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sous d'obscurs symboles dont la signification échappa bientôt au vulgaire. Les populations de l'Égypte et de l'Inde demeurerent, pendant le règne de la théocratie, plongées dans la superstition. Les religions purement politiques et officielles ne purent produire que l'ignorance. La philosophie et la morale qui en était alors la principale partie, échappaient nécessairement aux attributions des ministres d'un culte sans enseignement, et qui se résolvait en rites et en cérémonies. Le pouvoir suprême sur les choses sacrées demeurait uni à la magistrature politique, mais l'empire sur les croyances, la direction des opinions religieuses, tomba dans le domaine commun des philosophes et des thaumaturges.

L'avénement du christianisme allait changer la face du monde. Il croissait rapidement. Après avoir évangélisé et converti les pauvres, il conquit, par la sainteté et la grandeur de sa doctrine, les cæurs généreux, les esprits élevés, les âmes naturellement religieuses de toutes les classes. Mais, dans ces jours de lutte, de combat, de persécution, de martyre, le sacerdoce catholique, absorbé par sa divine mission, exerçait, sur les fidèles qui composaient la primitive Eglise, une magistrature ou un ministère qui ne s'immisçait, dans les choses temporelles, que pour la distribution des aumônes et la répartition des biens mis en commun. Le dévouement de tous les jours, le recueillement, la prière, le culte intérieur, imposés au prêtre, la prédication, l'administration des sacrements, la célébration des saints mystères l'occupaient tout entier.

Les évêques, premiers pasteurs des fidèles, les maintenaient dans la foi par la parole, les édifiaient par leurs exemples, ils fortifiaient et dirigeaient les prêtres, et n'avaient de rapport avec la puissance publique que pour détruire les calomnies dont on accablait les chrétiens, réclamer justice et tolérance, comparaître au prétoire , répondre de leurs actes et sceller leur foi de leur sang.

Les papes, évêques des évêques et chefs de l'Eglise, au lieu d'une primauté de juridiction, n'avaient dans l'État, encore païen, qu'une primauté de responsabilité; ils payaient souvent de leur vie, perdue dans les tortures, l'honneur d'avoir été promus à la dignité pontificale. C'était de cette manière glorieuse qu'ils accomplissaient le devoir de confirmer leurs frères dans la foi et d'en garder le précieux dépôt.

La conversion de Constantin opéra une grande révolution. L'Église catholique obtint droit de cité dans l'Etat. L'empereur, devenu chrétien, sépara de la dignité souveraine le suprême pontificat, qui jusqu'alors y avait toujours été attaché. L'autorité du chef de l'Eglise fut reconnue, mais il ne fut point affranchi des liens de la souveraineté. En abandonnant à l'Eglise les matières de foi, le souverain se réserva le droit d'approuver l'élection du chef de l'Église, de convoquer les conciles qui statuaient sur les matières ecclésiastiques, presque toujours compliquées de droit public ou civil; ce fut selon les lois civiles de Rome, et conformément à leurs prescriptions, que furent établies les prohibitions et les nullités ecclésiastiques des mariages.

Ce qui ne s'est jamais vu, parce que ce serait impossible et insensé, c'est de constituer deux états dans le même état, l'un civil, l'autre religieux, parfaitement pareils et parfaitement indépendants l'un de l'autre. Jamais cette entreprise n'a été tentée. Elle entraînerait immédiatement des luttes, des rivalités, des haines qui deviendraient mille fois plus dommageables à la religion elle-même que la plus rude dépendance. L'histoire ne nous montre rien de semblable. Après Constantin, les papes et le sacerdoce catholiques demeurèrent étrangers aux révolutions politiques qui se succédaient : ils savaient qu'elles pouvaient affliger l'Église, mais non l'ébranler. Le saint-siége n'était solidaire d'aucun trône; la succession indéfectible des souverains pontifes n'était attachée à la durée d'aucune race de rois. Quand Macrin, couvert encore du sang de son empereur, ceignit le diadème des césars , le pape n'hésita pas à prier pour lui, en sa qualité de chef de l'État, sans s'enquérir des moyens par lesquels il était arrivé à la souverainc puissance, ni des droits qui l'y appelaient. Les empereurs continuèrent à ratifier l'élection des souverains pontifes. Le pape Gélase déclara avec les conciles que deux pouvoirs se partagent le monde, l'autorité des pontifes et la puissance des souverains. Saint Grégoire le Grand?, dans un sentiment de sainte humilité, supplia l'empereur Maurice de ne pas ratifier son élection comme pape, et plus tard, recevant de ce prince un décret qui défendait aux militaires d'entrer dans la vie monastique, il fit exécuter ce décret avant d'adresser à l'empereur les observations que lui suggéra cette loi. Des constitutions impériales autorisèrent d'abord l'Église à accepter des legs et des donations.

Après la chute de l'empire romain, en France, sous la domination nouvelle des peuples sortis de la Germanie et convertis à la foi de Jésus-Christ, les rois se substituèrent aux empereurs, et le pouvoir politique conserva ses droits. En 511, les évêques, réunis à Orléans par Clovis, le prièrent d'appuyer de son autorité les canons qu'ils venaient de rendre, et plus tard, le roi Sigebert déclara qu'il ne pouvait souffrir qu'un concile se réunit dans ses états sans sa permission. Le pouvoir du prince devait intervenir

pour confirmer les sentences ecclésiastiques et les rendre exécutoires. En 755, un capitulaire de Pépin, rendu à la suite du concile de Vernes, ordonna que, si l'excommunié ne s'était pas réconcilié avec son évêque dans un certain délai, il serait condamné à l'exil par jugement du roi. Charlemagne établit , dans son premier capitulaire de l'an 811, les limites respectives des deux puissances.

