très-piquant et très-utile.

La vie littéraire et la Correspondance de Voltaire commencent l'une et l'autre vers 1715, et l'année où

il se lançoit dans le monde est précisément celle où mourut Louis XIV. Une telle époque, et la licence qui la suivil, étoient fort propres à développer les dispositions irréligieuses dans lesquelles le jeune Arouet avoit, dit-on, été nourri, et il est assez intéressant d'en suivre les progrès. On trouve dans ses OEuvres, dès 1716, des traces de ses dispositions, et dans une épitre de cette date, il se moque déjà des chimères de la Bible, des bégueules qui font leur salut , et de la superstition mère de la tristesse. Les deux vers fameux d'OEdipe sont connus de tout le monde. Daus l’Epître à Uranie , composée sous la régence, Voltaire dit nettement qu'il n'est pas chrétien, et rassemble les objections des incrédules contre les livres saints. Quelques traits de sa Correspondance indiquent le même esprit, dans lequel il se fortifia encore par son séjour en Angleterre, et par ses liaisons avec plusieurs déistes de ce pays. On voit dans les lettres qu'il écrivit pendant son séjour dans dette île les premières traces de l'esprit caustique qu'il porta depuis sur tant d'objets. C'est alors qu'il écrivit ses Lettres philosophiques, et que, suivant l'expression de Condorcel, il jura de consacrer sa vie à détruire les préjugés. C'est alors qu'il s'accoutuma à ces alternatives calculées d'audace et de crainte apparente, lançant une brochure où il froudoit sans ménagement, puis allant s'enfoncer quelques mois dans la retraite, puis reparoissant armé d'un autre pamphlet un peu plus hardi', .et se plaignant amèrement d'une persécu-. tion qui ne fut jamais sérieuse, et qu'il n'auroit dû d'ailleurs imputer qu'à lui-même. Retiré chez la marquise du Châtelet, avec laquelle on ne nous a pas

dissimulé la nature de ses liaisons, il esquissoit sous les.

yeux d'une femme, d'une mère, ce poème où sont upies la licence et l'impiété. Il en envoyoit des fraymens à Frédérie, alors prince royal de Prusse , auquel il recommandoit de fouler aux pieds la superstition et le fanatisme. Depuis il alla joindre ce prioce, auprès duquel il demeura trois ans. Jamais, dit-il dans ses Mémoires, on ne parla dans aucun lieu mionde avec tant de liberté, de toutes les superstitions des hommes, et jamais elles ne furent traitées avec plus

. , nois régulièrement avec deux ou trois impies. Il n'y a pas de doute que cette société n'ait contribué à accroître et à développer en lui ce penchant de l'irréligion par lequel il s'étoit déjà signalé, et qui devoit éclater avec tant d'impétuosité dans sa vieillesse.

Dégoûté de Berlin, Voltaire reotra en Frapce. Il nuroit pu se fiser à Paris, s'il eût voulu s'abstenir d'écrire contre la religion. La littérature lui offroit assez de sujets pour exercer son talent: mais

emporté par un zèle ardent, il aima mieux s'exiler dans une

campagne auprès de Genève, que de mettre bas les armes, et de renoncer à la guerre. C'est même de cette époque que son zèle prit un plus grand essor. Alors sa Correspondance offre un caractère plus marqué d'aigreur et de satire. Alors on le voit arborer les étendards d'un chef de parti , et recourir à ces formules et à ces provocations qui annoncent un complot formé. Il avoit plus de soixante ans, et cet áge du calme et dn repos fut précisément celui où sés passions s'exaltèrent, et où il se livra à toute la fougue d'un emportement inexplicable. C'est-là une nouvelle époque dans sa vie. Dans la première, il s'étoit montré sans doute écrivain irréligieux; mais il gardoit encore quelque mesure, il ne cassoil pas

les' vitres, qu'on nous passe cette expression peut-être trop familière; il n'alfichoit pas la haine et l'esprit de parti; il ne s'étoit pas mis à la tête d'une cabale. C'est de 1757 à 1760 que se fit en lui cette révolution funeste, et qu'exalié par la solitude, aigri par la contradiction, égaré par les applaudissemens de ses amis, encouragé surtout, dit Palissot, par les suggestions de d'Alembert, il secoua toule réserve, ei fit éclater dans sa conduite, dans ses écrits et dans sa Correspondance, cette impétuosité, cette irascibilité, celle outre-cuidance, cette passion effrénée avec lesquelles il poursuivit le christianisme pendant les vingt derpières années de sa vie. Nous demandons la pèrmis. sion d'exposer dans un second article le tableau raccourci de celle partie de sa carrière, avant d'arriver à l'outrage qui nous a donné occasion de traiter ce sujet.

*CHIL

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NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. ROME. Le 25 juillet, 8.8. a tevu au Quirinal un consistoire public, dans lequel elle a donné, avec les formalités ordinaires, le chapeau aux cinq nouveaux cardinaux après qu'ils eurent prêté le serment prescrit par les constitutions apostoliques. Le soir , ils allèrent en corps visiter la basilique du Vatican, puis se rendirent chez S. Em. lo doyen du sacré college. Rentrés chez eux, M. Domis nique Ginnasi, camerier secret de S. S., leur apporta le chapeau,

- M6, Mazio, secrétaire des lettres latines, a été nommé au canonicat de la basilique dite Libérienne, vacant par la promotion de M. Ranghiasci à l'évêché de Saint-Séverino. Les prélats Bertazzoli, archevêque d'Edesse, Cam

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