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C'est toujours pour moi un étonnement nouveau de constater à quel point les anciens, dont l'imagination fut cependant si riche, restèrent dans l'ignorance de la structure de l'Univers. En admettant même qu'ils n'eussent aucun moyen de supputer les distances célestes, un fait aurait dû les frapper, je veux dire la disposition des étoiles sur le firmament. Car personne n'y fait allusion. Galilée lui-même, qui ne vint qu'au xvi1e siècle, n'y pensa pas. Kepler à la même époque se hasardait à dire : « La place où est situé le Soleil est près de l'anneau stellaire qui forme la Voie lactée. Cette position est indiquée par cette circonstance que la Voie lactée présente à peu près l'aspect d'un grand cercle, et que l'intensité en est sensiblement la même dans toutes ses parties » (1), mais l'illustre savant, dont le génie intuitif devait construire la base de la Mécanique céleste, ne soupçonna même pas que l'accumulation des étoiles augmente à mesure que nous approchons de la Voie lactée.

Celui qui le premier paraît s'être formé une idée très approchée de la constitution du monde stellaire, fut Thomas Wright, fils d'un charpentier de Byer's Green, près de Durham. Son Hypothèse de l'Univers, parue en 1750, renferme des aperçus vraiment remarquables pour l'époque : Th. Wright regardait, en effet, « les

(1) Cité par Arago : ASTR. POP., p. 7, t. II.

étoiles fixes non comme une fourmilière dispersée sans ordre et sans dessin, mais comme un ensemble d'astres soumis à une organisation systématique et obéissant à une attraction générale vers un plan principal des espaces qu'ils occupent ».

Kant publia sa Théorie du Ciel en 1755 et ce fut là qu'il reprit pour son propre compte l'idée de Wright, mais non toutefois sans la perfectionner : «Si l'on jette les yeux sur le ciel étoilé par une nuit bien claire, on y remarque une bande lumineuse, où une multitude d'étoiles plus condensées que partout ailleurs, se confondent en raison de leur grand éloignement et produisent une blancheur uniforme, à laquelle on a donné le nom de Voie lactée ». Elle suit sans interruption, dans sa continuité, la trace d'un grand cercle dans le ciel. Kant conclut alors que les étoiles se massent les unes derrière les autres au voisinage de ce plan qui passe par notre point de vue. Même « les étoiles, ajoute-t-il, qui ne sont pas comprises dans la bande blanchâtre de la Voie lactée, paraissent d'autant plus pressées et ramassées qu'elles sont plus voisines de cette zone; si bien que, des deux mille étoiles que l'oeil nu aperçoit au ciel, la plus grande partie se rencontre dans une zone assez étroite, dont la Voie lactée occupe le milieu » (1).

L'idée était bien lancée cette fois ; elle était simple, elle faisait image, elle devait attirer l'attention des astronomes. Aussi, lorsque William Herschel, vingt années plus tard (1775), entreprit sa première « revue du ciel », son but n'était pas seulement de découvrir des astres nouveaux, mais de reconnaître la construction intime de l'Univers : « Ceci, disait-il lui-même en 1811, a toujours été le but ultime de mes observations »

(1) Histoire générale et Théorie du Ciel de Kant : Traduction de C. Wolf, p. 133 et suiv.

En fait, toutes ses notes, tous ses mémoires, tous ses écrits le ramenaient à cette question fondamentale ; mais pour connaître ses hypothèses successives, les moyens mis en oeuvre pour les vérifier ou les infirmer, pour jouir de la façon vive et alerte, dont il exposait ses idées, il faut parcourir les trente-neuf volumes des PHILOSOPHICAL TRANSACTIONS de la Royal Society de Londres. C'est là, dans plus de soixante-dix Mémoires, qu'il montre, en un style toujours vigoureux et ardent, les différentes théories qu'il imagine de 1780 à 1818 pour satisfaire les résultats de ses extraordinaires observations.

Ses premières conclusions furent publiées en juin 1784 : La Voie lactée telle qu'elle nous apparaît ne serait qu'une projection d'un disque plat, de contour très irrégulier avec une profonde fissure, correspondant aux deux branches entre le Cygne et le Scorpion. C'était, sinon se rallier aux idées de Wright, du moins les appuyer à l'aide de la méthode expérimentale.

