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n'ont pas de tangente. Ceux qui ne sont pas étrangers au calcul infinitésimal voient combien ces propositions respirent le paradoxe. J'ai connu un mathématicien éminent qui les déclarait absurdes au premier abord. Cependant il s'est trouvé, après ample examen pratiqué par les gens du métier, des exemples très nets, parfaitement justifiés et nombreux qui établissent ces propositions comme véritables. Croira-t-on qu'un logicien, ignorant d'ailleurs la géométrie et les méthodes de l'analyse, à qui l'on eût exposé en termes bien clairs la difficulté dont il s'agit, et qui ne serait qu’un simple mortel, aurait tranché la question?

Si, dans la pratique, il en va ainsi des sciences de raisonnement pur, que dire des sciences qui reposent uniquement sur l'observation des faits matériels! Celui qui se replie en soi-même pour découvrir les rapports nécessaires de ses idées, n'opère pas comme celui qui ramène toute son attention sur les objets extérieurs afin d'en épier de son mieux les manifestations variées et d'y lire s'il se peut la loi qui les régit. L'un et l'autre exercent au fond les mêmes facultés intellectuelles : mais les conditions sont tout autres. Car l'assentiment interne qu'accorde la raison à une proposition vraie ne ressemble pas à la conviction qui naît de la vue des faits. Les faits naturels ont leur langage qu'on ne comprend bien qu'en leur présence ; ils ont leurs relations mutuelles et leur enchaînement nécessaire qu'on saisit d'une manière immédiate et qui seulement alors emportent une pleine assurance. La vue des choses ne se remplace jamais. On conçoit que les grands naturalistes aient tant recommandé la pratique de l'observation comme la voie unique, laborieuse il est vrai mais sûre, pour arriver à voir clair dans le domaine du monde extérieur. Ainsi l'esprit humain, selon les cas, parvient à l'entière certitude par des voies si diverses, que les esprits spéculatifs sont rarement bons observateurs, et que des observateurs très sensés sont souvent de pauvres métaphysiciens. Aussi arrive-t-il que l'intelligence, comme systématisée par l'habitude des

mêmes opérations, devient moins apte à percevoir les vérités d'un autre ordre. Telle est l'indigence humaine!

· Je fus étonné, il y a quelque temps, de la défiance d'un savant théologien à l'égard de plusieurs doctrines de la géologie qu'on ne peut plus guère contester. Afin d'expliquer ses doutes, il me mit en mains le livre publié par le P. Bosizio sur l’Hexaméron et la géologie, qui m'était resté tout à fait inconnu. L'ouvrage, écrit en allemand, est sous la forme d'une série de lettres adressées à un ami. L'auteur est visiblement un homme très intelligent et fort au courant de la littérature scientifique. Il est assez probable, pourtant, qu'il n'a jamais exploré une série de couches sédimentaires le marteau à la main. Par contre, il s'est mis à lire une quantité d'écrits sur la géologie et la paléontologie. Il est familiarisé avec le plus savant traité de géognosie que nous possédions, celui de Naumann. Il connaît et il cite avec exactitude Humboldt, Cuvier, Queenstedt, Bronn, d’Orbigny, Élie de Beaumont, de Verneuil, Murchison, Cotta et une foule d'autres. Bref, il a dix fois autant d'érudition géologique que plusieurs jeunes observateurs de mes amis qui font avancer tous les jours la connaissance des couches du sol belge.

Mais le P. Bosizio ne tire aucune utilité de tant de connaissances. Son livre renferme un trésor de faits et de vues savantes; et, chose singulière, il discute comme un homme mal renseigné! Son argumentation n'est qu'un abus perpétuel des difficultés, trop réelles d'ailleurs, qui se rencontrent dans l'étude du sol. Ces difficultés, il en méconnaît très souvent la véritable nature et toujours la portée. Il les rapproche arbitrairement les unes des autres, s'efforce de les enchaîner par un lien abstrait qui n'existe que dans sa pensée ; puis il tire des conclusions illimitées, et il finit par tout démolir. On est stupéfait de l'assurance imperturbable du P. Bosizio dans les raisonnements qu'il oppose, du fond de son cabinet, à l'expérience et aux convictions des plus grands naturalistes du siècle. Avec toute sa

dialectique, il est victime d'une sorte de vertige où je vois un des plus graves dangers qui puisse menacer le jugement d'un homme supérieur. Je pense que le phénomène n'est pas rare chez les esprits spéculatifs qui se mêlent tout à coup d'apprécier les sciences naturelles sans avoir passé au préalable par l'enseignement méthodique qui leur est propre. Ils sont presque fatalement mauvais juges. C'est pourquoi il me paraît salutaire d'insister sur un des exemples que nous donne le P. Bosizio (1).

