Sayfadaki görseller
PDF
ePub

« J'ai rendu mes devoirs au Saint-Père avec le clergé de Paris. Quand mon tour vint d'aller au baisement des pieds, et il vint fort tard, parce que je n'avais pas été averli assez à temps, – M. le cardinal de Belloy me nomma. Alors le Pape me sourit très gracieusement, et me dit des choses très aimables, à ce qu'on m'a rapporté, car je ne distinguai point ce qu'il daigna me dire. M. le cardinal Fesch lui avait parlé de moi la veille, et de Saint-Sulpice, et m'a dit qu'il voulait me présenter, Mais il me suffit d'avoir reçu la bénédiction du Saint-Père.

« Le curé de Saint-Sulpice se présenta un quart d'heure après moi, et, à ce nom de Saint-Sulpice, il fut accueilli très gracieusement. Les marguilliers de Saint-Sulpice, au nombre desquels se trouvent des sénateurs et le premier président Séguier, ont prié le Pape d'honorer Saint-Sulpice de sa présence. Il a promis d'y venir dire la messe le dernier dimanche de l'Avent (1). »

Le Pape sortit de France et rentra dans sa ville éternelle, avec le regret de n'avoir rien obtenu de l'empereur, en reconnaissance du témoignage éclatant de haute bienveillance qu'il venait de lui accorder, malgré l'étonnement des vieilles cours de l'Europe et malgré l'opposition respectueuse de quelques membres du Sacré Collège. Il ne savait pas encore qu'il verrait un jour son palais envahi

(1) Lettre du 15 décembre 1804.

par les troupes impériales, et que, prisonnier de celui que sa main venait de sacrer empereur, il franchirait encore une fois la frontière de France, et expierait dans une détention rigoureuse son dévouement héroïque à la cause de l'Église et de la justice.

CHAPITRE VI

M. EMERY ET LE CARDINAL FESCH

SOMMAIRE. Le cardinal Fesch. Ses premiers rapports avec M. Émery.

Organisation du grand séminaire de Lyon. Projets d'organisation des séminaires métropolitains. Le cardinal Fesch consulte M. Emery sur la réorganisation du chapitre de Saint-Denis. Difficultés de M. Emery. Réponse et espérances du cardinal Fesch. M. Frayssinous sort de la Compagnie. Deux lettres de M. Frayssinous.

[ocr errors]

La liberté rendue à l'Église par le premier consul, la fin du schisme qui avait divisé le clergé catholique et ouvert aux intrus les portes du sanctuaire, permettaient enfin à M. Émery de s'occuper avec tout son zèle de l'ouvre principale de sa vie, la formation du clergé dans les grands séminaires qui lui seraient confiés.

La Providence appela sur son chemin un homme qui sut apprécier ses grandes qualités et répondre à son dévouement par une affection qui s'affirma dans toutes les circonstances, avec un courage plus fort que les difficultés : c'était le cardinal Fesch, oncle maternel de l'empereur. Son amitié puissante servit d'une manière efficace les intérêts de M. Émery et de sa Compagnie. Né à Ajaccio le

3 janvier 1763, Fesch obtint, sur la présentation des états de Corse, une bourse au grand séminaire d'Aix, où il entra après avoir achevé ses études littéraires au petit séminaire de la même ville. Il se lia, dès son enfance, d'une étroite amitié avec Xavier d’Isoard et avec M. Jauffret, nommé plus tard évêque de Metz. Après cinq ans d'études théologiques, il fut ordonné prêtre en 1787, par Mgr de Doria, évêque d'Ajaccio. Il obtint un bénéfice dans son pays natal, à la prière de son oncle, Lucien Bonaparte, archidiacre et prévôt du chapitre d'Ajaccio. Nommé archidiacre lui-même à la mort de son oncle, il s'éleva contre le décret de la constitution civile du clergé qui supprimnait tous les chapitres, el vécut ainsi dans le devoir et dans la paix, jusqu'au moment où le vertige de la révolution troubla les plus fermes esprits.

En juin 1793, il fuit la Corse avec sa famille. Privé de tout moyen d'existence, il obtint un emploi de fournisseur à l'armée des Alpes, où il persévéra dans l'honnêteté de sa vie. Après le siège de Toulon, en décembre 1793, son neveu Bonaparte le fit entrer, avec le grade de commissaire des guerres, dans l'état-major de son armée. Il avait trouvé dans son neveu sa fortune et le plus ferme appui de sa carrière. Il accompagna Bonaparte, en conservant ses attributions militaires, pendant la campagne d'Italie, et resta ensuite à Paris, dans sa famille, pendant que Bonaparte se couvrait de gloire en Égyple et acquérait déjà le

prestige qui attirait sur lui l'attention de l'Europe étonnée.

Le 18 Brumaire réalisa les espérances et les prédic. tions des amis du jeune et vaillant capitaine appelé à de si hautes destinées. Fesch avait conservé, avec l'intégrité de ses moeurs, une foi profonde, héréditaire dans les vieilles familles de la Corse. Il attendait le moment favorable pour reprendre avec honneur sa place et ses fonctions dans la hiérarchie sacerdotale. Au moment où le Concordat régla d'une manière définitive les rapports ecclésiastiques de la France avec le Saint-Siège, il fut nommé par le premier consul à l'archevêché de Lyon.

Fesch hésita d'abord : il voulait refuser un honneur dont il ne se croyait pas digne, des fonctions auxquelles il n'était pas suffisamment préparé par ses occupations antérieures et ses fonctions civiles dans l'état-major de l'armée. Il vint frapper à la porte de M. Émery, caché encore dans une maison du faubourg Saint-Jacques, lui confia ses scrupules, le choisit pour le directeur de sa conscience et le conseiller de sa vie.

M. Émery répondit à cette confiance par un attachement respectueux, inébranlable. Jamais les vicissitudes contraires de la vie ne brisèrent le lien qui unissait ces deux âmes. Dans ses tribulations, dans les épreuves douloureuses qu'il eut à subir de la part de l'empereur, dans l'angoisse des menaces qui pouvaient détruire et disperser les débris de sa

« ÖncekiDevam »