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une volumineuse tumeur du cou. Le même public de médecins et d'étudiants remplit l'amphithéâtre de chirurgie au jour fixé pour l'opération, le 14 octobre 1846. Tout réussit à merveille : le chirurgien peut achever jusqu'au bout sa difficile opération sur le malade endormi, et celuici déclare, à son réveil, n'avoir ressenti aucune douleur. A l'émotion profonde des assistants succèdent bientôt des transports enthousiastes qui se traduisent par des applaudissements unanimes. L'anesthésie chirurgicale était enfin découverte! On conserve comme une relique, dans la salle de clinique chirurgicale de l'université de Boston, où j'ai pu la voir, l'éponge qui servit à recevoir le précieux liquide dans cette séance mémorable.

Inutile de dire l'impression profonde que fit en Europe la nouvelle de cette découverte. Les plus grands chirurgiens de Londres et de Paris répètent l'expérience et reconnaissent la valeur du nouveau procédé. Pendant une année, les journaux de médecine ne s'occupent plus que de cette question ; c'est à qui l'étudiera le mieux et y apportera les plus heureux perfectionnements.

Flourens, en 1847, remarque, au cours de ses expériences sur les animaux, que le chloroforme, agent presque ignoré alors, bien qu'il eût été trouvé par Soubeiran en 1831, jouit de propriétés anesthésiques plus rapides et plus profondes que l'éther; cependant, malgré la communication de Flourens à l'Académie des sciences, aucun chirurgien francais ne songe à l'essayer sur l'homme.

Simpson, d'Édimbourg, connaissait-il la découverte de Flourens ? Le fait n'est pas établi. Quoi qu'il en soit, c'est à lui que revient le mérite d'avoir, le premier, employé le chloroforme chez l'homme; donnant un exemple de prudence que les inventeurs de nouveaux remèdes feraient bien de toujours imiter, ce n'est qu'après avoir fait une cinquantaine de chloroformisations heureuses qu'il affirma, dans un remarquable mémoire présenté à la Société médico-chirurgicale d'Édimbourg, le 10 novembre 1847, la supériorité du chloroforme sur l'éther. La communication de Simpson eut un retentissement énorme, presque égal à la nouvelle de la première éthérisation. A partir de ce moment, le chloroforme est devenu l'agent ordinaire de l'anesthésie chirurgicale, bien que certains opérateurs (les chirurgiens de Lyon en particulier) soient restés fidèles à l'éther, et que, de temps en temps, on recommence en sa faveur une campagne de réhabilitation toujours renouvelée et toujours infructueuse.

L'invention de l'anesthésie a eu sur le caractère et sur les destinées de la chirurgie une influence énorme. Pratiquer une opération grave, promener le fer et le feu au sein des chairs palpitantes sans éveiller la moindre douleur, quel rêve inespéré! Les malades furent les premiers à profiter de cette inestimable découverte. La situation faite jusque-là aux malheureux obligés de se livrer aux mains du chirurgien était terrible; la torture ou la mort, telle était l'épouvantable alternative, et beaucoup, est-il besoin de le dire, préféraient la mort. Ces temps sont passés, bien passés. La chirurgie a dépouillé pour toujours l'appareil de terreur qui l'environnait autrefois et qui la rendait odieuse ; elle s'est faite douce, humaine, compatissante. Le chirurgien, qui n'a plus besoin d'être cruel pour remplir son devoir, a renoncé aux interpellations brusques, aux manières impérieuses, aux procédés violents, pour se montrer patient et bon comme il convient à tout homme voué au soulagement des misères d'autrui. La plupart des malades, de leur côté, acceptent aujourd'hui les opérations avec une résignation sereine. Quand je traverse les salles de l'hôpital où ils attendent avec impatience le moment qui doit les délivrer, bien qu'habitué depuis longtemps à pareil spectacle, je ne puis m'empêcher d'admirer la confiance calme et tranquille, l'espoir presque joyeux qui se lit sur leur physionomie. Ils savent bien, les infortunés, qu'aucun moyen ne sera épargné pour les empêcher de souffrir, et leurs compagnons de salle, ceux

qui ont déjà goûté les bienfaits de l'anesthésie, ne manquent jamais de les encourager par le récit de leur propre histoire, et par quelque bonne et réconfortante parole.

Si l'introduction de l'anesthésie n'avait eu d'autre effet que de supprimer la douleur au cours des opérations, il faudrait encore la saluer comme un bienfait divin : divinum opus sedare dolorem. Mais, en réalité, elle exerça une influence générale sur toute la chirurgie. Grâce à elle, le chirurgien moins redouté voit aujourd'hui ses conseils plus facilement accueillis ; il en résulte que

