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intendant à Maubeuge, dans le diocèse de Cambrai. La lettre est datée du 14 octobre 1711 (1):

« Il me semble, Madame, que je reconnaîtrais mal vos bontés pour moi, si j'en doutais après tant d'expériences. Souffrez donc, s'il vous plaît, que je montre une pleine confiance pour une grâce que je dois vous demander. M. l'abbé Dubois, autrefois précepteur de Monseigneur le duc d'Orléans, est mon ami, depuis un grand nombre d'années. J'en ai reçu des marques solides et touchantes dans les occasions. Ses intérêts me sont sincèrement chers. Je compterai, Madame, comme des grâces faites à moi-même, toutes celles que vous lui ferez. S'il était connu de vous, il n'aurait aucun besoin de recommandation, et son mérite ferait bien plus que mes paroles. Il a une affaire importante, où vous et M. Roujaut pouvez lui être très utiles. J'espère que vous ne me refuserez pas de lui faire sentir ce bon cour qui m'a fait une si forte impression, pen

(1) Cette lettre a été reproduite par le savant et pieux abbé Gosselin, dans les ouvres complètes de Fénelon, avec la note suivante : « Cet abbé (Dubois) est le même qui devint en 1720, archevêque de Cambrai, cardinal en 1721, et qui joua un si grand rôle sous la régence du duc d'Orléans. On sait combien ce prélat a été maltraité par certains historiens; mais il paraît bien prouvé que, sans être entièrement irréprochable, il ne méritait pas à beaucoup près les traits odieux dont on a flétri sa mémoire. Le témoignage que lui rend ici Fénelon qui avait dû le connaîre particulièrement à la cour, est sans doute un des plus imposans que l'on puisse opposer à tant de reproches et de calomnies auxquels l'abbé Dubois a été en butte. » Voyez, à ce sujet, L'Ami de la Religion, t. XXXII, p. 289 el suiv.

dant que vous étiez dans ce pays. Vous êtes fort heureuse de n'y être plus. Nous ne voyons que ravage et misère. Dieu veuille nous donner une bonne paix. »

M. Emery conclut avec raison de cette lettre postérieure à l'éducation du régent, que pendant son préceptorat, Dubois n'avait pas trahi la confiance qu'on lui avait accordée, et que les violentes attaques des philosophes incrédules du dernier siècle contre ce personnage, prince de l'Église, cachaient une maneuvre qui avait pour but d'inspirer le mépris de la Religion servie, d'après leurs calomnies, par d'indignes ministres qu'elle comblait de ses faveurs,

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Lacorrespondance continue ainsi, intime, savante, variée, sur tous les sujets, et sur les affaires du temps entre M. Émery et l'évêque d'Alais. M. de Bausset ne cesse pas d'écrire sous la direction de son vénérable ami, la vie de Bossuet. M. Emery n'eut pas la consolation de lire cette histoire à laquelle il s'intéressait avec son esprit et avec son cœur, Frappé par la maladie qui devait l'emporter, à la veille de quitter la terre, le supérieur de SaintSulpice s'oubliait encore lui-même, et toujours occupe de la défense de l'Église et de la gloire de la

Religion, il envoyait d'une main tremblante à M. de Bausset ses derniers conseils et l'expression touchante de ses espérances.

L'évêque d'Alais offrit plus tard à M. Garnier, le premier exemplaire de l'histoire de Bossuet, en exprimant ainsi ses regrets et le chagrin dont son ceur était rempli.

« Voilà, Monsieur, cette histoire de Bossuet, dont le bon M. Emery n'a guère vu que les premiers livres, et que je n'ai pris la détermination d'écrire qu'à sa sollicitation. C'est à lui que je dois l'idée d'avoir osé essayer de rendre hommage aux deux plus grands évêques qui ont honoré l'Église de France dans le plus beau siècle de la monarchie.

« Il ne se passe pas un jour de ma vie où je ne bénisse la mémoire de cet excellent homme, dont les sages et utiles instances m'ont ainsi forcé de donner cette estimable direction à mes études et à mes travaux.

« En pensant aux services immenses que M. Émery a rendus à la Religion et à l'Église, on ne peut s'empêcher de regretter que de pareils hommes ne soient pas immortels, car il n'est aucune époque critique, il n'est aucune affaire importante où l'on ne s'aperçoive du vide

rçoive du vide que de pareils hom. mes laissent toujours après eux, »

CHAPITRE VIII

APOSTOLAT EXTÉRIEUR DE M, EMERY

SUMMAIRE. — Rapports de M. Emery avec Lalande. — Orgueil de ce savant. Lettre de M. Émery à Madame de Lalande. – Remontrances de l'empereur.

Promesse de Lalande et sa mort. Le géologue Deluc et la révélation. · Lettre du cardinal Gerdil. M. Émery et Chateaubriand. L'abbé Grégoire. - Sæur Rosalie.

I

Inspiré par son zèle pour le salut des âmes et la gloire de la religion, M. Émery aimait à se rapprocher des hommes qui, par le prestige du talent et le retentissement de leurs travaux, pouvaient contribuer d'une manière plus efficace à la défense de la vérité chrétienne. Sa correspondance et ses relations fréquentes avec Charles Bonnet, le naturaliste le plus célèbre de la Suisse n'avaient pas d'autre objet, et il continua, pendant son séjour à Paris, au lende. main de la révolution, à rechercher le commerce des savants égarés qu'il voulait ramener à Dieu.

Il voyait souvent son compatriote, le célèbre astronome Lalande, qui avait été le compagnon des premiers jeux de son enfance, au pays de Gex, et que

l'on considérait à Paris comme un des chefs les plus ardents du parti de l'incrédulité arrivée à l'athéisme le plus absolu.

Elève des jésuites, au collège de Lyon, Lalande eut pour professeur de sciences, pendant sa jeunesse, un mathématicien célèbre, le Père Bereaud, à qui il exprimna plusieurs fois, avec insistance le désir d'entrer comme novice dans la compagnie de Jésus. Jeune encore, après avoir fini ses études classiques, attiré vers l'étude des sciences physiques et de l'astronomie, il fit un séjour à la cour de Frédéric II, roi de Prusse, et devint l'ami de ces philosophes impies dont le roi sceptique aimait à s'entourer : Maupertuis, Lamettrie, Dargens. Ses succès précoces et ses relations mauvaises, l'orgueil et les fréquentations suspectes étouffèrent la foi dans son âme, sans lui faire perdre son amitié d'en. fance pour M. Émery.

Esprit faux, gonflé d'orgueil, très versé dans les sciences expérimentales, mais d'une profonde ignorance en matière de philosophie et de religion, Lalande avait encore le défaut singulier d'être un fanfaron d'incrédulité, et d'étaler à tout propos; avec une audace imperturbable, son dédain pour les pratiques religieuses. Il disait, un jour, à M. Gar, nier, qui, d'ailleurs, n'avait pas de peine à le réfu

« Je ne vois dans le magnifique spectacle du firmament et des lois admirables des corps célestes que des forces el du mouvement, mon intelligence n'a aucune idée de la cause première

ter :

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