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“ L'amiral Latouche et le général Boudet ayant su en partant de France qu'ils allaient « à Port-au-Prince, s'y sont préparés en consé

quence. Si nous changeons ces dispositions “ du gouvernement arbitrairement, et que l'expédition de Port-au-Prince vienne à

manquer, vous et moi en serons responsables." Le capitaine-général Leclerc se rendit sur-le-champ à ces considérations si sages, ne pouvant alléguer aucune nécessité, aucune urgence pour détourner les troupes du général Boudet de leur destination. Si l'amiral se fût rendu aux premiers désirs du capitaine-général, le général Boudet ne fût pas arrivé au Cap une heure plus tôt; le Cap eût été également incendié, et il est probable que l'expédition de Port-au-Prince aurait manqué, et que cette ville aurait eu le même sort que celui de la capitale. C'est le défaut de pilotes qui a mis du retardement dans l'occupation du Cap, négligence impardonnable de la part de la marine, de ne s'en être pas pourvue avant de partir de Brest. Mais, quand l'amiral Villaret-Joyeuse eût été muni de pilotes, il eût donné tout d'abord et à toutes voiles en arrivant dans la rade du Cap. Qu'il eût débarqué sur-le-champ ses troupes, le Cap n'en eût pas moins été incendié, puisqu'il ne fallait aux noirs que cinq ou six heures pour y parvenir, qu'ils avaient tout préparé, et que leur résolution prise depuis long-temps était irrévocable.

Le premier consul hésita un moment s'il devait ordonner au capitaine-général de ne pas effectuer son débarquement, et de ne commencer les hostilités que lorsque sa lettre à Toussaint-Louverture, dont étaient porteurs ses enfans, lui aurait été remise: mais cela eût eu de grands inconvéniens ; Toussaint eût fait courir ses enfans et la lettre après lui autant que cela lui aurait été convenable: on avait plusieurs exemples de ce genre d'astuce. Cela eût donc exposé l'armée à perdre un temps bien précieux, et donner le temps aux noirs de revenir de leur première surprise. Ce fut sans doute une contrariété que les enfans de Toussaint-Louverture eussent éprouvé quelques jours de retardement à débarquer, mais cela n'a été d'aucune conséquence. Lorsqu'on réfléchit sur la conduite de Toussaint-Louverture avec le général, pendant tout le règne du directoire, celle qu'il a tenue en 1800 et 1801, on voit que sa résolution était de périr ou d'arriver à l'indépendance, c'est-à-dire, à ne souffrir dans la colonie la présence d'aucune force blanche de plus de 2,000 hommes. Toussaint savait bien qu'en proclamant sa constitution, il avait jeté le masque, et tiré l'épée du fourreau pour toujours.

QUATRIÈME NOTE. (Volume II, chap. XVII, page 177, et chap. XVIII.) Ces deux chapitres contiennent l'arrestation et le renvoi en France de Toussaint-Louverture, l'insurrection des noirs, et la mort du capitainegénéral Leclerc.

Le capitaine-général Leclerc était un officier du premier mérite, propre à la fois au travail du cabinet et aux maneuvres du champ de bataille: il avait fait les campagnes de 1796 et 1797, comme adjudant-général auprès de Napoléon; celle de 1799 sous Moreau comme général de division. Il commandait au combat de Freisingen où il battit l'archiduc Ferdinand il conduisit en Espagne un corps d'observation de 20,000 hommes, destiné à agir contre le Portugal ; enfin, dans cette expédition de SaintDomingue, il déploya du talent et de l'activité; en moins de trois mois il battit et soumit cette armée noire qui s'était illustrée par la défaite d'une armée anglaise.

Le capitaine-général Leclerc avait reçu effectivement en partant, de la propre main de Napoléon, des instructions secrètes sur la direction politique à suivre dans le gouvernement

de la colonie. Ces instructions sont restées inconnues, à la mort du général Leclerc ; elles furent remises cachetées à son successeur. L'officier-général, auteur des Révolutions de SaintDomingue, a connu leur existence, mais n'en a jamais pu pénétrer le contenu. Le capitainegénéral Leclerc eût épargné bien des malheurs et se fût évité bien des chagrins, s'il eût suivi scrupuleusement l'esprit de ses instructions secrètes. Elles lui prescrivaient de mettre la plus grande confiance dans les hommes de couleur, de les traiter à l'égal des blancs, de favoriser les mariages des hommes de couleur avec les blanches, et des mulâtresses avec les blancs ; mais de suivre un système tout opposé avec les chefs des noirs. Il devait, dans la semaine même où la colonie serait pacifiée, faire notifier à tous les généraux, adjudans-généraux, colonels et chefs de bataillon noirs, des ordres de service dans leurs grades, dans les divisions continentales de la France; il devait les faire embarquer sur huit ou dix bâtimens, dans tous les ports de la colonie, et les diriger sur Brest, Rochefort et Toulon ; il devait désarmer tous les noirs en conservant dix bataillons chacun de 600 hommes, commandés par un tiers d'officiers et sous-officiers noirs, un tiers d'officiers et sous-officiers de couleur, un

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tiers d'officiers et sous-officiers blancs. Enfin, il devait prendre toutes les mesures, pour assurer et faire jouir les noirs de la liberté civile, en confirmant l'ordre de classement et de travail qu'avait établi Toussaint-Louverture. Mais le capitaine-général Leclerc se laissa prévenir contre les mulâtres : il partagea contre eux les préventions des créoles, qui leur en veulent davantage qu'aux noirs mêmes ; il renvoya Rigaud, leur chef, de la colonie ; les mulâtres furent aliénés et se rallièrent aux noirs ; il accorda de la confiance aux généraux noirs, tels que Dessalines, Christophe, Clervaux; et nonseulement il les garda dans la colonie, mais il les investit de commandemens importans. Il consentit que Toussaint-Louverture séjournât dans la colonie ; cependant, ayant surpris depuis une correspondance secrète de ce général qui le compromettait, il le fit arrêter et transporter en France ; mais l'état-major noir, généraux, adjudans-généraux, colonels, chefs de bataillon, restèrent en place. Lorsque le premier consul fut instruit de cette conduite, il'en fut. vivement affligé: l'autorité de la métropole, dans ja colonie, ne pouvait se consolider que par l'influence des hommes de couleur. En différant de faire sortir les chefs noirs de la colonie, il était à craindre que l'on en eût perdu l'oc

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