La prétention ambitieuse des empereurs d'Allemagne, qui voulaient élire les souverains pontises, suscita en Europe une réaction qui amena la libre élection des papes et l'indépendance de leur principauté temporelle. Mais qui ne voit que ces choses étaient étroitement liées à l'indépendance des divers princes ou États catholiques? L'empereur, en nommant le souverain pontife, aurait dominé la chrétienté tout entière. C'était donc dans l'intérêt de leurs droits et de leur propre liberté que les souverains appuyèrent alors la liberté et l'indépendance légitimes du saint-siége; mais ils n'entendirent nullement par là abdiquer leur propre indépendance et soumettre leur pouvoir à l'autorité pontificale.

1 Duo sunt quibus principaliter mundus hic regitur, auctoritas sacra pontificum et regalis potestas.

2 Greg. magn. Epist. Lib. 2, Ep. 62, ad Maurit. imp.

3 Interrogandi sunt in quibus rebus, vel locis ecclesiastici laïcis, aut laïci ecclesiasticis ministerium suum impediunt. In hoc loco discutiendum est atque interveniendum in quantum se, episcopus aut abbas rebus secularibus debeat inserere, vel in quantum comes vel alter laïcus in ecclesiastica negotia : « Hic » interrogandum est acutissimè quid sit quod apostolus, ait : nemo militans » Deo implicat se negotiis secularibus. » Capit. prim. anni. 811. Collection des capitulaires de Charlemagne.

L'ignorance générale, et la faiblesse des rois, entourés de vassaux qui ne leur étaient soumis que de nom, la richesse et la puissance des prélats, devenus seigneurs féodaux à leur tour, rendirent facile, à cette époque, un déplacement momentané des pouvoirs , qui amena plus tard une confusion funeste. Les

papes et le clergé, seuls dépositaires, en ces temps d'ignorance, de toutes les lumières, exercèrent naturellement une influence prépondérante dans l'univers chrétien. Ils furent alors les modérateurs du monde politique, et, dans l'intérieur des états, les protecteurs des faibles et les conservateurs de la science et des lettres. Ils exercèrent une dictature salutaire, qui laissa respirer les peuples et prépara la renaissance de l'ordre social. Mais les exemples qui seraient tirés d'un tel état de choses essentiellement transitoire, ne sauraient légitimer des prétentions inconciliables avec le but et la nature des sociétés civiles , le véritable esprit de l'Eglise et sa mission divine. Les faits d'ailleurs établissent évidemment

que
l'autorité

pontificale n'a jamais joui de la possession paisible de ce pouvoir suprême sur le temporel des Etats, qu'ont voulu lui attribuer les ultramontains. Un coup d'æil rapide sur l'état de la société à cette époque reculée le démontrera.

L'empire exclusif du catholicisme, qui avait successivement chassé devant lui toutes les anciennes religions, influa nécessairement sur l'organisation sociale. La diversité de foi ne fut plus prévue; les dignitaires ecclésiastiques exerçaient leur autorité comme les magistrats politiques et civils, dans toute l'étendue du territoire et selon les mêmes circonscriptions. Dans une telle situation, la juridiction ecclésiastique fut universellement acceptée, ses décisions, revêtues de l'exécutoire royal, avaient la puissance des arrêts souverains. Le consentement exprès ou tacite de tous ratifia cet état de choses. Néanmoins la juridiction ecclésiastique et les attributions qui lui avaient été faites par les lois, ou qu'elle s'était arrogée par un principe d'attraction, ne cessèrent jamais de rencontrer des résistances et de provoquer des protestations. D'un autre côté, les faiblesses et les passions humaines ayant pénétré dans le sanctuaire, un grand nombre de ses ministres, turbuleuts ou ambitieux, détournant leurs regards du ciel, les tournèrent vers les choses de la terre. Ils prétendirent secouer le joug de la puissance royale ou politique, et s'arroger l'indépendance et la suprématie.

Alors les princes et les rois s'émurent, et une lutte ouverte devint tôt ou tard inévitable entre l'Eglise et l'État. .

Malheureusement, la confusion des idées, suite du défaut des lumières, favorisait la confusion des pouvoirs. Ainsi, l'hérésie qui, en certains cas, constituait un crime politique, lorsqu'elle attaquait la constitution et les lois de l'État, fut poursuivie, avec la même rigueur, lorsqu'elle ne constituait qu'une erreur religieuse. Les infractions aux préceptes de la foi, l'infidélité aux commandements de l'Église furent assimilés à des actes de révolte et de rébellion.

On institua, pour la recherche et la punition de ces crimes, des tribunaux spéciaux ecclésiastiques. L'inquisition fut établie pour réprimer les Albigeois, et le bras séculier fut mis au service de cette redoutable magistrature, indépendante du pouvoir civil. La guerre sainte fut prêchée contre des chrétiens, et de nouveaux croisés s'armèrent pour déposséder de ses États, au nom de l'Église, le successeur de ce comte de Toulouse qui avait

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