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DE L'AUTORITÉ LÉGITIME

ET DU GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE,

.

LES journaux ministériels et les écrivains du jour, partisans de la royauté absolue, font retentir presque à chaque phrase les mots d'autorité légitime, sans nous expliquer ce que c'est que cette autorité. Nous savons seulement que ceux qui l'ont en main prétendent la tenir de Dieu : ils nous le répètent dans tous leurs actes, pour que personne n'en doute; mais, instruits par

l'histoire que les erreurs les plus grossières ont tour à tour obscurci l'esprit humain , nous sommes excités

par la défiance ; et, suivant les principes de Descartes, nous voulons examiner avant que de croire.

Les forts de la terre en ont imposé à nos ancêtres par

des

augures et des oracles; les tyrans les plus injustes, des monstres qui ont fait le malheur des générations, se sont tou

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jours associé Dieu, pour inspirer la soumission et la crainte. Alexandre se fait déclarer fils de Jupiter Amnon ; de nos jours même une bouteille d'huile descendue du ciel rendait nos rois sacrés et inviolables. Il serait trop long de rapporter toutes les erreurs qui ont été employées jusqu'à ce jour pour appuyer le despotisme ; nous nous hâtons de poser la question.

Qu'est-ce qu'une autorité légitime ; ou, pour mieux commencer, qu'est-ce que l'autorité ?

L'autorité est le droit de commander joint au pouvoir de se faire obéir; le droit doit toujours être accompagné du pouvoir; car l'effet de l'autorité cesse aussitôt qne le pouvoir manque ; mais l'autorité ne doit avoir de pouvoir que celui des individus sur qui elle s'applique, et ceux-ci ne le donnent qu'autant que l'autorité agit à leur gré et pour leur avantage Toute autorité

suppose

donc le consentement de ceux sur qui elle s'applique ; et quand le consentement cesse , le pouvoir doit cesser aussi, et l'autorité s'évanouit , à moins que celui qui l'a en main Censeur. TOME IV.

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que les

n'établisse une force étrangère à la société qui lui soit propre. C'est une force de celle nature qui constitue toujours l'autorité de la tyrannie et du despotisme. Telle est l'autorité des conquérans sur les peuples conquis; celle des Alexandre, des Tamerlan, des Tamas Koulikan; celle des tyrans,

tels

que Nérón, Caligula ; des brigands, tels pirates d'Alger et de Maroc, des assassins et des voleurs de grand chemin. Cette autorité peut-elle être appelée légitime? est-ce celle qu'on veut faire descendre du ciel? Voudrailon la rendre complice de toutes les horreurs qu'elle a commises ? Elle est, à la vérité • fondée sur la force, et la force vient de Dieu ! Mais le pouvoir de celui qui assassine un tyran vient aussi de Dieu ! Mais le pouvoir d'un peuple désespéré qui chasse un roi vu qui le fait périr sur l'échafaud vient encore de Dieu ! Faut-il donc associer Dieu à tous les crimes de la terre, et suffira-t-il d'être le

avoir le droit de commettre les actions les plus horribles ? Quelle morale! quelles conséquences ! Si Dieu avait confié l'autorité à quelqu'un pour commander aux

pour

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plus fort

hommes , celui-là devrait être d'une nature supérieure; et ses intérêts particuliers ne devraient jamais se trouver en opposition avec l'intérêt de ses sujets ; il serait juste par sa nature ; il aurait la force inhérente pour se faire obéir. Que ceux qui nous disent avoir une mission du ciel nous en donnent des preuves. Ne sont-ils pas hommes ? sont-ils plus justes? Qu'on lise l'histoire. Auraient-ils des lettres de commandement ? Qu'ils les fassent enregistrer. Mais non; ils ne peuvent donner aucune preuve, et ils ordonnent de les croire sur parole !

Pour savoir quelle est l'autorité qui doit .gouverner l'homme en société, il faut examiner quelle est sa nature. Chaqne homme isolément possède la faculté de veiller à sa conservation et de chercher son bien-être particulier. Pour choisir les moyens, il a sa raison ; pour les appliquer, il a sa force individuelle. Les hommes, en se réunissant en société, n'ont pas changé de nature ; ils ont en masse conservé les mêmes facultés; ils ont mis en commun la raison et la force pour veiller à leur conservation et à leur bien-être ; fa raison comimone doit choisir les moyens la force commune doit les appliquer, la raisoni commune doit donc faire la loi ; et le magistrat qui est approuvé par elle pour la faire exécuter, n'a pas le droit d'y substituer sa volonté arbitraire; il ne peut que commander én son nom ; il ne peut employer d'autre force

que la force commune : s'il y substituait ape force étrangère à la nation, il serait dangereux à l'état, il pourrait acquérir l'autorité des despotes et opprimer la nation.

La force qui soutient l'autorité des gouvernemens despotiques est de trois sortes ; celle des soldats mercenaires, celle de la corruption, celle de l'ignorance et des préjugés. C'est avec ce triple ressort qu'une trentaine d'hommes se sont emparé de toute l'espèce humaine pour en faire leur propriété"; c'est de la que découlent tous les malheurs de la civilisation ; mais ces ressoris doivent être brisés par les progrès de l'esprit humain et de la raison, lorsque les lumières sont répandues dans toutes les classes de la société. La force des soldats mercenaires disparait devant la force nationale mise en mouvement

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