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“ et un Français qui étaient allés confidemment dans votre pays, sous la foi “publique ?” Plus rusés qu'ils ne paraissaient l'être, ces Iroquois changèrent alors eux-mêmes de discours : “Parlons de choses bonnes, répliqua “ l'un deux ; vous verrez bientôt à vos portes les plus anciens et les plus 6 considérables de notre pays demander la paix aux Français ; et ils amène“ront avec eux quelques Hollandais pour marque de leur sincérité par

66 faite.”

XXII.

Les Iroquois ramènent Normanville. M. de Maisonneuve leur rend les deux prisonniers.

Malgré l'avis que lui avait fait donner M. de Maisonneuve, Normanville ne revint point au Fort durant la nuit, soit qu'il n'en eût pas l'occasion favorable, soit qu'il crût être obligé de garder parole à ces barbares, qui faisaient profession de n'en avoir point. Mais, les Iroquois l'ayant ramené eux-mêmes le lendemain, M. de Maisonneuve jugea à propos de mettre en liberté les deux otages, et les rendit aux Iroquois. Ceux-ci, qui voyaient leur perfidie découverte et avaient douté jusqu'alors du retour des deux prisonniers, furent épris d'une si grande joie, en les voyant revenir, qu'ils s'approchèrent sans armes des Français, à la réserve d'un seul, plus défiant que les autres. Comme les nôtres étaient en plus grand nombre qu'eux, et bien armés, il leur eût été aisé de les saisir tous. Mais M. de Maisonneuve les traita avec bonté, leur donna même à manger, et eux, de leur côté, lui firent présent de leurs chasses. Toutefois, pour marque de leur bonne volonté, ils dérobèrent, en se retirant, les filets qu’on avait tendus dans la rivière, assez près du Fort : ce fut leur dernier adieu.(*)

XXIII.

Nouvelles hostilités des Iroquois à Villemarie. Environ vers ce temps, un Français s'étant un peu écarté de sa maison, un Iroquois, caché en embuscade, attendit qu'il eût déchargé son arquebuse sur des tourterelles qu'il poursuivait, et fondit aussitôt sur lui; mais, fort heureusement, le Français parvint à se dégager, et arriva sain et sauf à sa maison. Le 29 du mois de juillet de cette année 1648, douze ou treize Iroquois s'étaient mis en embuscade près de Villemarie, à l'extrémité d'un bois voisin d'une prairie, où quelques faucheurs étaient occupés à couper et à ramasser du foin. Sondain ces travailleurs, qui ne se doutaient de rien, entendent quelques coups d'arquebuse, qui jettent par terre l'un d'eux ; et, en même temps, ils voient sortir du bois ces barbares, qui, poussant de grands cris, courent à toutes jambes pour leur couper le chemin. Sans se déconcerter d'une surprise si brusque et si inopinée, ces colons, mettant incontinent la main aux armes qu'ils portaient toujours avec eux

(*) Le récit de ce fait, rapporté par le P. Lallemant, est incomplet et inexact dans quelques circonstances, dont M. Dollier de Casson a rétabli la vérité dans son Histoire du Montréal.

au travail, font trois décharges sur les ennemis, dont un ou deux tombent à l'instant par terre ; et cette résistance si prompte et si vigoureuse étonna

; et intimida si fort les Iroquois, qu'ils prirent incontinent la fuite. Le Français tué en cette occasion fut le seul que perdit, cette année, la colonie de Villemarie, quoique, dans les diverses attaques qu'ils lui livrèrent, les Iroquois eussent blessé beaucoup de colons. Celui qui fut ainsi tué était l'un des plus doux et des plus gens de bien de Villemarie. M. Dollier de Casson en fait cet éloge: “ Cet homme, le seul qu'ils nous tuèrent cette “ année, fut plutôt une victime que Dieu voulait tirer à soi ; et il n'eût “peut-être pas permis qu'il pérît par les armes de ces barbares, s'il ne “ l'eût trouvé aussi digne qu'il l'était de sa possession.” Ce fut Mathurin Bonenfant, âgé de vingt-cinq ans, du pays d'Igé, près de Bélesme, diocèse de Séez, en Normandie. Il fut inhumé le jour même de cette lâche surprise, par le P. Bailloquet, qui lui rendit ce témoignage dans l'acte de son inhumation : “ Peu de jours avant sa mort, il s'était digne"ment approché du sacrement de Pénitence, et à Villemarie sa conduitə “ avait l'approbation de tous.”

