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riorité du chloroforme sur l'éther. La communication de Simpson eut un retentissement énorme, presque égal à la nouvelle de la première éthérisation. A partir de ce moment, le chloroforme est devenu l'agent ordinaire de l'anesthésie chirurgicale, bien que certains opérateurs (les chirurgiens de Lyon en particulier) soient restés fidèles à l'éther, et que, de temps en temps, on recommence en sa faveur une campagne de réhabilitation toujours renouvelée et toujours infructueuse.

L'invention de l'anesthésie a eu sur le caractère et sur les destinées de la chirurgie une influence énorme. Pratiquer une opération grave, promener le fer et le feu au sein des chairs palpitantes sans éveiller la moindre douleur, quel rêve inespéré! Les malades furent les premiers à profiter de cette inestimable découverte. La situation faite jusque-là aux malheureux obligés de se livrer aux mains du chirurgien était terrible; la torture ou la mort, telle était l'épouvantable alternative, et beaucoup, est-il besoin de le dire, préféraient la mort. Ces temps sont passés, bien passés. La chirurgie a dépouillé pour toujours l'appareil de terreur qui l'environnait autrefois et qui la rendait odieuse ; elle s'est faite douce, humaine, compatissante. Le chirurgien, qui n'a plus besoin d'être cruel pour remplir son devoir, a renoncé aux interpellations brusques, aux manières impérieuses, aux procédés violents, pour se montrer patient et bon comme il convient à tout homme voué au soulagement des misères d'autrui. La plupart des malades, de leur côté, acceptent aujourd'hui les opérations avec une résignation sereine. Quand je traverse les salles de l'hôpital où ils attendent avec impatience le moment qui doit les délivrer, bien qu'habitué depuis longtemps à pareil spectacle, je ne puis m'empêcher d'admirer la confiance calme et tranquille, l'espoir presque joyeux qui se lit sur leur physionomie. Ils savent bien, les infortunés, qu'aucun moyen ne sera épargné pour les empêcher de souffrir, et leurs compagnons de salle, ceux qui ont déjà goûté les bienfaits de l'anesthésie, ne manquent jamais de les encourager par le récit de leur propre histoire, et par quelque bonne et réconfortante parole.

Si l'introduction de l'anesthésie n'avait eu d'autre effet que de supprimer la douleur au cours des opérations, il faudrait encore la saluer comme un bienfait divin : divinum opus sedare dolorem. Mais, en réalité, elle exerça une influence générale sur toute la chirurgie. Grâce à elle, le chirurgien moins redouté voit aujourd'hui ses conseils plus facilement accueillis ; il en résulte que beaucoup de malades acceptent sans résistance les opérations précoces, les seules qui, dans certaines affections comme le cancer, offrent des chances de guérison durable. Dans l'accomplissement de sa tâche, l'opérateur n'est plus troublé par l'agitation et les cris de l'opéré; n'ayant plus hâte d'en finir, sa seule préoccupation est d'apporter à l'acte qu'il accomplit tous les soins, toutes les délicatesses qu’exige une exécution parfaite. Combien nous sommes éloignés des prouesses opératoires qui faisaient des grands chirurgiens d'il y a cinquante ans les émules des prestidigitateurs en renom! Ces façons d'agir, dont nous aurions tort de médire, car elles étaient alors extrêmement appréciées des malades, n'auraient plus aujourd'hui que des inconvénients. Nous ne sommes ni moins experts, ni moins habiles que nos devanciers, mais nous le sommes d'une autre façon pour le plus grand bien de nos opérés. Enfin l'anesthésie a reculé les frontières de la chirurgie. Avant elle, il n'y avait de possibles que les opérations de courte durée. A partir du jour où le chloroforme eut supprimé la douleur et l'épuisement nerveux inséparable des longues tortures, la durée d'une opération cessa de constituer un facteur important dans la détermination des actes du chirurgien. Alors seulement sont devenues possibles une foule d'opérations minutieuses et prolongées, véritables vivisections portant sur les principaux organes les douleurs physiques, on pourrait probablement l'employer avec avantage dans les opérations chirurgicales qui ne s'accompagnent pas d'une grande effusion de sang ». Si les chirurgiens d’alors avaient prêté à cette parole toute l'attention qu'elle méritait, l'anesthésie était trouvée. On fit, il est vrai, en Angleterre, en Suède, en Allemagne et en France, quelques expériences avec le gaz étudié par Davy, mais on s'arrêta bientôt, découragé par l'inconstance des résultats provenant de l'impureté du produit, effrayé d'autre part par quelques symptômes alarmants observés dans certains cas. Suivant l'expression de Rochard, on venait de passer à côté de l'anesthésie sans la reconnaître.

Il semblait même que la question fât insoluble. Une des illustrations de la chirurgie française, Velpeau, n'avait pas craint d'imprimer en 1839, dans un traité qui fut longtemps classique : « Éviter la douleur dans les opérations est une chimère qu'il n'est pas permis de poursuivre aujourd'hui. » Ces paroles décourageantes étaient acceptées sans réserve. Mais tandis que la science européenne se déclarait impuissante, nos confrères d'Amérique reprenaient le problème et la gloire de le résoudre leur était réservée.

