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l'autre désignait à ses coups. « Je t'adjure au nom du Tout-Puissant, s'écria le moine vigilant, ne me frappe pas. » Il fut seul épargné. Epouvanté d'une telle catastrophe, il s'enfuit loin de Tours, n'osant regarder le lieu où la vengeance divine venait d'éclater d'une manière si terrible. Il s'arrêta enfin sur les bords de l'Indre, dans un endroit solitaire, pour y pleurer ses fautes et implorer la miséricorde de Dieu en faveur de ses frères, emportés par un coup si subit et si effroyable. De là, cette solitude aurait pris le nom de Cor mærens, Cæur-marri, d'où serait venu plus tard celui de Cormery.

L'histoire a fait justice de cette puérile invention. Ithier nous apprend que la Celle-Saint-Paul était située en un lieu appelé Cormaricus par les anciens : nom rustique, ajoute Alcuin , successeur d'Ithier; voulant dire par là, sans doute, que c'était une dénomination d'origine gauloise (1). En outre, la charte de fondation du monastère, en 791, fournit une réfutation non moins péremptoire. Après la signature de l'abbé Ithier, on y lit celles des moines de Saint-Martin, au nombre de quatorze. Tous consentent volontiers à la fondation du nouveau monastère. Parmi les signataires, nous remarquons quatre prêtres, nommés Harembert , Haimon, Frambert et Gislefred ; les autres sont diacres ou simples moines. Le rédacteur de l'acte s'appelle Audebert.

Cette longue liste où chacun, en inscrivant son nom,

(1) Cella Sancti Pauli quæ Cormaricus a priscis et hactenus vocatur. --Cella Sancti Pauli quæ rustico nomine Cormaricus dicitur.

a soin de marquer sa dignité, ressemble d'ailleurs à toutes celles qui servent d'autorité aux chartes de la même époque. Ce n'est point un nécrologe. Évidemment l'ange exterminateur n'a visité ni les cellules ni le dortoir de Saint-Martin.

Le diplôme de l'abbé Ithier, en forme de testament, est daté du 22 février, la 23° année du règne de Charlemagne, répondant à l'année 791. Non content d'avoir jeté les fondements de l'église et du prieuré de Cormery, il veut constituer solidement cette communauté naissante; il la dote généreusement. Les priviléges monastiques ne lui feront pas défaut. La modeste Celle deviendra up monastère. Un avenir peu éloigné la verra s'organiser en abbaye, quoique restant toujours sous la juridiction de l'insigne église Saint-Martin.

Suivant un usage religieux des siècles de foi, le jour même de la dédicace de la basilique, Ithier donna au monastère la Celle-Saint-Paul, sous la garantie de l'autorité royale, pour servir aux besoins de la communauté et pour prêter asile aux pieux voyageurs. Au prieuré était annexé le domaine que l'abbé de SaintMartin avait acheté de Pantaléon, de Pallade son frère, de quelques autres personnes, ou qu'il avait obtenu, moyennant échange, du monastère de SaintPierre-Puellier. Sur cette propriété s'élevaient les bâtiments claustraux. En homme prudent, et connaissant trop bien les habitudes guerrières de son époque, l'abbé n'avait pas négligé de construire des murailles fortifiées, et ce qu'il appelle une citadelle. C'était probablement une tour destinée, en cas de besoin, à mettre les habitants du cloitre à l'abri d'un coup de main audacieux. Il ajoute à la donation la terre de Courçay, achetée à Raginald, diverses métairies situées aux environs, notamment à Esvres et à Chambourg, sans les spécifier autrement. Enfin, il abandonne divers domaines situés en Poitou, qu'il dit avoir acquis grâce aux largesses du roi, c'est-à-dire Antogny, avec ses dépendances, comprenant, par extension, Bournan et Arsay.

