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de tels travaux, de la confiance qu'ils méritent et des solides fondements sur lesquels ils reposent, j'ai à dire quelques mots de la position qu'occupait l'auteur, de l'accès qui lui fut ouvert de tout temps aux sources secrètes et aux documents indispensables à son entreprise.

Autrefois les Affaires étrangères étaient un domaine réservé, un labyrinthe interdit, tout un monde d'où celui qui y entrait une fois ne sortait plus. Quelques grands noms de négociateurs et de plénipotentiaires apparaissaient de loin, dominaient l'attention et acquéraient la gloire; mais au dedans, et sous eux, toute une armée ou plutôt un état-majorde rédacteurs ou secrétairesinconnustravaillaient dans l'ombre. La Bruyère, en son temps, a fait un admirable portrait du Plénipotentiaire ou parfait diplomate, portrait qui, à bien des égards, n'a pas vieilli et dont quelques traits s'appliquent à vue d'ail à un Talleyrand ou mieux encore à un Metternich. Je voudrais être assez initié à ces choses d'État pour pouvoir faire en regard une esquisse de l'humble rédacteur ou publiciste des Relations extérieures, de celui dont le nom ne se prononçait jamais et dont toute la vie se passait devant des cartons verts, dans les bureaux ou les corridors : Nourri dans le sérail, j'en connais les détours. Ils étaient là, de père en fils, laborieux, instruits, secrets, sachant l'échiquier, alors si com

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pliqué, des États de l'Europe, le personnel des Cours, le droit public et les traités, le mécanisme et l'organisme du Corps germanique et de l’Empire, les prétentions et les casus belli de tout genre, tous les mystères et les arcanes des chancelleries; on leur demandait des mémoires sur les questions les plus ardues; ils les rédigeaient aussitôt, du jour au lendemain, avec exactitude, clarté, sans qu'on eût même l'idée d'y rattacher leur nom. Les notes écrites par ces plumes modestes et ignorées se revêtaient souvent ensuite des plus illustres signatures et faisaient loi. La stabilité et la tradition

permettaient à ces utiles existences, dénuées d'avancement, de se continuer et de se transmettre, en quelque sorte, dans la même famille : on tenait le fil, on avait le secret des affaires et le chiffre; on se le passait de la main à la main. L'idée du bruit, de la publicité, de la gloriole, ne venait jamais tenter ces serviteurs méritants et obscurs du roi ou de l'État (c'était tout un); ils touchaient du doigt le nœud des questions pendantes, le ressort des plus grands événements et des fortunes souveraines; ils avaient à leur disposition des trésors de documents, les sources de l'histoire ; ils les gardaient avec religion. Cela ne s'appelait pas même de la probité. La discrétion, la circonspection était passée dans leurs habitudes et dans toute leur allure. Si, par un hasard qui n'en était pas un et qui devait assez souvent se produire, quelque pièce dont ils étaient les premiers auteurs et rédacteurs sortait au jour, si quelque combinaison dont ils avaient suggéré le plan prenait corps et vie et devenait manifeste, ils se gardaient bien de dire : Elle est de moi, ou même de le penser seulement. Ils l'avaient oublié, tant ils étaient impersonnels et habitués à s'effacer par devoir comme par nature. Je trace un idéal dont je suis bien sûr qu'approchaient plus ou moins et que réalisaient en partie bon nombre des estimables et essentiels rédacteurs des Relations extérieures d'autrefois: il en est peutêtre même encore aujourd'hui qui leur ressemblent.

Une autre catégorie moins obscure, moins confinée, el qui mériterait aussi son esquisse, à côté et tout près du ministre plénipotentiaire, c'est le secrétaire d'ambassade : à celui-ci l'ambition est permise, la porte des hauts emplois est entr'ouverte, il est sur le seuil : mais que de précautions encore ! d'attente! Il ne faut pas que le secrétaire se presse et empiète sur son chef, qu'il devance d'une minute son moment, qu'il commence par en faire à sa tête et par se poser en personnage, sur un pied à lui, comme Chateaubriand prétendit faire à Rome avec le cardinal Fesch; il ne faut pas qu'il laisse soupçonner ni percer une inclination politique différente de celle de son ministre : cela

:

que

est élémentaire; il faut qu'il vive en parfaite harmonie et ne fasse qu'un avec lui, qu'il s'efface soigneusement et qu'il s'éclipse, et en même temps toutefois qu'il se tienne tout prêt, le cas échéant, à le remplacer, à le suppléer, à faire même, s'il y a urgence, un pas décisif sans lui; il peut, sous ce titre secondaire, être chargé par intérim de missions délicates et d'une haute importance. Ceci me mène à parler du père de M. Armand Lefebvre, qui fut, sous le premier Empire, un excellent secrétaire d'ambassade, et qui légua å son fils, avec son exemple et ses enseignements, une partie de son expérience.

Le chevalier Édouard Lefebvre, que nous trouvons mentionné plus d'une fois dans les écrits de son fils, occupa successivement divers postes où il eut occasion de faire ses preuves de capacité et de mérite. Premier secrétaire d'ambassade, en Italie d'abord, à Naples, à Florence, à Rome, puis en Allemagne, à Cassel près du roi Jérôme, et en dernier lieu à Berlin, il s'était trouvé mêlé à bien des épisodes dramatiques du Consulat et de l'Empire, et avait été un témoin clairvoyant, un agent fort apprécié dans son rôle modeste.

A Naples, où M. Alquier était ambassadeur, il avait eu à le remplacer pendant des absences et avait été admis à lire dans l'âme de cette fameuse reine Caroline, fille de Marie-Thérèse, l'amie d'Acton et des Anglais, notre ennemie jurée, une femme violente, capricieuse, passionnée, et qui a laissé dans l'histoire des souvenirs romanesques et sanglants. M. Alquier, homme d'esprit et d'une finesse piquante, put se flatter à un moment de prendre quelque ascendant sur elle et de l'arracher à la politique qui la perdit. Elle avait une liberté de langage qui n'était pas toujours tournée contre la France et contre son glorieux chef; elle disait un jour à notre ambassadeur, à la date d'avril 1803 :

« Assurément, il me serait pardonnable de ne pas aimer Bonaparte; eh bien ! je ferais volontiers 400 lieues pour le voir. Si j'osais me comparer à ce grand homme, je dirais que j'ai un sentiment commun avec lui, c'est l'amour de la gloire ; mais il a poursuivi son objet en grand et il l'a obtenu, au lieu que moi j'ai cherché la gloire dans les buissons, et je ne suis parvenue qu'à me piquer le bout des doigts. Quand vous lui écrirez, dites-lui que je ne me lasse pas d'admirer l'adresse avec laquelle il a su profiter d'un temps où, Frédéric et Catherine ayant disparu du théâtre des affaires du monde, il n'y a plus sur tous les trônes de l'Europe que des imbéciles. »

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Mais la veille ou le lendemain, le vent tourne, le langage change, le naturel reparaît; et vers ce même temps, apprenant la mort du duc d'Enghien, elle disait avec la même liberté de propos :

« Ce pauvre diable était le seul des princes français qui eût de l'élévation et du courage. Je me console toutefois de ce qui est arrivé, parce que j'espère que l'acte sanglant de Vincennes nuira au premier Consul. »

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