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dition politique bien inférieure aux deux premières, elle leur fut assujettie, son sénat ne se réunissait pas aux deux autres, ses citoyens n'étaient pas convoqués au comitium. Roma exerçait une sorte de prééminence sur Quirium, et Quirium était bien supérieur à Lucerum. Quand les historiens nous parlent de l'augmentation du nombre des sénateurs, il faut reconnaitre dans ce fait défiguré l'extension des droits politiques à la seconde et à la troisième tribu. Primitivement, il y eut cent sénateurs; voilà pour Rome : on fait la guerre, puis la paix avec les Sabins ; le sénat est doublé; voilà pour Quirium : enfin, quand Denys d'Halicarnasse nous dit que Tarquin l'Ancien éleva le nombre des sénateurs de deux cents à trois cents, nous reconnaissons le sénat de la troisième tribu de Lucerum. On comprend aussi comment cette dernière tribu, venue plus tard au partage des droits politiques, et restée longtemps dans un état d'infériorité à l'égard des deux autres, soit pour ses rapports avec elle, soit pour son organisation intérieure, s'appelait minorum gentium. On ne prenait les suffrages de ses sénateurs qu'après avoir recueilli ceux des patres majorum gentium; et, pendant longtemps sans doute, les curies de Lucerum furent appelées les dernières.

Voilà donc comment s'est formé le peuple romain. Résumons rapidement la théorie de M. Niebuhr.

Un mélange de Pelasges et d'Aborigènes, Roma, Remuria, habitant le mont Palatin, s'organisant plus tard en une tribu dont Romulus est considéré comme le chef, Ram

nenses.

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Des Sabins, habitant sur la colline Agonale, que cou. ronne le Capitole, la ville de Quirium, s'organisant plus tard en une tribu dont Tatius est considéré comme le chef, Titientes.

Une troupe d'Étrusques, venue sous la conduite de Cælebs Vibenna, lucumon d'Etrurie, sur le mont Cælius, qui prit son nom : ils y fondèrent un viilage qui s'appela Lucerum.

Plus tard, Tullus y transporta les gentes d'Albe; et ce mélange d'Étrusques et d'Albains s'organisa en une tribu, Luceres, qui prit son nom ou de la ville même, Lucerum, ou du chef étrusque, Lucumo. Pour nous, nous inclinons à cette dernière étymologie.

Sur ce dernier point, nous eussions même désiré que M. Niebuhr eût marqué avec plus de fermeté caractère étrusque de la troisième tribu; car c'est par elle que, dès son commencement, avant l'arrivée des Tarquins, Rome mêla à ce qu'elle avait de latin et de mours sabines un élément étrusque.

Quoi qu'il en soit, les solutions historiques de M. Niebuhr nous paraissent excellentes et avoir trois grands avantages : 1° de laisser au Latium la priorité d'origine et d'influence; 20 de donner aux Sabins une juste prépondérance dans la formation de la chose romaine, prépondérance sur laquelle s'accordent les traditions, et qui aurait été impossible si les Sabins avaient eu affaire à une colonie étrusque, modelée sur sa métropole, et qui, dès le principe, se serait enfermée dans une imitation rigoureuse; 3o de rendre compte de tout ce que les institutions romaines ont pu emprunter à l'Étrurie, sans que pour cela elle étouffe le génie latin et romain : l'élément étrusque vient en tiers s'ajouter à un petit État déjà constitué; il pourra le fortifier et l'influencer, mais non le dénaturer et l'absorber.

L'opinion définitive de M. Niebuhr a encore le mérite de concorder avec les traditions et les bistoriens ; elle les explique, les améliore, mais sans les contredire d'une matière tranchée : fortune excellente pour la critique moderne, de pouvoir, sous la lettre de l'antiquité, susciter un esprit original et nouveau.

M. Niebuhr est d'accord avec Denys d'Halicarnasse sur les Sicules et les Aborigènes. Antiquitatum roman., L. I, c. IX, p. 24 et 25, édit. Reiske.) Il se rapproche tout à fait de Tite-Live, qui s'exprime ainsi sur les trois tribus : « Eodem tempore et centuriæ tres « equitum conscriptæ sunt, Ramnenses ab Romulo, ab Tilo « Tatio Titienses appellati. Lucerum nominis et originis « causa incerta est. Inde non modo commune, sed concors « etiam regnum duobus regibus fuit. » (Livius, lib. I, cap. XIII.) « Dans le même temps (après la paix avec Tatius), on « forma trois centuries de chevaliers ; la première s'appela « Ramnenses, du nom de Romulus; la seconde, Titienses, « du nom de Titus Tatius. On ignore l'étymologie de Luce« res, nom de la troisième. De cette façon, les deux chefs « eurent paisiblement en commun le pouvoir et la domi« nation. )

Enfin, je ne sais si je m'abuse, mais cette triple origine de Rome, je la retrouve dans Virgile. Ce beau génie était profondément versé dans l'archéologie nationale; rien dans ses poëmes n'est jeté au hasard, ni donné à l'industrie et à la nécessité des vers : tout est traditionnel, archéologique, vraiment national. Dans ses Géorgiques, quand il a décrit les charmes et les douceurs de la vie agricole, il revient aux souvenirs de la patrie :

Hanc olim veteres vitam coluere Sabini;
« Hanc Remus et frater : sic fortis Etruria crevit :
« Scilicet et rerum facta est pulcherrima Roma,
« Septemque una sibi muro circumdedit arces. »

(Georgicon, lib. II, v. 532.)

« Ainsi dans les anciens jours vivaient les vieux Sabins; « ainsi Réinus et son frère : voilà comment a grandi la forte « Étrurie : c'est de cette façon que Rome est devenue la « plus belle des cités, et qu'elle a su enfermer les sept col« lines dans ses murailles et dans l'unité romaine. »

N'y a-t-il pas là la réunion successive des trois éléments de la chose romaine?

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Voilà les habitants primitifs de Rome, Pélasges et Aborigènes.

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Enfin Rome se constitue, et enveloppe les sept collines de ses murailles et de son unité.

Pour ma part, il m'est impossible de ne pas donner à ces vers un sens profondément historique: sous des trésors d'elégance, d'harmonie, de beauté et de politesse, Virgile cachait un génie naïf, amant des traditions et tout à fait archaïque. En vain quelques critiques ont voulu nous le faire voir comme entièrement envahi par les idées et l'esprit de son temps; non, bien différent d’Horace, il aime surtout la nature simple et les temps primitifs : c'est pour les chanter qu'il est poëte. Seulement il ne refusera pas d'emprunter à un siècle poli l'élégance du langage. Il ne saurait retrouver la lyre d'Orphée; il rougirait de celle d'Ennius. Pur de ces affectations puériles qui nuisent parfois à Salluste et à Lucrèce, il chante avec la langue de tous, qu'il porte à son comble de perfection et de fini, et sa muse, à la fois originale et populaire, reste comme le type immortel de la poésie pour les temps de politesse et de civilisation.

FIN.

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