Mais bientôt Herschel revint sur ses propres conelusions ; la fameuse « Théorie du disque plat » ne satisfaisait plus son esprit ; pour rendre compte des jauges stellaires et de la distribution apparente des étoiles, il fallait admettre que ces dernières étaient répandues plus ou moins uniformément à l'intérieur d'un volume immense, rappellant grossièrement une lentille bicon

vexe.

Quant à l'étendue de cette gigantesque formation, Herschel désespéra toujours de pouvoir la fixer approximativement : « Je ne puis avec mon télescope de vingt pieds, écrivait-il, sonder la profondeur de la Voie lactée. Notre Soleil, ainsi que toutes les étoiles visibles à l'oeil nu, forment un amas central, profondément plongé dans la Voie lactée, dont il fait partie intégrante. Et si, en certains endroits, nous ne pouvons pas résoudre complètement cette formation, c'est qu'elle est réellement insondable, sans limite ».

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En même temps l'attention d'Herschel avait été dirigée vers une autre partie de la question, celle qui concerne les amas et les nébuleuses. Faisaient-ils partie intégrante de notre système sidéral, de notre Univers en un mot?

Ici encore, Herschel semble s'être laissé aller à accepter les idées de Wright, de Kant et de Lambert, qui avaient cours à son époque.

L'auteur de la Théorie de l'Univers avait écrit, en effet, à propos de « nombreuses taches nuageuses tout juste perceptibles » « celles-ci, selon toute vraisemblance, peuvent être une création extérieure, limitrophe de la création connue, trop éloignée pour être atteinte même par nos lunettes ».

Aussi, lorsqu'en 1785, après avoir prôné la Théorie du disque, William Herschel parle de ses découvertes de nébuleuses, il annonce qu'il a catalogué « quinze cents systèmes sidéraux complets, dont quelques-uns pourraient bien surpasser notre Voie lactée en grandeur ».

Telle fut, à vrai dire, l'origine de la fameuse hypo. thèse des Univers-Iles qui devait tenir une place prépondérante dans la littérature astronomique pendant près d'un siècle. Une idée aussi audacieuse, servie par un observateur aussi habile que l'était l'astronome hanovrien, était bien faite pour exciter l'imagination des romanciers de la science, et ces derniers ne se firent pas faute de l'exploiter.

Au reste, même à la fin de sa vie, Herschel, malgré l'évolution de ses idées, caressait encore la théorie des Univers-Iles.

Celle-ci ne fit que prendre consistance au cours du XIX° siècle, lorsque les astronomes eurent en leur possession les formidables instruments modernes, le grand télescope de Lord Rosse ou les beaux réfracteurs américains, Les nébuleuses qu'on ne pouvait

résoudre en étoiles, furent jugées de la même nature que les autres ; leur éloignement seul les rendait irrésolubles.

Entretemps, les catalogues célestes s'étaient complétés et les statisticiens n'avaient pas manqué de fournir des chiffres. Or, le premier résultat ne se montra pas

du tout favorable à la fameuse théorie des Univers-lles. Un examen attentif de la distribution des amas et des nébuleuses prouve, en effet, que si le nombre des premiers s'accroit en approchant de la Voie lactée, les nébuleuses au contraire semblent fuir les abords de cette vaste ceinture pour se presser vers les pôles galactiques (1).

Une telle disposition paraît bien de prime abord indiquer une sorte de parente, sinon une véritable filiation, entre ces différents objets ; étoiles, amas ou nébuleuses feraient donc partie d'un même ensemble et, dès lors, il ne saurait être question de galaxies extérieures (2).

Ce fut bien autre chose lorsqu'en 1864, Huggins et les spectroscopistes qui le suivirent, montrèrent que bon nombre de nébuleuses ne sont que de vastes amas de gaz et non des entassements d'étoiles analogues à notre Voie lactée.

L'opinion astronomique de cette époque est fort bien résumée par ces lignes que Proctor écrivait en 1872 : « Toutes les nébuleuses découvertes jusqu'ici, gazeuses ou stellaires, irrégulières, planétaires, en forme d'anneau ou elliptiques, existent dans les limites du système sidéral. Elles sont toutes parties et portions de ce merveilleux système, dont les plages, plus rapprochées et plus brillantes, constituent la gloire de nos cieux nocturnes ».

(1) Cf. Pub. Of Astr. Soc. of Pacific. (Ap. 1918, art. de Curtis).

(2) Le terme Gala.rie est souvent employé pour désigner la Voie lactée ou un objet analogue, s'il en existe dans le ciel,

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