La munificence de l'abbé Ithier est loin d'être épuisée. Il cède Pernay, le Colombier, sis en Touraine, et Fercé, attenant à la Celle-Saint-Paul. Une pieuse femme, consacrée à Dieu et nommée Reginalonde, avait offert à Saint-Martin des propriétés situées dans le Blésois et le Dunois, à savoir Ermentière et Baigneux, avec toutes leurs dépendances. Ces deux domaines sont transférés au pouvoir du monastère de Cormery, de la même manière que les possède l'église Saint-Martin, et en l'état où ils sont au moment de la donation. Il donne plusieurs terres en Anjou, d'un revenu considérable, et dans le Maine deux villages, avec leurs dépendances et tous les droits utiles et honorifiques qui y sont attachés. Désormais, les lieux ci-dessus désignés appartiendront à la communauté avec les terres , les églises, les maisons, les bâtiments de toute nature, les habitants, les serfs, les vignes, les forêts, les champs, les prés, les pâturages, les eaux et cours d'eau, les moulins, et toutes les choses qui en dépendent. Comme on le voit, l'abbé Ithier transmet ces propriétés sans aucune réserve et dans la forme usitée à cette époque. Les droits de la propriété étaient alors

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beaucoup plus étendus qu'aujourd'hui, et d'ailleurs assez mal déterminés. C'était une suite de la possession romaine, modifiée par l'invasion des Francs el par les premières tentatives de la féodalité. On est étonné, de nos jours, de voir la population des campagnes livrée, vendue ou donnée au même titre que le sol sur lequel elle vit et qu'elle cultive. C'est encore une suite de la conquête. Les Romains, si fiers pourtant de leur indépendance, ne se souciaient nullement de celle des autres. L'esclavage, et, il faut en convenir, l'esclavage le plus dur et le plus dégradant, faisait chez eux partie des institutions sociales : la civilisation païenne le regardait comme nécessaire. Au viu siècle, nos campagnes étaient toujours peuplées de gens de condition servile. Les cultivateurs faisaient partie intégrante du domaine ; mais, grâce aux influences chrétiennes, leur sort était considérablement amélioré. L'Église traitait avec douceur les hommes attachés à ses propriétés. Aussi, dans ces temps malheureux, vit-on plus d'une fois des hommes libres ne pas hésiter à sacrifier leur liberté pour être inscrits parmi les serfs des domaines ecclésiastiques.

L'abbé Ithier, sur le point de rendre le dernier soupir, eut la consolation de laisser le monastère de Cormery bâti et doté. En reconnaissance de tant de libéralités, il demanda seulement qu'on célébråt, pour le

repos de son âme, un service anniversaire, un peu avant la fête de saint Pierre. Il ne l'exigea pas, cependant; et à cette modération on reconnait aisément l'affection paternelle d'un fondateur. « Ce service aura

lieu, dit-il, autant que possible, et suivant les ressources que Dieu procurera chaque année aux frères de la pieuse Congrégation. »

Avant de fermer les yeux pour jamais à la lumière l'abbé Ithier, toujours préoccupé de la prospérité et de la perpétuité de son ouvre, adresse à ses successeurs, abbés de Saint-Martin, les injonctions les plus touchantes pour qu'ils conservent les biuns donnés au monastère de Cormery. Il les engage vivement à protéger cette sainte communauté contre les atteintes de la violence et de la cupidité, à en augmenter les ressources, à lui assurer le patronage puissant des rois de France.

Après sa mort, arrivée peu de temps après la rédaction de l'acte de fondation et dans le cours de cette même année 791, Ithier fut enseveli dans un caveau, à l'entrée de la nef, et du côté gauche de l'église de Cormery. La reconnaissance des moines fit graver sur sa tombe cette inscription en gros caractères : SANCTVS ITERIVS ; et dans le nécrologe de l'abbaye on lisait un pompeux éloge de ses vertus, l'énumération de ses bonnes ouvres et les principaux traits de sa vie, signalée par la charité, le renoncement à soi-même, le mépris des richesses passagères, le dévouement à la cause religieuse, une tendre dévotion envers saint Martin. Longternps même on lui rendit les honneurs du culte public; mais, après l'introduction de la réforme de Saint-Maur, les Bénédictins, sévères observateurs des règlements de la discipline ecclésiastique, supprimèrent l'autel et l'office, comme n'étant pas suffisamment autorisés.

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