Il ne croit pas qu'il soit démontré que les espèces organisées aient apparu tour à tour sur la terre d'après l'ordre de leur perfectionnement. Il a raison. Mais il n'admet pas non plus comme un fait découlant de l'observation l'existence dans la croûte du globe de divers systèmes de couches, se suivant les uns les autres, et renfermant chacun une flore et une faune qui caractérisent l'époque du dépôt. En conséquence, il nie la paléontologie stratigraphique, et il soutient que c'est avec raison qu'il le fait. Car, en feuilletant les documents scientifiques, il remarque que les géologues déterminent très souvent l'âge des fossiles d'après la position relative des couches qui les contiennent; et il remarque qu'ils font tout aussi souvent le contraire. Ainsi le P. Bosizio rappelle, d'après Bronn, que les terrains silurien, dévonien, carbonifère, d'abord étudiés en Europe, n'ont été reconnus comme tels en Amérique que d'après les fossiles. Il voit tour à tour rapprocher les assises qui se ressemblent le moins, écarter celles qui se ressemblent le plus, d'après la présence ou l'absence de quelques restes organiques. Longtemps, par exemple, on a cru reconnaître d'après la ressemblance minéralogique que la grauwacke des Pyrénées était la même que celle des terrains anciens; et voilà qu'une petite coquille, (Ammonites varians), qu’on y ramasse fait monter tout à coup cet immense système au

(1) Le P. Bosizio a publié un second ouvrage, dans le même esprit que le premier, et intitulé : Die Geologie und die Sündfluth

beau milieu des terrains secondaires. De même, à Mariathal, le sol est constitué d'ardoises identiques à celles des terrains qu’on affirme être les plus anciens. Je ne sais quel chercheur trouve aussi une ammonite, (A. bifrons), et à l'instant, M. Von Hauer de Vienne fait passer toute la montagne de la base des terrains primaires à la hauteur du lias. C'est une force, dit en plaisantant le P. Bosizio, dont n'approche pas la vapeur que celle de ces petites coquilles susceptibles d'opérer de pareils déplacements de couches !

Mais conclut l'auteur, après avoir réuni un bon nombre d'exemples de ce genre, toujours empruntés aux sommités scientifiques, il appert que les géologues n'ont rien démontré en procédant de cette manière : puisque, d'un côté, ils font reposer les preuves d’un développement graduel des êtres organisés sur la succession des formations de sédiment et des périodes géologiques ; et que, de l'autre, ils démontrent l'existence successive des formations et des périodes par les fossiles trouvés, c'est-à-dire par les phases des règnes organiques ! En un mot, ils établissent la chronologie des espèces de plantes et d'animaux d'après la série des étages, et ils tracent la succession de ces mêmes étages d'après la chronologie supposée des espèces. Mais, s'écrie le P. Bosizio, c'est là une illusion qui disparaît comme une bulle de savon (Scifenblase) à la lumière de la vérité, car le raisonnement de tous ces géologues se résout simplement en un cercle vicieux (und sich in nichts anderes als circulus vitiosus auflöst). Il avoue naïvement ne pas comprendre comment tant d'hommes profondément versés dans la connaissance de la nature ont été et sont encore dupes de si grossiers sophismes. Il les plaint sérieusement de s'être donné tant de labeurs pour aboutir à rien ! Il ne trouve d'autre explication à une si grande aberration que le préjugé panthéistique ou matérialiste de beaucoup de chercheurs, hostiles au déisme enseigné dans la Bible, et qui veulent à toute force que la nature ait procédé lentement dans la formation des espèces en s'élevant du plus simple au plus complexe.

La géognosie et la paléontologie stratigraphique étant ainsi renversées, le P. Bosizio termine par trois assertions qu'il considère comme les plus vraisemblables et les mieux fondées aux yeux d’un esprit non prévenu : 1° On doit continuer de prendre au pied de la lettre le récit de Moïse ainsi qu'on faisait avant les recherches des naturalistes modernes. 2° Toutes les couches fossilifères de la croûte du globe ont été deposées depuis la création de l'homme, c'està-dire depuis quelques milliers d'années. 3° L'ensevelissement dans ces couches des êtres organisés de même que leur bouleversement sont attribuables en partie au déluge de Noé, en partie à d'autres catastrophes survenues depuis les temps historiques.

Ces affirmations étonnantes du P. Bosizio ont leur côté instructif! Voilà un écrivain dont la spécialité n'est pas les sciences naturelles, et qui abolit en quelques traits de plume les conclusions les plus importantes auxquelles on est parvenu dans l'histoire de la terre ! Selon lui, les naturalistes de tant de pays qui s'accordent pour voir, dans le sol de leur patrie, des étages superposés renfermant des organismes particuliers, se succédant suivant un certain ordre, sont le jouet d'un cercle vicieux qui leur a échappé à tous !

Je n'insisterai pas ici sur l'égarement du P. Bosizio ne voulant pas admettre qu'on a commencé par prouver les phases successives des organismes, en étudiant la distribution des fossiles dans les terrains d'un grand nombre de de régions où la superposition des couches est parfaitement claire, et qu'on applique ces résultats évidents aux localités dont la structure présente de l'obscurité. Remarquons seulement cette tendance matérialiste ou panthéiste que le P. Bosizio reproche aux savants partisans des longues périodes géologiques et admettant le progrès général des organismes. Pourquoi un homme qui a lu tant de livres de géologie, pense-t-il ainsi qu'une philosophie sophistique a perverti cette science et troublé le regard de ceux qui la cultivent ? Smith, Cuvier et les deux Brongniart, d'Orbi

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