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le

gouver

ter... Nous refusâmes de la signer. Par qui ce refus
fût-il fait ? d'abord, par les évêques constitution-
nels de Rennes, de Dax et de Clermont; ensuite,
par les évêques constitutionnels de Rouen, de
Carcassonne et de Bordeaux. Nous allâmes en-
suite chez le citoyen Portalis, chargé de toutes
les affaires ecclésiastiques; nous l'instruisîmes
de ce qui venait de se passer. Il parut improu-
ver les prétentions de M. le légat : il dit qu'il y
apporterait remède dans la journée; que
nement ne voulait point de rétractation; qu'il ne
serait exigé qu'une pure et simple adhésion au
Concordat. Il demanda que sur-le-champ füssent
réunis chez lui tous les évêques constitutionnels. Il
fit appeler en même temps l'évêque Bernier; il le
chargea de parler à M. le légat, et de lui dire que
l'affaire des évêques constitutionnels devait finir
dans la journée. Celui-ci consentit à la commission:
il

proposa et rédigea une lettre bien différente de la première. Nous l'adoptâmes. Maintenant, si quelqu'un ose vous dire que nous nous sommes rétractés, ne craignez pas de lui dire : Mentiris impudențissime. On vous dira peut-être que M. le légat nous a donné l'absolution; que la preuve en est dans les registres de sa légation ; qu'on y a vu, au rapport du nouvel évêque de Versailles et de quelques autres, plusieurs exemplaires d'un décret d'absolution humblement demandé par plusieurs de nous et charitablement accordé à plusieurs de nous... Vous direz avec moi que M. le légat a donné

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une absolution qui n'était ni voulue ni demandée; que, lorsque le décret en fut remis par l'évêque Bernier à quelques-uns d'entre nous, ils en ont fait justice en le jetant au feu, sous les yeux du citoyen Portalis. »

Le 8 juin 1802, Portalis écrit aux nouveaux évêques que, pour répondre aux intentions du premier consul, ils doivent prendre un grand vicaire dans les rangs des prêtres constitutionnels, et que ceux-ci doivent entrer dans la proportion du tiers au quart sur la liste des curés, chanoines, etc. Il ajoute que le mariage des prêtres est licite; qu'il ne faut pas refuser la bénédiction nuptiale à ceux qui contractent un second mariage après le divorce; qu'il appartient au gouvernernent de statuer sur les chapelles domestiques, les oratoires particuliers, le refus public des sacrements. C'est ainsi que ce conseiller d'Etat, trop étranger à la théologie pour comprendre l'inconvenance maladroite et les erreurs grossières de ses prescriptions, prétendait assurer le libre exercice du culte catholique et se conformer à la lettre aussi bien qu'à l'esprit du Concordat.

CHAPITRE V

LES PREMIÈRES DIFFICULTÉS DE M, ÉMERY

AVEC LE GOUVERNEMENT

SOMMAIRE. M. Émery est nommé à l'évêché d'Arras. Son refus

motivé et sa lettre à Portalis. Nouvelle lettre à Bernier. M. Émery refuse les évêchés d'Autun et de Troyes. Son dévouement à la Compagnie. – Négociations du cardinal Fesch pour le sacre de l'empereur. Voyage de Pie VII à Paris. Le mariage de l'impératrice. Rôle du cardinal Fesch. Lettre de M. Émery à M. de Bausset. La cérémonie du sacre. - Déceptions de la cour romaine. · Visite de M. Émery à Pie VII.

I

Bernier redoutait l'influence considérable et méritée de son ancien directeur, M. Emery, sur le clergé de France et sur les membres les plus importants de l'épiscopat. Il voyait grandir tous les jours, cette influence qui pouvait, à une heure, peut-être prochaine, s'exercer dans les conseils du gouvernement, et devenir un obstacle à l'accomplissement de sés propres desseins. Il avait reconnu déjà l'opposition secrète et puissante de l'ancien supérieur du grand séminaire d'Angers dans les difficultés si graves que l'Eglise de France venait de traverser. Le triste rôle qu'il venait de jouer luimême dans l'affaire des constitulionnels, lui rendait

plus pénible encore la présence d'un prêtre dont la dignité vivante était un reproche infligé à sa politique tortueuse. Il conçut le dessein d'éloigner de Paris M. Émery, et de se soustraire à son influence gênante. Aidé de Talleyrand, il décida le premier consul à nommer M. Émery à l'évêché d'Arras. Le décret fut signé le 10 avril 1802.

M. Émery était trop dévoué à la Compagnie de Saint-Sulpice et à l'æuvre des séminaires pour accepter l'honneur redoutable de l'épiscopat. Il n'avait jamais eu qu'une pensée : servir l'Église, et rester fidèle à l'esprit comme aux enseignements de M. Olier. Après avoir prié, médité, pris l'avis des Messieurs de Saint-Sulpice, il écrivit à Portalis, chargé des affaires des cultes, une lettre dont nous avons le projet sous les yeux :

« J'ai reçu », dit M. Émery, « la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Je suis on ne peut plus touché de la marque d’estime et de confiance que daigne me donner le premier consul en me nommant à l'évêché d'Arras. C'est à vous, sans doute, que je suis redevable de l'opinion qui l'engage à me croire propre à l'épiscopat.

« Je vous prie de lui présenter mes très humbles actions de grâces; mais je vous supplie en même temps de lui faire trouver bon que je n'accepte pas. Je me détermine à cette démarche, après y avoir bien réfléchi et avoir invoqué les lumières de l'Esprit-Saint. Une multitude de raisons m'en font un devoir; je ne vous en exprimerai qu'une.

« J'étais supérieur du séminaire de Saint-Sulpice et de la congrégation qui porte ce nom, chargé par conséquent de former les jeunes gens qu'on y élevait aux vertus de leur état, et particulièrement à l'éloignement pour les dignités ecclésiastiques : car vous savez que l'ambition était un vice trop commun dans le clergé des derniers temps, et contre lequel il était bien nécessaire de prémunir l'esprit et le cœur des jeunes gens. Dans cette vue, il fallait que les supérieurs, qui donnaient des leçons sur la crainte et la fuite des dignités, en fournissent euxmêmes l'exemple.

« En conséquence, mes prédécesseurs ont touiours refusé les évêchés qui leur ont été offerts. Héritier de leur office, j'ai dû l'être aussi de leurs sentiments, et mon éloignement pour l'épiscopat est arrivé au plus haut point. Très certainement, si on m'avait, sous l'ancien régime, nommé à un évêché, je ne l'aurais pas accepté. Comment pourrais-je, à l'âge de soixante-dix ans, ne pouvant donc prudemment compter que sur trois ou quatre ans de vie, et ayant à peine le temps de connaître seulement de vue le troupeau immense qui me serait confié; comment, dis-je, pourrais-je réussir à arracher de mon coeur un sentiment si ancien et si profondément enraciné ? Les violences qu'il faudrait me faire, ne pourraient que compromettre ma santé et ma vie.

« Mais, de plus, que penseraient de moi tant d'ecclésiastiques devant qui j'ai fait pendant si

« ÖncekiDevam »