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CHAPITRE III

LE CONCORDAT ET LES ARTICLES ORGANIQUES

SOMMAIRE.

Bernier et le concordat. Plaintes du cardinal Consalvi. Addition des articles organiques. M. Emery prévient M. Le Sure. Étonnement du nonce. - Protestations successives et réitérées. - Observations de M. Émery. Démission des anciens évêques des diocèses de France.

I

Pei VII avait répondu avec empressement à l'invitation du premier consul, qui voulait régler d'une manière définitive la situation de l'Église catholique en France, et fermer l'ère des persécutions. Un grand nombre d'évêques, injustement dépossédés de leur siège et sous le coup des plus graves menaces, attendaient encore dans l'exil le jour de leur délivrance. Un plus grand nombre de prêtres, malheureuses victimes de la fureur révolutionnaire, expiaient dans des cachots, sur des pontons, ou sur une terre cruelle, dans des îles lointaines, leur fidélité héroïque à la cause de la foi. Les églises étaient ou ruinées ou fermées. Des schismatiques et des intrus, qui portaient à leur front le stigmate de leur révolte obstinée, cherchaient à égarer les fidèles et à les entretenir dans le schisme : la religion, chassée des écoles, des églises, des monas.

tères, du gouvernement, de la nation elle-même, avait permis à l'ignorance et à l'incrédulité brutale de s'emparer des places abandonnées.

Bonaparte, maître de la France et dominé par une pensée politique, obéissait encore à ses tendances autoritaires et à la haine de la révolution, quand il entreprit de relever, avec le concours du chef de l'Église et des évêques légitimes, la religion vaincue et chassée. Les perfides le pressaient de se soustraire à cette influence étrangère, et de travailler, à l'exemple de Henri VIII, roi d'Angleterre, à la fondation d'une église nationale, indépendante, dont il aurait la direction souveraine. Ce rêve pouvait flatter l'ambition du premier Consul, mais sa haute raison dissipait le rêve; il savait bien que les temps étaient changés, que la nation française avait un tempérament profondément catholique, et qu'une entreprise qui aurait pour but de réaliser la pensée d'Henri VIII, ou le rêve ambitieux des empereurs de Russie, échouerait misérablement dans l'impuissance, et ferait des martyrs, sans donner la victoire. aux bour

reaux.

Il fut donc sagement inspiré en s'adressant aureprésentant de Jésus-Christ sur la terre. Le5 octobre de l'an 1800, Mgr Spina et le P. Caselli, servite, théologien consommé, arrivaient à Paris, envoyés par Sa Sainteté Pie VII, et ouvraient les négociations laborieuses qui devaient aboutir, après de longs déboires, au Concordat de 1801.

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Les négociations furent menées dans un profond secret : ni M. Émery, ni les vicaires généraux de Paris ne furent avertis ou consultés sur les dispositions qui étaient l'objet du débat. M. Émery le déclare formellement dans cette lettre, qu'il adressait en 1801 à son ami M. de Bausset, évêque d'Alais :

« Le cardinal Consalvi est parti. J'ignore les conditions du nouveau concordat. Le cour me bat, et je crains d'apprendre en même temps que je le désire. On attend vers le milieu du mois le cardinal légat. On le recevra avec des honneurs extraordinaires. Le jour de son arrivée, il couchera chez Mgr Spina; mais le lendemain il occupera l'hôtel qu'on lui prépare. »

Bonaparte avait donné sa confiance à Talleyrand, ancien évêque d'Autun et à l'abbé Bernier, élève autrefois de M. Émery au séminaire d'Angers. Ils reçurent l'ordre d'entrer en conférence avec Mgr Spina.

Bernier était un homme habile, dévoré d'ambition, peu scrupuleux dans le choix des moyens, plus jaloux de plaire au premier consul que de défendre les droits imprescriptibles de l'Eglise, ondoyant et souple, abondant et vide, habile à

dissimuler sa pensée sous des formes équivoques de langage, et convaincu d'ailleurs, malgré son caractère sacerdotal, que la conscience d'un diplomate est toute différente de la conscience d'un chrétien.

Prêtre, il convoite l'archevêché de Paris, et le chapeau de cardinal. Son plan de campagne était habile. Trop jeune encore pour occuper le siège le plus important de France, il proposa au premier consul de nommer à l'archevêché de Paris M. de Belloy, évêque de Marseille, âgé de 93 ans, avec l'obligation de le prendre lui-même pour coadjuteur. Mais, en montant sur le siège de Paris, M. de Belloy déclara que son grand âge lui laissait encore assez de forces pour gouverner son diocèse sans le concours d'un coadjuteur.

Trompé dans ses premières espérances, Bernier demanda l'évêché de Versailles. Mais le troisième Consul, Lebrun déjoua ses projets, et fit nommer à sa place un ancien membre de l'Assemblée constituante, son ami, Charrier de la Roche. Il n'avait pas renoncé au chapeau de cardinal, qu'on lui avait réservé in petto; mais il trompa grossièrement le cardinal Caprara, en lui certifiant, contre la vérité, que les évêques constitutionnels nommés à différents sièges avaient fait en sa présence une déclaration de soumission au Pape, qui leur envoya des bulles d'institution canonique. Pie VII indigné de cette supercherie, refusa de donner le chapeau convoité. Bernier était le disciple et l'ami de Tal

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leyrand, qui lui avait ouvert les portes de la cour.

Au début de sa carrière sacerdotale, simple curé de Saint-Laud d'Angers, il sert et il trahit successivement les chefs vendéens. Sa parole ardente et pieuse soulève les paysans du Bocage, qui ont conservé un respect filial pour l'autorité religieuse et une fidélité inébranlable à leurs traditions monarchiques. En 1795, pendant qu'il sollicite et obtient les faveurs des chefs de la résistance vendéenne et des émigrés, qui ne savent pas lui refuser les témoignages de leur confiance, il flatte le général Hoche, et se ménage, quatre ans plus tard, la protection du premier consul, qu'il présente à ses amis de la Vendée comme un général favorable au retour des Bourbons et au rétablissement de la religion dans le pays.

Dans une lettre du mois de décembre 1795, le général Hoche, qui avait reçu les offres de service de cet intrigant à la poursuite de la fortune, décrivait ainsi son caractère : « L'Abbé Bernier est un prêtre comme il nous en faudrait vingt ici : il n'a pas l'air de tenir beaucoup au parti royaliste, qui s'en va... Dans une circonstance difficile je pense que le gouvernement pourrait compter sur son ambition encore plus que sur son zèle. »

Lorsque les évêques et les prêtres constitutionnels apprirent l'arrivée à Paris de Mgr Spina et l'ouverture des négociations diplomatiques avec le SaintSiège, ils éprouvèrent de vives alarmes, et encoura.

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