que beaucoup

up de malades acceptent sans résistance les opérations précoces, les seules qui, dans certaines affections comme le cancer, offrent des chances de guérison durable. Dans l'accomplissement de sa tâche, l'opérateur n'est plus troublé par l'agitation et les cris de l'opéré; n'ayant plus hâte d'en finir, sa seule préoccupation est d'apporter à l'acte qu'il accomplit tous les soins, toutes les délicatesses qu’exige une exécution parfaite. Combien nous sommes éloignés des prouesses opératoires qui faisaient des grands chirurgiens d'il y a cinquante ans les émules des prestidigitateurs en renom! Ces façons d'agir, dont nous aurions tort de médire, car elles étaient alors extrêmement appréciées des malades, n'auraient plus aujourd'hui que des inconvénients. Nous ne sommes ni moins experts, ni moins habiles que nos devanciers, mais nous le sommes d'une autre façon pour le plus grand bien de nos opérés. Enfin l'anesthésie a reculé les frontières de la chirurgie. Avant elle, il n'y avait de possibles que les opérations de courte durée. A partir du jour où le chloroforme eut supprimé la douleur et l'épuisement nerveux inséparable des longues tortures, la durée d'une opération cessa de constituer un facteur important dans la détermination des actes du chirurgien. Alors seulement sont devenues possibles une foule d'opérations minutieuses et prolongées, véritables vivisections portant sur les principaux organes de l'économie, qu'aucun chirurgien n'aurait eu le courage d'entreprendre et qu'aucun malade n'aurait eu la force de supporter sans le secours bienfaisant du sommeil anesthésique.

Telle a été la première étape parcourue par la chirurgie moderne dans la voie du progrès. Un grand problème est résolu, celui de la suppression de la douleur; un autre ne tarde pas à se poser et va être résolu à son tour, celui de la suppression de l'hémorragie. A mesure que les chirurgiens plus hardis entreprennent des opérations plus délicates et de plus longue durée, ils comprennent mieux les inconvénients des grandes pertes de sang et ils s'efforcent, par les procédés les plus divers, d'économiser ce précieux liquide.

Ils ont si bien réussi dans cette voie qu'aujourd'hui la plupart des opérations qui se font sur les membres, les amputations, les résections articulaires, les enlèvements de tumeurs, etc., peuvent se pratiquer sans faire perdre au malade plus de quelques grammes de sang. Ce résultat s'obtient par le procédé d'hémostase préventive qu'a fait connaître, en 1873, le célèbre chirurgien allemand von Esmarch. Rien n'est simple comme cette invention. Une bande élastique appliquée depuis l'extrémité du membre, main ou pied, jusqu'à sa racine, exprime en quelque sorte le sang qui s'y trouvé; un tube de caoutchouc, gros comme le doigt, que l'on serre fortement au delà du dernier tour de bande, comprime circulairement le membre à sa racine et ferme hermétiquement toutes les artères; si alors le chirurgien enlève la bande, il n'a plus devant lui qu'un membre pâle, anémié, exsangue, dans lequel il peut tailler à toutes les profondeurs et dans toutes les directions sans qu'une goutte de sang vienne masquer à ses yeux le champ opératoire. C'est là ce qu'on est convenu d'appeler l'hémostase préventive; mais, ainsi que nous venons de le dire, elle n'est applicable qu'à la

chirurgie des membres. Partout ailleurs, le chirurgien qui opère lutte continuellement contre l'hémorragie en appliquant sur chaque artère blessée, à mesure qu'un jet de sang la signale à ses yeux, des pinces spéciales dites pinces hémostatiques, dont l'invention doit être attribuée à Koeberlé, de Strasbourg (1865), bien que M. Péan, de Paris, en soit à bon droit considéré comme le principal vulgarisateur. L'opération terminée, il est nécessaire d'arrêter d'une façon définitive le cours du sang dans les vaisseaux ouverts, sous peine de voir survenir des hémorragies post-opératoires qui compromettraient le résultat.

Jusqu'au xviro siècle, on atteignait ce but en promenant sur les chairs saignantes le fer rouge, l'huile bouillante ou la poix fondue. Ambroise Paré rendit un immense service à la chirurgie en introduisant la pratique de la ligature des vaisseaux. Jusque il y a vingt ans, on employait dans ce but, comme au temps de Paré, des fils de soie, de lin ou de chanvre. Mais ces fils, jouant au sein des tissus le rôle de corps étrangers, étaient autant d'obstacles à la cicatrisation. C'est alors que l'on commença à les remplacer par des ligatures de cordes à boyau préparées d'une certaine façon, et qui jouissent de la propriété de se résorber rapidement au milieu des chairs en subissant un travail de désagrégation comparable à celui de la digestion. Ainsi s'est constituée, par des perfectionnements successifs, l'hémostase chirurgicale telle que nous l'entendons aujourd'hui : hémostase préventive qui permet de parfaire sans effusion de sang la plupart des opérations qui se pratiquent sur les membres, hémostase provisoire qui, par les applications des pinces de Koeberlé et de Péan, réduit au minimum la dépense de liquide sanguin au cours des opérations qui se rapportent à la tête, au cou, au tronc; hémostase définitive qui ferme d'une manière durable toutes les bouches vasculaires ouvertes pendant l'acte chirurgical, au moyen de fils résorbables permettant de réunir les plaies comme si aucun corps étranger ne s'y trouvait enfermé.

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