XXIV. Charles Le Mogne et Godé prennent deux Iroquois, qu'ils conduisent au Fort de Ville

marie. Voici un autre exemple de la fourberie de ces barbares. Il y avait alors, vis-à-vis du Fort de Villemarie, une pointe de rochers qui formait une petite île, appelée vulgairement le Saut Normand. (*) Deux Iroquois, у étant allés en canot, se mirent à feindre de vouloir parlementer, ce qui engagea M. de Maisonneuve à commander à Charles Le Moyne et à Nicolas Godé d'aller les y joindre, afin de savoir le sujet de leur discours. Les deux Français s'embarquent aussitôt et se dirigent vers eux; mais, à leur arrivée, l'un des deux Iroquois, soit par un sentiment de frayeur, soit par quelque remords de sa conscience, se jette incontinent dans son canot, s'enfuit et laisse là son camarade. Celui-ci, interrogé par Le Moyne pourquoi son compagnon s'est enfui si précipitamment, s'efforce de voiler leurs mauvaises intentions, et répond que l'autre avait été saisi d'une terreur panique, mais qu'ils n'avaient eu aucun dessein hostile, en venant ainsi s'aboucher avec eux. Cette réponse n'empêcha pas qu'on ne le prît et qu'on ne le conduisît au Fort. Il y était depuis peu, lorsque le fuyard reparut au loin, voguant et haranguant sur le fleuve. Dès qu'on l'aperçut, M. de Maisonneuva donna ordre à Le Moyne et à Godé de se tenir prêts avec le canot, afin de le joindre à la rame, s'il approchait de trop près. Ce moyen eut tout l'effet qu'on s'en était promis; car l’Iroquois, pendant

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(*) Cette île a été donnée par le Séminaire à la corporation de Villemarie, qui l'a jointe au quai et en a fait, comme on l'a déjà dit, une sorte d'embarcadère pour la commodité des voyageurs.

qu'il faisait ses belles harangues, s'étant avancé insensiblement dans le courant du fleuve, les deux Français se jettent soudain dans leur canot, et le poursuivent si vivement, qu'il lui est impossible de sortir du courant et de gagner la terre avant d'être pris; en sorte qu'on le conduisit au Fort, où il fut mis aux fers, aussi bien que son camarade.

XXV

Iroquois pris ou tués par les Hurons près des Trois-Rivières. L'année 1647, les Hurons ne descendirent point à Montréal ni aux autres habitations Françaises, tant afin de défendre leur propre pays, menacé par les Iroquois, que parce qu'ils craignaient une autre armée d'Agniers, qui les attendaient au passage, s'ils eussent osé descendre le fleuve Saint-Laurent. Mais la nécessité de se procurer des haches et d'autres objets, venus de France, les contraignant de s'exposer à tous les dangers, deux cent cinquante Hurons, dont cent vingt chrétiens ou catéchumènes, conduits par cinq braves capitaines, se mirent en marche l'année suivante, 1648. Ils avaient fait plus de deux cents lieues de chemin sans rencontrer d’Iroquois, lorsqu'enfin, près du Fort des Trois-Rivières, ils furent aperçus par une armée ennemie qui les attaqua, mais qui fut battue par eux et mis en fuite. Plusieurs Iroquois restèrent sur la place, et une vingtaine d'autres furent faits prisonniers. L'un de ces fuyards, effrayé par la crainte de la mort, courut jusqu'à Villemarie, traversa la rivière, et se ressouvenant sans doute de la bonté et de la courtoisie des Français de ce poste, alla volontairement se rendre à eux. Il entra dans la cour de l'Hôpital, sans rencontrer d'autre personne que la soeur de madame d'Ailleboust, mademoiselle Philippine de Boulongne, qui récitait alors son chapelet; et dominé encore par la frayeur, il se présenta à elle en lui tendant les bras. Cette circonstance singulière fit dire agréablement aux colons, qui portaient tous un très-grand respect à la vertu de mademoiselle de Boulongne, que, “ par ses prières, elle avait pris un Iroquois," quoique sa grande pudeur lui donnât une crainte épouvantable de ces barbares.

XXVI.

Des Français vont avec les RR. PP. Jésuites chez les Hurons.- Premier moulin construit

à Villemarie.

Après que ces Hurons eurent fait leur traite, ils se remirent en canot, pour retourner dans leur pays, et emmenèrent avec eux, outre le P. Bressani, quatre autres Jésuites et un de leurs frères, accompagnés de vingtcinq ou trente Français, qui tous, par un courage vraiment chrétien, osaient entreprendre ce voyage, malgré les périls qu'ils avaient à redouter. Cette petite armée de Hurons, arrivée vers la pointe de l'île de Montréal, se divisa en deux. Les uns passèrent par Villemarie, comme ils l'avaient promis à M. de Montmagny, et les autres prirent la rivière des Prairies, qui leur offrait un chemin plus court et plus facile. Ceux qui passèrent par Villemarie furent, sans doute, les seuls sauvages alliés qu'on y vit paraître cette année-là ; du moins, le P. Lallemant. assure qu'il n'y resta qu'un seul sauvage qui était aveugle, et encore n'y fit-il pas un long séjour ; car ennuyé d'y être seul de sa nation, il descendit aux Trois-Rivières, malgré les dangers qu'il avait à courir pour se procurer cette légère consolation. Celte année 1648, M. de Maisonneuve fit construire le premier moulin à vent qu'il y ait eu dans l'île de Montréal. Il l'établit près du fleuve Saint-Laurent, dans le voisinage du Fort ; ce qui le fit appeler depuis Moulin du Fort. Son dessein, en élevant cette construction, était nonseulement de fournir aux colons un moyen plus facile pour moudre leur blé, mais encore d'avoir par là une redoute avancée : car le moulin devait servir à ce double usage. On eut soin d'y pratiquer des meurtrières pour se défendre en cas d'attaque : c'est ce qui fait dire à M. Dollier de Casson qu'on le construisit " pour narguer davantage les Iroquois, leur donnant par là à comprendre que ce boulevard public (Villemarie), n'était pas menacé d'une ruine prochaine, malgré tous leurs efforts ; et que, de leur côté, les colons étaient bien loin d'abandonner aux Iroquois ce champ de gloire.

