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IDLES

DE NAPOLÉON

DE SA FAMILLE ET DE SON ÉPOQUE.

CHAPITRE CINQUANTE-HUITIÈME.

LE DIRECTOIRE VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'EUROPE'.

Situation politique et militaire. - Joubert, Championnet, Schérer, Jourdan, Mac

donald, Moreau, Masséna. - Assassinat de nos plénipotentiaires à Rastadt. Sieyès est nommé directeur. — Jean de Bry président du conseil des Cinq.Cents. – Expédition de l'amiral Bruix pour ramener Bonaparte avec l'armée d'Égypte.

Mort de Phelippeaux à Saint-Jean-d'Acre. Souwarow et le prince Charles. — Rapports entre Sieyès et Lucien Bonaparte. — Débats du conseil des CinqCents. — Lucien Bonaparte rapporteur de la commission des onze. — Révolution du 30 prairial. — Gohier et Moulins nommés directeurs.—Position respective de Sieyès et de Barras. Le parti jacobin devient redoutable; ses tendances. Discours énergique de Lucien Bonaparte pour l'anniversaire du 14 juillet. Attaques dirigées contre Sieyès et Lucien. Anniversaires du 9 thermidor et du 10 août. — Troubles dans les provinces ; inquiétude profonde des esprits. — Les Cinq-Cents décrètent la création d'un comité de sept membres. Efforts de Lucien pour défendre Sieyès et le Directoire. Désastres de nos armées. Jourdan demande que la patrie soit déclarée en danger. - Séances des 27 et 28 fructidor. — Noble attitude de Boulay de la Meurthe et triomphe du parti modéré.

Ce temps fot un temps de discordes intestines et de crises politiques sans cesse renaissantes. Jamais le choc, qui avait commencé dès 1789, entre l'ancien et le nouveau régime, n'avait été si violent.

BOULAY DE LA MEURTHE aur électeurs de la Seine.

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L'année 1799, si grosse d'erreurs politiques, de désastres et de calamités, ménageait, en la rendant

1 Pour la rédaction des chapitres politiques qui vont suivre, nous avons consulté naguère les Mémoires autographes inédits du prince de Canino

1

TOME III.

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indispensable, la rentrée de Bonaparte; et pourtant cette année s'était annoncée d'une manière brillante; nos inquiétudes relatives aux troubles de la Belgique se dissipajent ; le Piémont, conquis par Joubert, devenait province française; Championnet avait chassé de Naples son roi dévot, sa reine voluptueuse, son ministre astucieux, et fondé la république parthénopéenne; mais Championnet et Joubert ne se trouvaient plus là pour la garde de leurs conquêtes. Abreuvé d'ennuis, fatigué de méfiances outrageantes, Joubert brisait son épée, et Championnet livrait la sienne aux geôliers du Directoire, qui le forçait à justifier sa probité rigide.

Au lieu d'un grand capitaine , seul capable de diriger les destinées de l'Italie, le. Directoire avait chargé de ce soin un vieillard spirituel, un causeur émérite, Schérer, administrateur consciencieux, bon ministre, mais mauvais général. Devant lui, Souwarow et ses Cosaques franchirent l'Adige et l'Éridan, tandis que le prince Charles, traversant l'Inn, forçait Jourdan à repasser le Rhin. La Porte et la Russie contractaient une alliance; Corfou, après plusieurs mois de hlocus, ouvrait ses portes aux vaisseaux du czar; l'Autriche démasquait ses projets hostiles; l’Italie s'iņsurgeait, les magistrats imposés par notre gouvernement déclaraient, en passant sous le pouvoir de l'empire, mieux aimer servir un archiduc qu'un commissaire français. Attendant la jonction de Macdonald pour se mesurer avec

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(Lucien Bonaparte ) et ceux également inédits du comte Ræderer, qui ņous honorait de sa confiance. Depuis lors, la bienveillante amitié de M. le sénateur Boulay de la Meurthe nous a permis de vérifier sur les Mémoires autographes de son père, ministre sous l'Empire , les faits relatifs aux journées du 30 prairial, du 28 fructidor et du 18 brumaire. Les notes autographes du consul général Abbatucci ne nous ont pas été moins utiles, car, à cette époque, il vivait dans l'intimité des Bonaparte.

