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emplois ou dignités qu'ils possedent, avec cette clause expresse, que, si un prince temporel neglige de faire exécuter cet ordre, il sera excommunié; et s'il refuse de donner satisfaction dans un an on en donnera avis au souverain pontife, afin qu'il puisse absoudre ses sujets du serment de fidélité, donner les terres de sa domination, et en investir les catholiques, qui détruisent les hérétiques; voilà l'autorité du pape à déposer les souverains bien clairement énoncée. Ainsi ce décret viole trois prérogatives ; celle des conciles, qui est d'examiner les matières de la foi; celle des souverains, qui est de n'avoir aucun juge au-dessus d'eux que Dien ; et celle de Jésus Christ, qui est de ne point donner sa gloire d uue chétive oublie qu'on met en sa place.

Les souverains se sont relevés de l'injustice de ce décret ; leurs conseils y ont pourvu : les évêques ont réclamé leurs droits; les universités ne se sont pas tuées du tort qu'on faisait à l'église; mais qui est-ce qui s'est mis en peine de défendre la cause de Dieu? Ne trahissons pas la vérité par une fausse complaisance. Elle a été sacrifiée, cette glorieuse cause, par des chrétiens zélateurs d'eux-mêmes, amis de leurs aises et de leur repos, qui n'ont pensé qu'à leur utilité présente.

4. Les Vaudois, zélés pour la cause de Dieu

consumer.

et méprisans tous les biens et les avantages de ce monde, souffrent en mille manières, mais ils s'en rejouissent, ils en triomphent.

Mon dessein n'est pas d'entrer ici dans le détail des maux qu'on leur a fait souffrir. Outre que

leur histoire, qui est assez connue, n'est remplie que de cruautés et de supplices qui effrayent l'imagination ; on les voit, après des condamnations particulières sans nombre, poursuivis à main armée. Le Languedoc ne leur a pas plutôt servi de retraite, qu'il est baigné de leur sang. A Carcassonne on les met par monceaux sur le bûcher, qui doit les

On en fait périr vingt mille à Thoulouse par

le glaive; car ceux qu'on n'a pas massacrés, sont jettés dans la rivière. Beziers, emporté par les troupes de St. Pierre, nage dans le sang de soixante mille Albigeois; et Bellarmin, dans son livre De Notis Ecclesiæ, a le plaisir, que je me donnerai bien de garde de lui envier, de féliciter son église du meurtre de cent mille hérétiques égorgés dans une seule expédition.

Les Vaudois sont-ils chassés du Languedoc? Vous les suivez aux traces de leur sang, et à la lueur des bûchers qu'on allume en tous lieux pour les recevoir. Louis VIII. Roi de France fait raser en Picardie trois cents bourgs ou villages qui en étaient remplis, sans épargner les

l'eau ou par

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châteaux des seigneurs, qui les protégeaient. Retirés en Allemagne, ils y trouvent les édits de l'empereur, qui confisque leurs biens, exhéréde leurs enfans, et condamne ceux qui renoncent à leur religion à une prison perpétuelle, et ceux qui y persévérent à la mort. On les brûle en Angleterre; et l'on en fait d'affreux massacres dans la Bohême; et par tout on les condamne sans les entendre, la simple dénonciation tenant lieu de preuves et de témoins. Sigismond et le Légat du pape les font brûler, noyer, massacrer, sans distinction d'âge ni de sexe, par la main des gens-de-guerre. Mais sous Podiebrasky on les depêche avec cérémonie et en grande solemnité; on les excommunie chaque Dimanche, et après que les prêtres ont achevé de prononcer certaines imprécations contre eux, tous les cierges de l'Eglise venant à s'éteindre tout-d’un-coup par de secrets ressorts, les dévôts sanguinaires du pape sortent à ce signal, avec des habits parsemés de croix et des poignards sous leurs robes, et tuent dans les rues tous les Vaudois qu'ils rencontrent. Ce pauvre peuple se réfugie-t-il dans les Vallons des Alpes ? On ne peut souffrir qu'il respire même dans ces horribles retraites. Les bêtes sauvages les épargnent, mais le vicaire de Jésus Christ les poursuit sans misericorde. On voit un Morelli, commissaire du pape, ou ministre du saint office, établir dans les Alpes son tribunal sanguinaire ; où chaque Vallée qui n'y comparaît point est condamnée au pillage et au saccagement; et ceux qui comparaissent sont livrés, non à la mort,-car la sainte église abhorre le sang!—mais au bras séculier afin qu'il les fasse mourir. Heureux, si après avoir offert à St. Pierre plus de victimes humaines que les Mexicains n'en offrirent jamais à leurs Dieux, ce nouveau St. Pierre était enfin appaisé : mais c'est ce qu'il ne faut pas attendre de lui; chaque siècle voit plus d'une fois renouveller ces scènes d'horreur; nouvelle mission, nouvelle scène

sang et de larmes, qui nous fait voir tout ce que la barbarie peut inventer; des enfans arrachés du sein de leurs mères, pour étre démembrés, les corps empalés pour servir de croix sur les grands chemins, remplis de poudre pour sauter en l'air, rôtis &c. :-tout cela sans doute contre l'intention de Sa Sainteté, qui ordonne seulement dans ses Bulles d'exterminer ces hérétiques !-et sans doute aussi contre l’esprit du saint office !-qui se contente de donner pour instruction à ses ministres* de prendre les

* C'est la traduction fidèle des ordres que ce tribunal débonnaire donnait à ses ministres, écrits en Latin et en vers pour le soulagement de la memoire.

hérétiques, les bannir, les brûler, les noyer, les tenailler, les exposer aux bétes sauvages, les égorger, les faire mourir de faim, leur lier les pieds et les mains, les couper avec une scie, leur découvrir les os, leur casser les jambes, leur briser les membres, les couper par morceaux, et couvrir jusqu'aux fibres afin que le feu puisse mieux pénétrer lorsque le corps sera sur le gril!

Que repondent à cela les Vaudois ? Le voici. Nous nous réjouissons d'étre faits exécration pour Christ, dont nous partons l'opprobre. Nos titres sont,-injuriés, blamés, chassés, décriés, désavoués, abandonnés, excommuniés, anathématisés, confisqués, emprisonnés, géhennés, bannis, échafaudés, tenaillés, flétris, trainés, grillés, rótis, lapidés, brülés, noyés, décapités, démembrés, avec autres semblables titres glorieux et magnifiques du royaume des cieux.

Voilà deux voix bien opposées; mais ce qu'il y a de surprenant, c'est de trouver, que selon la foi des Baronius, des Bellarmin, des Bossuet, des Château-Briant, &c. la voix de la douceur, de l'humilité, de la débonnaireté, et de la tience chrétienne, est la voix du dragon, s'expliquant par les hérétiques ses suppôts! et que la voix de la cruauté, de la barbarie, et de la persécution, est la voix de Jésus Christ, parlant par son vicaire et par les ministres du saint office !-deux paradoxes, ou plutôt deux pro

pa

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