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AVEUX DE M. DE VOLTAIRE.

20. “La messe était différente de ce qu'elle est aujourd'hui, et plus encore de ce qu'elle était les premiers tems. Elle fut d'abord une cêne, un festin nocturne; ensuite la majesté du culte augmentant avec le nombre des fidèles, cette assemblée de nuit se changea en assemblée du matin. La messe devint d-peu-près, ce qu'est la grande messe aujourd'hui. Il n'y eut jusqu'au 5me, siècle qu'une messe commune dans chaque église. Le nom de Synaxe qu'elle a chez les Grecs, les formules qui subsistent et qui s'adressent à l'assemblée, tout fait voir que les messes privées dûrent être long-tems inconnues. Ce sacrifice, cette assemblée, cette commune prière, avait le nom de missa chez les Latins, parceque selon quelqu'uns on renvoyait,—mittebantur, les pénitens qui ne communiaient pas.

Vous observerez que la confession auriculaire n'était point reçue aux gme, et gme. siècles dans les pays au-delà de la Loire, dans le Languedoc, et dans les Alpes. Alcuin s'en plaint dans ses lettres. Les peuples de ces contrées semblent avoir eu toujours quelques dispositions à s'en tenir aux usages de la primitive église, et à rejeter les dogmes et les coutumes que l'église plus étendue jugea convenable d'adopter.

Ceux qu'on appellait manichéens, ceux qu'on appella depuis Vaudois, Albigeois, Lollards, et qui reparurent si souvent sous tant d'autres noms, étaient des restes des premiers chrétiens des Gaules, attachés à plusieurs anciens usages que la cour Romaine changea depuis, et à des opinions vagues que cette cour constata avec le tems. Par exemple ces premiers chrétiens n'avaient point connu les images.

C'est une chose assez remarquable, que ces hommes presque inconnus au reste du monde, (M. De Voltaire parle des Vaudois) ayent persévéré constamment de tems immémorial dans des usages qui avaient changé partout ailleurs. Il en est de ces usages comme de la Langue, une infinité de termes antiques se conservent dans des cantons éloignés, tandis que les capitales et les grandes villes varient dans leur langage de siècle en siècle. Les peuples voisins de Turin qui habitaient les cavernes Vaudoises, gardèrent l'habillement, la langue, et presque tous les rites du tems de Charlemagne.

On sait assez que dans les 8me. et me siècles, la partie septentrionale de l'occident ne connoissait point le culte des images, et une bonne raison c'est qu'il n'y avait ni peintre ni sculp

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teur : rien même n'était décidé encore sur certaines questions délicates, que l'ignorance ne permettait pas d'approfondir. Quand ces points de controverse furent arrêtés et réglés ailleurs, les habitans des vallées l'ignorèrent, (ici M. de Voltaire se trompe, ils l'ignorèrent si peu qu'ils les combattirent) ils restèrent dans leur ancienne croyance.

21. Regens Volfius dit que les églises Esclavonnes et Vaudoises, sont les seurs ainées des églises protestantes et reformées. Celles-ci n'ont rien changé, ni ajouté d'essentiel à la doctrine des premières: en succédant à ces églises apostoliques, elles n'ont fait qu'adopter, expliquer, et répandre davantage leur doctrine évangélique, et qu'imiter la simplicité et la pureté de leur culte. Et plût à Dieu qu'elles eussent mieux réussi à faire revivre la piété et la discipline de ces anciens chrétiens. Aussi est-il vrai que si la doctrine des Vaudois embrassée en Bohême, Moravie, &c. eut été moins connue en Allemagne, Luther n'aurait pas trouvé les esprits si disposés à embrasser la réformation.

Il en faut dire autant de ce qu'on appelle le Calvinisme. Si la doctrine des Vaudois n'avait pas déjà été répandue dans plusieurs provinces de France, les sentimens de Calvin auraient rencontré plus d'obstacles, et fait moins de

progrès. J'en dis autant de l’Angleterre. Long-tems avant Wiclef, les Vaudois y étaient très-connus, et leur nombre y était considérable. Je n'en citerai pour preuve qu'Alphonse de Castro. Il dit en parlant de Wiclef, qu'il n'avait fait que remettre dans un plus grand jour la doctrine des Vaudois." Eck, cet anta

” goniste déclaré de Luther, assure que ce réformateur avait fait revivre la doctrine de ceux qu'on appellait Picards. Lindanus soutient que Calvin avait hérité sa doctriue des Vaudois. Ces imputations sont justes. Elles peuvent être vérifiées par la confrontation des anciennes confessions de foi avec les modernes. Je suis surpris que M. De Villers dans l'excellent ouvrage qu'il a publié sur l'influence de la réformation n'ait pas insisté là-dessus.

Si l'on me demande pourquoi je refusais le titre d'Eglises reformées, en parlant de nos Eglises, en voici la raison. Ou que je n'entends rien aux termes, ou que par celui d'Eglises reformées on entend des églises dont la doctrine et le culte s'étaient alterés, ou par le laps des tems, ou par la malice ou l'ignorance des hommes, et qui ayant reconnu dans la suite les erreurs du culte établi parmi elles, y ont renoncé, en changeant ce culte établi, pour se conformer à celui que Jésus Christ a annoncé aux apôtres et que les apôtres ont prêché et établi, Or que les églises Vaudoises ayent en aucun tems renoncé au culte de Rome, ou de quelqu'autre église que ce soit, c'est ce que personne suivant inoi ne pourra jamais prouver. Elles ont constamment refusé d'adopter les innovations de Rome. Les églises Vaudoises ne sont donc pas des églises reformées, mais des églises apostoliques ou évangéliques. J'abhorre ce nom par rapport à nous comme étant contraire à la vérité, et je le rejette bien loin. J'observerai que si les reformés veulent être conséquens, ils doivent reconnoitre qu'il doit toujours y avoir eu quelque église pure depuis Jésus Christ jusqu'à nos jours, sans quoi les promesses de ce divin Sauveur seraient illusoires; --les portes de l'enfer auraient prévalu.

22. L'auteur de l'histoire des églises Esclavonnes et Vaudoises dit en parlant de ces dernières, chap. iv. p. 301. Quant aux Vaudois qui restèrent en France, et dans Piémont, ils ont continué d'y professer leur religion, non seulement jusqu'à la réformation de Calvin; mais encore jusqu'à présent. Encore de nos jours il se trouve dans les Vallées du Piémont plusieurs églises Vaudoises qui n'ont jamais été réformées, et qui n'ont pas eu besoin de l'étre. Elles n'ont reçu de Jean Calvin, non plus que des autres réformateurs, ni leur doctrine, ni leur rit, ni leur discipline ecclésiastique.

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