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les Russes, Moreau demeurait immobile sur la rivière de Gênes. Masséna seul soutenait en Suisse la gloire de

nos armes.

En proposant l'impôt du sel, qui fut combattu vigou, reusement par Lucien Bonaparte, adopté par les CinqCents et rejeté par les Anciens, le Directoire acheva de se rendre impopulaire. Désordre dans les finances, déficit de 67 millions qu'on ne pouvait expliquer, abus des crédits extraordinaires, mesures iniques ou contradictoires, tout contribuait à déconsidérer le gouvernes ment. Lors des élections, le parti qu'il prit de soutenir les minorités qui lui étaient favorables, le déconsidéra peut-être plus encore.

Ce fut au milieu de ces désastres et de ces troubles qu'eut lieu l'assassinat de nos plénipotentiaires à Ras: tadt. Des hussards autrichiens massacrèrent Roberjot et Bonnier; Jean de Bry ne s'échappa que criblé de blessures : l'indignation de la France contre cet attentat au droit des gens rejaillit sur le pouvoir, qu'on accusą d'imprévoyance et de faiblesse; on parla de le renverser. Sieyès, nommé directeur à la place de Rewbell, amena quelque stabilité, et l'élection unanime de Jean de Bry à la présidence du conseil des Cinq Cents fut une déclaration formelle des réparations immédiates que l'orgueil national entendait obtenir. « Vengeance contre les Autrichiens; confiance vague dans le nouveau directeur; dégoût du système directorial; profonds et tardiss regrets de l'absence de Napoléon, dont la renommée publiait toujours de nouveaux succès en Syrie ; tels étaient, dit Lucien, les sentiments de la nation à cette époque de détresse'. »

Dans le sentiment de leur impuissance personnelle, 1 Mémoires cités,

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et pour se sauver eux-mêmes en sauvant la patrie, Barras, la Réveillère - Lepeaux et Treilhard écrivirent alors au général Bonaparte la lettre que nous avons transcrite , et chargèrent l'amiral Bruix de ramener d'Égypte sinon l'armée tout entière, du moins son chef." Cette expédition, quoique périlleuse, pouvait s'effectùer. Depuis que la flotte espagnole s'était réunie à la flotte française, nous étions maîtres d'une partie de la Méditerranée. Bruix avait ordre de chercher l'escadre anglaise, de la combattre, de la mettre hors d'état de s'opposer avec succès à ses opérations, de faire ensuite voile vers l'Égypte, de se concerter avec Bonaparte, de laisser là une partie des forces si Bonaparte le jugeait nécessaire, et de se conformer ensuite aux instructions closes qu'il portait sur lui ?.

De son côté Talleyrand, ministre de la marine intérimaire, écrivait à Bruix, le 9 prairial : « Voilà votre mission revenue à votre première idée, mon cher Bruix; j'en suis enchanté. Vous voilà hors du vague; vous avez un but, un but prescrit, un but de la plus grande importance. Le Directoire n'écrit qu'un mot à Bonaparte. Je lui envoie une lettre de Barras à laquelle j'ai joint quelques lignes. Le Directoire s'en rapporte à vous pour l'instruire de notre situation intérieure et extérieure. Ramenez-le. On vous recommande le secret le plus absolu sur votre mission. Adieu, je vous embrasse et vous aime bien. Comptez sur moi pour la vie. »

Il est vraiment curieux de voir l'aplomb avec lequel les directeurs règlent la mission de l'amiral; ne prévoyant rien d'impossible, livrant, du fond de leur cabi-.

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1 Voyez t. II, p. 541.

2 Ce sont les expressions d'une lettre écrite à l'amiral par Lagarde, socrétaire général du Directoire, et signée Merlin de Douai.

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