C'est donc de l'autre côté de l'océan que nous allons poursuivre l'histoire de l'anesthésie. Le premier nom qui se présente à nous est celui de ce pauvre Horace Wells, dentiste à Hartford, dans le Connecticut. Il fut la première victime de cette merveilleuse découverte dont une fatalité déplorable vint lui ravir l'honneur. Son histoire est lamentable; c'est celle de tous les inventeurs malheureux, méconnus, désespérés. En 1844, peu de temps après l'arrêt téméraire porté par Velpeau, Horace Wells songea à reprendre les expériences de Davy sur le protoxyde d'azote. Ayant à subir lui-même l'avulsion d'une dent, il se soumit à l'influence stupéfiante de ce gaz et ne ressentit aucune douleur. Il répéta l'essai sur une quinzaine de ses clients et obtint chez tous le même résultat satisfaisant. C'est alors que, plein de confiance dans l'expérience acquise, il demanda et obtint du Dr Warren, chirurgien de l'hôpital général du Massachusetts, l'autorisation de démontrer l'efficacité de l'agent anesthésique devant le public médical et les élèves de l'école de médecine. Un malade de l'hôpital s'offrit au dentiste; mais soit mauvaise préparation du gaz, soit fonctionnement défectueux de l'appareil destiné à l'administrer, le patient fit entendre, au moment de l'extraction, un cri déchirant auquel répondirent, comme un écho moqueur, les éclats de rire des nombreux étudiants qui emplissaient l'amphithéâtre. Le pauvre Horace Wells fut profondément mortifié. D'un naturel sensible et impressionnable à l'excès, il ressentit de son échec un chagrin profond. Il renonça à ses essais et à l'exercice de sa profession pour se complaire dans le souvenir poignant de l'humiliation qu'il avait subie. Quelques années plus tard, lorsque le bruit que fit la découverte, réelle cette fois, de l'anesthésie chirurgicale parvint à ses oreilles, il accourut à Londres et à Paris faire valoir ses droits et réclamer sa part de mérite. Mais il fut éconduit partout, et c'est alors que, désolé de voir ses revendications méprisées, désespéré jusqu'à en perdre la raison, il rentra dans son pays et se donna la mort en s'ouvrant les veines dans un bain. Qu'a-t-il manqué à cet infortuné Wells pour attacher son nom à l'une des plus admirables découvertes de notre siècle ? Un peu de courage pour se relever de l'humiliation subie, un peu d'opiniâtreté pour reprendre et mener à bien l'expérience manquée. Vraiment, après avoir été si près du but, il méritait mieux que le dédain des savants qui l'ont si mal accueilli, et la postérité lui doit bien quelque réparation en associant son nom au nom de tous ceux qui ont le plus contribué à doter l'humanité du bienfait de l'anesthésie.

Deux ans après l'échec pitoyable d’Horace Wells, un autre dentiste, le D' Morton, qui avait été son élève, ne craignit pas de reprendre le redoutable problème. N'ayant, en somme, que des connaissances scientifiques médiocres, il s'adressa à un chimiste distingué de Boston pour obtenir le gaz nécessaire à ses expériences. Ici apparaît un personnage nouveau, le Đ? Jackson, auquel Morton s'était adressé, et une substance nouvelle, l'éther. A vrai dire, l'éther sulfurique était connu depuis le commencement du xvio siècle, son usage en médecine était assez répandu, on n'ignorait pas ses propriétés excitantes et stupéfiantes ; il est même de notoriété qu'en Amérique et en Angleterre surtout, les élèves des cours de chimie, les étudiants en pharmacie et en médecine avaient coutume de se réunir quelquefois pour respirer ses vapeurs enivrantes ; mais, chose étrange, jamais personne n'avait songé à utiliser ces remarquables propriétés pour supprimer la douleur au cours des opérations. Jackson savait tout cela, et il avait d'ailleurs expérimenté sur lui-même, quelques années auparavant, les vertus calmantes de l'éther ; aussi l'idée lui vint-elle de le recommander à Morton pour les expériences qu'il projetait. C'est à cela que se borne, il faut bien le reconnaître, la part de Jackson dans l'invention de l'anesthésie. Cette part a été considérablement exagérée, en France surtout. Il n'est que juste de la réduire à sa réelle valeur.

Morton qui, jusque-là, ignorait l'existence de l'éther, s'empare du conseil de Jackson et, en homme d'action qu'il était, poursuit son but avec opiniâtreté. Il commence par se soumettre lui-même aux vapeurs de cette substance et se fait extraire une dent sans ressentir aucune douleur. L'expérience répétée sur un certain nombre de ses patients lui donne le même résultat. Dès lors, il n'hésite plus à se présenter devant le même tribunal qui avait été si fatal à Wells. Il s'adresse au Dr Warren et obtient de soumettre à l'action des vapeurs d'éther un malade auquel ce chirurgien devait extirper, par une opération longue et délicate,

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