XXVII.

M. D'Ailleboust repasse en France pour les affaires de la colonie. Lorsque M. de Maisonneuve était revenu de France, en 1647, il avait averti M. d'Ailleboust, son lieutenant, de se préparer à faire le voyage, en ajoutant qu'il reviendrait en Canada comme Gouverneur général, en remplacement de M. de Montmagny. Dans l'automne de cette année 1647, ils étaient descendus l'un et l'autre à Québec, pour les affaires générales du pays, et le 18 octobre, M. de Maisonneuve étant reparti de Québec pour Villemarie, M. d'Ailleboust avait fait voile pour la France le 21 du même mois (*). Nous avons raconté qu'en 1645 la Compagnie des Cent-Associés, pour procurer plus efficacement qu'elle ne l'avait fait jusqu'alors la formation d'une vraie colonie Française et la conversion des sauvages, avait abandonné la traite des pelleteries aux habitants, réunis en communauté de villes, mais en faisant peser sur eux seuls toutes les charges qui lui avaient été imposées à elle-même par l'édit de sa création. En exécution de ce nouvel arrangement, on rédigea, concernant le gouvernement du pays, divers articles qui furent approuvés en 1647, par un arrêt

(*) Le P. Ducreux a écrit, dans son Histore du Canada, que M. d'Ailleboust était Gouverneur des Trois-Rivières, lorsqu'il fut pourvu du Gouvernement général, et le P. de Charlevoix répète la même assertion, fondée, sans doute, sur le précédent. C'est apparemment une confusion entre les Trois-Rivières et Villemarie qui a donné lieu à cette erreur : M. d'Ailleboust, comme on l'a vu, ayant été Gouverneur de Villemarie en l'absence de M. de Maisonneuve.

du Conseil du Roi, peut-être sans une assez grande connaissance de cause. Du moins plusieurs personnes, en Canada et en France, ne pouvaient goûter ces articles, qui leur semblaient avoir été inspirés par un autre motif que celui de l'intérêt public.

XXVIII. M. de Montmagny était le principal et quelquefois le seul arbitre des affaires du pays.

D'abord les affaires concernant la police, le commerce et la guerre devaient être résolues à la pluralité des voix, et même souverainement par un conseil composé de trois personnes : du Gouverneur général, du Supérieur des Jésuites ou de l'évêque, lorsqu'on aurait érigé un Siége épiscopal en Canada, enfin du Gouverneur particulier de Villemarie, ou de son lieutenant, en son absence. Mais, en pratique, le Gouverneur général pouvait être très-souvent le seul arbitre des affaires et représenter, au fond, tout le conseil ; car le Gouverneur particulier de Villemarie, faisant sa résidence à soixante lieues de Québec, ne pouvait que difficilement, dans l'état d'alarmes continuelles où était alors sa petite colonie, se déplacer fréquemment sans exposer sa vie ni sans compromettre le sort du poste qui lui était confié; et de son côté, le Supérieur des Jésuites pouvait être obligé à des courses lointaines pour le bien des missions. D'ailleurs, ce Religieux eût-il été présent à Québec, la voix du Gouverneur, en cas de conflit, aurait toujours eu la prépondérance. Il est vrai que le Général de la flotte, ainsi que les syndics de Québec, de Villemarie et des TroisRivières pouvaient entrer au conseil ; mais, dans ce cas, les syndics n'avaient voix délibérative que pour les objets relatifs à leur communauté particulière, et le Général de la flotte, que pour ce qui regardait sa charge. D'où il résultait que le Gouverneur général pouvait être lui seul, en bien des circonstances, l'arbitre souverain des affaires du pays.

XXIX.

M. de Montmagny chargé de pourvoir à la sureté du pays.

D'après ces mêmes articles, le Gouverneur de Québec avait vingt-cinq mille livres d'appointements par an, avec privilége de faire venir, chaque année, sans frais pour lui, soixante-dix tonneaux de fret par les vaisseaux de la flotte, à la charge pour lui d'entretenir le Fort de munitions et d'armes ; d'avoir, outre son lieutenant particulier, un autre lieutenant aux Trois-Rivières, et, enfin, soixante-dix hommes de garnison, qui seraient nourris aux frais du magasin, et que le Gouverneur général repartirait dans le pays, selon qu'il le jugerait plus utile. Quant au Gouverneur particulier de Villemarie, il devait avoir dix mille livres d'appointements, trente tonneaux de fret et entretenir une garnison de trente hommes; enfin cinq mille livres étaient accordées, chaque année, aux Jésuites pour

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