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M. ÉMERY ET L'ÉGLISE DE FRANCE

évèques, et de les décider à accepter, après avoir fait le sacrifice des sièges plus importants, les charges plus modestes qui leur étaient réservées.

M. Émery comprit la gravité de la situation : il essaya, avec une sagesse pleine de clairvoyance, d'humilité et d'abnégation, de servir encore une fois les intérêts de l'Église de France, menacée dès la première heure de sa renaissance.

CHAPITRE IV

LES EVEQUES CONSTITUTIONNELS

SOMMAIRE. – Réponse des évêques à l'invitation du Pape. – M. Emery public

les Opuscules de Fleury. — Il est dénoncé et poursuivi. Sa défense présentée à Fouché. – Pensées de M. Émery sur la nomination des évêques.

Ses lettres à M. de Fontanges. - Lettre du cardinal Fesch sur Mac do Fontanges. - L'empereur veut nommer des constitutionnels, – Surprise et douleur du nonce. Conduite équivoque de Bernier.

I

La démission exigée de tous les évêques était une mesure pénible mais nécessaire, commandée par la situation particulière et lamentable de l'Église de France. Ces pasteurs, dont les uns avaient tenu tête à la persécution, affronté vingt fois la mort au milieu de leur troupeau, pendant la tyrannie de la révolution et dont les autres avaient traîné une existence pénible et pleine d'angoisses sur la terre étrangère, étaient loin de s'attendre à ce coup légitime d'autorité.

Ils avaient caressé l'espoir de se retrouver enfin, après un long exil, au sein de leur Église, entourés de leurs fidèles, dans une situation honorée, à l'abri des sollicitudes matérielles de la vie. La

démission était pour eux la rupture du lien qui unissait leur âme à leur diocèse, le sacrifice d'une dignité relevée par leur courage dans la persécution, l'épreuve de l'indigence avec ses privations les plus pénibles.

« Quant à ce qui regarde ma subsistance, » écrivait au Saint-Père le saint évêque de la Rochelle, exilé dans le diocèse de Tolède, « j'ai trop de confiance dans la divine Providence, qui m'a soutenu jusqu'à présent, pour craindre la misère ; et si Dieu voulait m'envoyer cette épreuve, la religion sainte m'a appris que personne n'est jamais tenté au-dessus de ses forces, et je lui dois la grâce d'attendre avec autant de résignation que de tranquillité ce qu'il lui plaira de me faire souffrir pour expier les fautes de mon épiscopat, et faire pénitence pour moi et ma malheureuse patrie. »

Le savant évêque de Langres, Guillaume de la Luzerne, explique et justifie en théologien les motifs de sa réponse affirmative à l'invitation pressante de Pie VII. On retrouve dans sa lettre un esprit de foi et de sacrifice, qui nous fait connaître les sentiments de l'ancien clergé de France pour le siège de Pierre.

« Ayant reçu », dit la Luzerne, « de Notre SaintPère le Pape un bref en date du 15 août 1801, par lequel Sa Sainteté nous fait connaître que l'unique moyen de conserver à la France la religion catholique est que nous remettions entre ses mains la démission de notre siège; après avoir imploré l'as

sistance de l'Esprit-Saint et conjuré le Père des lumières de nous éclairer dans les conjonctures importantes et délicates où nous nous trouvons, et de nous inspirer ce qui sera le plus salutaire pour notre conscience et le bien du troupeau dont il nous a confié la garde.

« Considérant que les circonstances actuelles, dont l'histoire des siècles chrétiens ne présente aucun exemple, ont réduit le Souverain Pontife à l'impossibilité absolue de suivre les règles prescrites par les saints canons, et que la loi supérieure de la nécessité l'a contraint de passer par-dessus les lois faites pour les conjonctures ordinaires, spécialement qu'il lui a été impossible de consulter sur les changements à faire dans l'Église de France, tous les évêques de cette Église, et d'avoir leur consentement, ce qui eût été nécessaire, puisqu'ils sont, et d'après les saintes règles et même par l'institution de Jésus-Christ, juges avec lui du bien de leurs Églises; •assuré que Sa Sainteté a fait dans sa sagesse tout ce qui était en son pouvoir pour concilier ce qu'exigeait le rétablissement de l'unité catholique en France avec les principes antiques qui sont depuis dix-huit siècles la loi de l'Église universelle;

« Considérant de plus les grands exemples que nous présentent et les siècles anciens et les temps modernes de l'Église, l'offre généreuse faite en 1791 au pape Pie VI, de glorieuse mémoire, par les évê

ques siégeant aux états généraux, et la proposition des célèbres évêques qui, en 411, composaient l'Église d'Afrique, nous avons cru devoir acquiescer à la proposition qui nous est faite pour le bien de l'Eglise par son chef. Reconnaissant l'ordre de Jésus-Christ dans la demande de son vicaire terrestre, après avoir sacrifié au maintien de l'unité tout ce que nous possédions dans le monde, il ne nous reste plus qu'un sacrifice à faire ; et nous nous y déterminons sans hésitation, puisqu'il peut contribuer au retour de cette précieuse unité : c'est celui de nous-même. Et nous le disons du fond du ceur avec saint Grégoire de Nazianze, c'est pour nous un bonheur d'être jeté à la mer, si par là doit cesser la tempête et le vaisseau sacré de notre Église être conservé.

« Nous résignons volontairement et librement, entre les mains de Notre Saint-Père le Pape Pie VII, l'évêché de Langres, dont nous avons été légitimement et canoniquement pourvu.

« A Wels, en Haute-Autriche, 10 février 1802. »

II

Le concile du Vatican a déterminé d'une manière précise et explicite les droits réciproques du SaintSiège et des évêques en matière de juridiction spi

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